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Crise au sommet de l’État ivoirien: Ces erreurs politiques qui peuvent vraiment couler Soro Guillaume

« Ce qui a tué Maklakla, va tuer Mokloklo », dixit Alpha Blondy, la star ivoirienne du reggae. Depuis janvier 2017, les relations entre Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et le chef de l’État, Alassane Ouattara, battent de l’aile.

Le lundi 9 octobre 2017, avec l’arrestation et l’emprisonnement de Soul To Soul pour « détention, d’entreposage, de cession d’armes de guerre et munitions (1ère catégorie) ainsi que de complot contre l’autorité de l’État », la détérioration de leurs rapports est passée à un autre cran. Le dauphin putatif, qui voit aujourd’hui la terre se retourner sous ses pieds, devrait faire une profonde introspection pour s’interroger s’il n’est pas, par ses agissements, en train de creuser sa propre tombe politique. Car, pour de nombreux observateurs de la vie politique ivoirienne, le non-respect, aujourd’hui, de la promesse qui lui aurait été faite, devant Blaise Compaoré, de succéder à Alassane Ouattara en 2020, au terme de ses deux mandats, lui a donné un choc tel qu’il s’est laissé aller à de graves impairs qui pourraient lui coûter cher, à court terme. Or, en politique, les erreurs sont plus fatales par leurs conséquences, que toute autre chose.

En janvier 2017, d’anciens rebelles intégrés dans l’armée se mutinent à Bouaké, capitale de l’ancienne rébellion. Ils réclament de l’État de Côte d’Ivoire, le paiement d’une prime de 12 millions de F Cfa.

En mai 2017, ils remettent le couvert. Mais, cette fois-ci, les mutins mettent la main sur une cache d’armes au domicile de Soul To Soul. Avec ces nouvelles armes, ils parviennent à rétablir l’équilibre de feu avec les Forces spéciales qui étaient en route pour Bouaké. Le gouvernement plie et les mutins finissent par obtenir de l’État, 12 millions de F Cfa pour chacun des 8400 d’entre eux. Cette crise a considérablement fragilisé l’équipe gouvernementale et surtout le président Alassane Ouattara. Guillaume Soro est alors régulièrement accusé par ses détracteurs, de « comploter » pour satisfaire ses ambitions présidentielles. Mais, il met ces accusations sur le compte de rumeurs. Selon le procureur Adou Richard-Christophe, qui a fait écrouer, à la Maca, lundi dernier, Soul To Soul, le Directeur du protocole de Guillaume Soro, «  que la détention et la dissimulation de ces armes de manière illégale et ensuite leur mise à disposition visaient la déstabilisation de l’État ».

Il ajoute que lors de cette mutinerie de mai 2017, « des personnes avaient été informées de l’existence de ces armes dans la villa de monsieur Koné Kamaraté Souleymane, et invitées à aller se servir ».

Pour des observateurs, ces différentes mutineries ont contribué à creuser le fossé entre Guillaume Soro et Alassane Ouattara. S’il est prouvé qu’il était derrière ces soulèvements militaires, comme l’attestent des sécurocrates, cela pourrait être considéré comme une erreur politique du chef du Parlement ivoirien.

 

Self-respect blessé

La deuxième bourde politique de Guillaume Soro, peut être liée à sa volonté de gangrener le Rdr en le fissurant par la création d’un nouveau mouvement politique, l’Amicale des Forces nouvelles (Afn). De fait, le jeudi 10 août 2017, les partisans de Guillaume Soro, conduits par Félicien Sékongo, portaient sur les fonts baptismaux, l’Afn, non sans intriguer le Rdr dont tous se réclament. En toile de fond, il s’agissait pour les fondateurs de l’Afn et de bien d’autres structures existantes déjà, de mettre en orbite leur leader politique, l’ex-Premier ministre et ex-chef de la rébellion, Guillaume Soro, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020. Joël N’Guessan, ex-porte-parole du Rdr, avait violemment réagi : plus question de Forces nouvelles « dont la branche politique s’est fondue dans le Rdr et la branche armée, dans les Forces armées de Côte d’Ivoire».

