07252021Headline:

Afrique: Nous sommes tous responsables de l’hausse du travail des enfants

Un enfant afghan porte un sac d'herbe sur ses épaules, à la périphérie de Mazar-i-Sharif, le 20 mai 2019.

Un garçon soulève des briques crues sèches et les emmène dans un four où elles seront brûlées pendant le travail pour gagner de l’argent au village de Jumpha, à Lilongwe, au Malawi, le 7 juin 2019.
Un garçon soulève des briques crues sèches et les emmène dans un four où elles seront brûlées pendant le travail pour gagner de l’argent au village de Jumpha, à Lilongwe, au Malawi, le 7 juin 2019. © Amos Gumulira, AFP

Une étude de l’Unicef révèle, à l’occasion de la journée mondiale du travail des enfants, que 160 millions de mineurs ont été forcés de travailler en 2020, soit 8,4 millions de plus en quatre ans. Une première depuis vingt ans.

Ils sont invisibles, mais partout : domestiques entre les murs de maisons, ouvriers dissimulés dans des ateliers, bambins cachés dans les plantations. Pour la première fois en 20 ans, le travail des enfants a augmenté dans le monde, selon un rapport de l’ONU publié à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, ce 12 juin. Le nombre de mineurs qui travaillent est ainsi passé de 152 millions en 2016 à 160 millions en 2020, soit 8,4 millions de plus en quatre ans. “Un enfant sur dix est concerné, c’est un énorme sujet, commente Philippe Lévêque, directeur général de Care France dans un entretien à France 24. Les équipes de notre ONG avaient également constaté cette hausse sur le terrain, mais on ne disposait pas de données scientifiques pour l’affirmer. C’est désormais chose faite, avec cette étude très exhaustive menée par l’ONU.”

Un enfant afghan porte un sac d’herbe sur ses épaules, à la périphérie de Mazar-i-Sharif, le 20 mai 2019. © Farshad Usyan, AFP
Le rapport, publié tous les quatre ans, révèle que ces travailleurs mineurs sont, pour moitié, âgés de seulement cinq à onze ans. Ils sont aussi à 60 % de sexe masculin, le phénomène frappant davantage les garçons. Évolution inquiétante, la dangerosité du travail a elle aussi progressé, entraînant des conséquences directes sur le développement, l’éducation ou la santé de ces jeunes. L’Unicef estime que 79 millions d’enfants effectuent des travaux dangereux, soit 6,5 millions de plus qu’il y a quatre ans. Dans une grande majorité, ces enfants travaillent dans des champs agricoles (112 millions, soit 70 %). Les autres effectuent de basses besognes dans les services (20 %) ou l’industrie (10 %).

Tous les continents touchés

La plus forte hausse du travail des enfants a été principalement enregistrée en Afrique, en raison de la croissance démographique, des crises et de la pauvreté, ont déclaré l’Organisation internationale du travail (OIT) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Mais en réalité, le fléau n’épargne aucun continent. “De manière marginale, on constate que le travail des enfants existe aussi en Europe, avec notamment les enfants roms contraints à la mendicité.”

Les raisons de cette hausse sont multiples. La pandémie de Covid-19 peut en partie expliquer cette recrudescence. Mais cela ne suffit pas car l’augmentation du travail infantile était déjà repartie à la hausse avant la crise sanitaire. Il existe d’autres facteurs. “Le nombre important de conflits qui secouent la planète notamment au Sahel, en Syrie ou au Yémen, entrainent mécaniquement le recours au travail des enfants avec des écoles qui ferment, des déplacements de populations”, souligne le responsable humanitaire.

Dans d’autres zones, comme en Haïti, cette hausse découle de l’échec des politiques économiques et sociales. Enfin, cette hausse est aussi imputable aux industriels. “Tant que l’on ne rémunèrera pas suffisamment les parents, on n’en finira pas avec le travail des enfants, poursuit le patron de Care France. Il faut s’attaquer à l’ensemble de la chaîne de valeurs. D’ailleurs, nous portons tous une part de responsabilité. Lorsqu’un consommateur achète des haricots verts provenant du Mali en plein mois de janvier, il est en partie responsable. Si les consommateurs n’acceptent pas de changer, on n’en finira pas avec le travail des enfants.”

Melv Sage

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