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Côte d’Ivoire : Communiqué de presse de Danièle Boni-Claverie, Présidente de l’Union Républicaine pour la Démocratie

Depuis la rencontre entre les Présidents Ouattara et Bédié le 11 novembre dernier, on entend parler indifféremment de dialogue, de discussions ou de négociations. Alors, peut-être serait-il bon de s’interroger sur la signification de chacun de ces mots pour savoir plus précisément où nous voulons aller.
Le dialogue permet de réunir des personnes aux opinions divergentes afin qu’elles se parlent. La seule discussion, nous le savons, ne peut pas régler des différends. C’est pour cela qu’à l’issue de cette fameuse rencontre, on a évoqué « l’amorce d’une discussion ». En fait, ce sont seulement des accords négociés qui pourront aboutir à des solutions consensuelles.
L’Urd salue ce début d’entretien mais estime qu’il ne peut se réduire à un huis-clos à 3, aussi marquantes que soient ces personnalités, MM. Ouattara, Bédié, Gbagbo. Autant nous souhaitons la présence effective du Président Laurent Gbagbo, autant nous sommes convaincus que seule une négociation inclusive réunissant l’ensemble des plateformes et partis politiques ainsi que la société civile donnera une chance à la paix afin de juguler le spectre d’une guerre civile.
En 10 ans, la société ivoirienne s’est bien modifiée et l’avènement des réseaux sociaux a bouleversé les modes de perception aussi bien de la politique que du quotidien. L’instantanéité de l’information et la proximité qu’elle véhicule bousculent les usages et les tendances. Et les jeunes, 70% de la société, ne veulent plus que leur engagement partisan se résume à des rivalités de pouvoir dont est friande la classe politique ivoirienne.
Le Président Ouattara avait promis en 2011 la paix et la croissance. 9 ans après, la paix n’est même plus une espérance et la forte croissance enregistrée avant l’épidémie de Covid 19 a fait exploser les inégalités sociales. Notre jeunesse appréhende la réalité de son quotidien bien plus en termes de bien être, de respect du Droit et de l’exercice des libertés collectives et individuelles. Quand on interdit systématiquement sous nos cieux tropicaux toute manifestation politique, comment s’étonner de ce que la population mécontente investisse le seul lieu qui lui reste pour s’exprimer, la rue. Au lieu de l’accompagner, comme cela se fait en Europe, on réprime, on enlève, on embastille en catégorisant les individus. Pourquoi le Procureur de la République ne se saisit-il pas de ce drame barbare, la décapitation du jeune Toussaint pour en chercher les auteurs, identifiables, nous dit-on, sur des vidéos. La désobéissance civile pacifique est un moyen de protestation non violente, une attitude publique qui ne cherche pas à prospérer dans la clandestinité. Il s’agit de crier à l’injustice, à la violence des milices et à l’anti constitutionnalité d’un 3ème mandat.
Dans ces négociations, la société civile ne peut être mise de côté. Elle a été, ne l’oublions pas l’instigatrice des manifestations aux mains nues dès le mois d’août et l’incarcération arbitraire de Pulchérie Gbalet nous rappelle cette implication.
Il est dommage que le mot « transition » fasse peur comme si toute transition ne pouvait découler que d’un coup d’état alors que celle que nous proposons depuis 5 ans ne peut être, à nos yeux, que civile et démocratique.
L’Urd ne se départit pas de l’idée de mettre autour d’une table de négociations toutes les forces vives de la Nation. Nous réclamons désormais la tenue d’Assises nationales de réconciliation et de concertation dans le but de résoudre la crise politique dans le respect du droit et non de s’autoriser à manipuler le droit à des fins politiques.​
Il est évident que pour se parler, toutes les personnalités détenues arbitrairement doivent être libérées pour donner une chance à ces négociations d’aboutir. Il ne revient pas au régime en place de se choisir comme il aime à le faire, les interlocuteurs qui l’arrangent. Doivent être libérés le Président Affi, le Ministre Guikahué, tous les députés et sénateurs qui jouissent de leur immunité parlementaire, les membres de la société civile, tous les détenus politiques et tous les anonymes qui font l’objet dans ce cadre de poursuites et d’incarcération.
Le temps presse car autant le Président Ouattara a intérêt à jouer les prolongations jusqu’à la date butoir de son investiture, autant l’opposition ne doit pas laisser s’engluer la situation. La France de M. Macron nous montre la voie à suivre. Ne comptons que sur nous-même, les principes universels étant à géométrie variable surtout quand il s’agit de l’Afrique. Après « la candidature dérivée » de M. Mamadou Koné, ce qui nous avait laissé bouche bée en 2015, nous avons aujourd’hui le « candidat par devoir », version française.
Il ne peut y avoir de développement là où règnent la division, l’exclusion et les inadmissibles violations des droits de l’homme. Il revient à ceux qui dirigent ce pays de briser les murs de haine qui nous rendent sourds à l’autre, de mettre de côté ces propos guerriers inappropriés ainsi que l’usage excessif de lois répressives.
La réconciliation est un impératif si nous voulons retisser la cohésion nationale et sortir de la crise. Notre pays n’est pas seulement divisé mais fracturé, blessé, en souffrance.
« Parmi les dirigeants, il y a ceux qui utilisent la force et ceux qui dirigent par la confiance. C’est la différence entre un dirigeant-manager et les autres qui eux sont de vrais leaders » fin de citation.
Danièle Boni-Claverie

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