Avant, c’est l’Alliance du 3 avril qui a été créée à l’Assemblée nationale, par des députés proches de Guillaume Soro. La sortie du Rdr venait d’être amorcée ainsi que son siphonage. Conscient de sa mésintelligence désormais actée avec le Rdr, Guillaume Soro frappe à la porte de Bédié, à Paris.

Un autre acte qui fâche au plus haut niveau, le Rdr, en froid avec le Pdci dont des cadres, notamment Niamien N’Goran, venaient d’être limogés. Les rencontres entre lui et Bédié, en tête à tête, à Paris, ont eu lieu le dimanche 2 et le lundi 10 juillet 2017. Les audiences, selon nos sources, avaient été préparées par Dr Arsène Ouattara, cadre du Pdci, proche à la fois de Bédié et de Soro. Ainsi, Soro a-t-il exprimé sa reconnaissance à Bédié «  pour sa protection ». Le Rdr a vu rouge…

Guillaume Soro enfonce le clou de ce qui peut être considéré comme des erreurs politiques, en prenant tout le monde à revers, par l’annonce d’un déplacement qu’il entendait effectuer à La Haye, pour aller demander «  pardon à Gbagbo ». «Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a plus que besoin de pardon et de réconciliation. Je veux demander pardon aux Ivoiriens pour tout ce que j’ai pu faire (…). Je demande pardon à mes aînés (…) et même au président Laurent Gbagbo», déclare-t-il de retour d’un voyage à l’extérieur. «La division fait du tort à nous tous. Dans les jours suivants, je serai plus engagé pour le pardon et la réconciliation. Même Gbagbo mérite que j’aille lui demander pardon. Je demanderai pardon à tout le monde », martèle-t-il.

Le coup que Guillaume Soro a porté au Rdr, et qui semble être, aujourd’hui, l’élément déclencheur du «  feu » entre lui et le chef de l’État, Alassane Ouattara, est le boycott du 3ème congrès ordinaire du Rdr, qui s’est tenu les 9 et 10 septembre 2017, au Palais des sports de Treichville, à Abidjan. Dans un communiqué qu’il a rendu public, Guillaume Soro, depuis Paris, avait martélé : « Je n’ai, à aucun moment, été associé aux préparatifs du congrès. Je n’ai reçu aucun document officiel, encore moins pris connaissance des recommandations préalables issues des pré-congrès ».

Le président de l’Assemblée nationale, ci-devant président du Conseil politique de la campagne du candidat du Rhdp lors de la présidentielle de 2015 et tous ses partisans, ont ainsi brillé par leur absence à ce congrès, non sans heurter le self-respect d’Alassane Ouattara. Il a, pour ainsi dire, blessé, voire humilié Alassane Ouattara. Un crime de lèse-majesté qui peut être considéré comme une autre grosse erreur politique.   Or, selon le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, « comme tout le monde, deux jours avant le congrès, une réunion était prévue avec le président et l’ensemble des cadres les plus importants du parti. Il (Guillaume Soro) avait été convié et il n’est pas venu. Donc il était associé au même titre que tout le monde. Mais il était absent ».

Toujours selon Amadou Gon Coulibaly, Soro «  est un militant du Rdr. C’est à ce titre qu’il a été élu président de l’Assemblée nationale. Il a été porté à la tête de cette institution par les groupes Rdr et Pdci qui l’on voté comme un seul homme ». Le chef du parlement, en cette période difficile qu’il traverse, pourrait être conduit à méditer son épître qu’il a adressée aux Chrétiens, à l’occasion de la pentecôte : « La vie, si belle ou si laîde soit-elle, est une école. Les épreuves en sont les disciplines enseignées. L’essentiel est de retenir de chaque leçon, les causes de nos erreurs ou les conséquences de nos fautes, mais aussi les fondements de nos victoires, afin d’avancer avec plus de lucidité et de confiance dans notre mission terrestre ».

Armand B. DEPEYLA

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