07252021Headline:

Côte d’ivoire: l’heure des pro-Gbagbo est-elle venue ( Jeune Afrique)

Ragaillardi par l’annonce du retourde Laurent Gbagbo, le FPI comptebien regagner du terrain. D’autantqu’après dix ans de boycott desélections législatives, les partisansde l’ex-président ont fait leurgrand retour à l’Assembléenationale.
Voilà plus de dix ans qu’ils n’avaient pasparticipé à une élection. Le 6 mars dernier,
les GOR (les partisans restés sur la ligne« Gbagbo ou rien ») au sein du Front
populaire ivoirien (FPI) effectuaient leurgrand retour sur la scène politique àl’occasion des législatives. Cette stratégiemûrement réfléchie avait été décidée en2018, lors du congrès du FPI pro-Gbagbo àMoossou. Pour les fidèles de l’ancienprésident, il n’était plus possible de rester endehors du jeu électoral. Trop coûteux
politiquement et financièrement. « Ce n’était
plus tenable. Si nous étions restés dans cette
logique de boycott, nous serions morts à
petit feu », confie l’un d’entre eux.
Le FPI légalement reconnu étant toujours
présidé par Pascal Affi N’Guessan, avec lequel
la réconciliation est au point mort, lescandidats de l’ex-chef de l’État ne pouvaient
pas battre campagne avec le sigle et le logo
du parti que leur leader a fondé en 1982.
Pour ce retour aux urnes, les GOR se sont
donc regroupés sous la bannière d’Ensemble
pour la démocratie et la souveraineté (EDS).
Fort d’une alliance avec le Partidémocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) dans laplupart des 205 circonscriptions du pays, EDSest parvenu à obtenir 17 sièges de députés dont seulement deux femmes sur les 255que compte l’Assemblée nationale. De quoien faire le deuxième groupe parlementaired’opposition derrière celui du PDCI, quicompte 65 élus.
Même si ce résultat n’est pas tout à fait à la
hauteur de ce qu’ils espéraient, les pro￾Gbagbo le jugent satisfaisant. « Il faut êtreréaliste. Nous n’avons participé à aucuneélection depuis dix ans et nous avions trèspeu de moyens par rapport à nosconcurrents. Obtenir 17 députés dans cesconditions est donc tout à fait honorable »,
estime une figure des GOR.
Pour eux, l’essentiel est ailleurs : ils sont de
retour sur l’échiquier politique ivoirien et
disposent désormais d’une tribune àl’Assemblée nationale. Tout un symbole,
alors que Laurent Gbagbo doit lui-même
rentrer à Abidjan le 17 juin, plus de dix ans
après son arrestation et un procès à rallonge
devant la Cour pénale internationale (CPI) à
l’issue duquel il a finalement étédéfinitivement acquitté le 31 mars. Toujoursdéterminé à jouer un rôle de premier plan, ilpourra s’appuyer sur « ses députés », dontvoici les principales figures:
GEORGES-ARMAND OUÉGNIN, LE PATRON D’EDS.
Quand il évoque Laurent Gbagbo, il le décrit
souvent comme son « référent politique ».
S’il n’est pas l’un des compagnons de la
première heure de l’ancien président,
Georges-Armand OUEGNIN n’en est pas moins
devenu l’un de ses principaux lieutenants.
Ces derniers mois, le président d’EDS n’a
cessé de défendre la cause de l’ex-chef de
l’État. Après avoir soutenu sa candidature
infructueuse à la présidentielle puis boycotté
le scrutin qui a abouti à un troisième mandat
d’Alassane Ouattara, ce chirurgien urologue
de formation a mobilisé les GOR en vue des
législatives du 6 mars. Lui-même a été élu à
Yopougon, fief historique de Laurent Gbagbo
et du FPI. Une victoire acquise, notamment,
grâce à la liste commune que les GOR y ont
présentée avec le PDCI.
Cette alliance entre les pro-Gbagbo et le parti
d’Henri Konan Bédié, Ouégnin, 69 ans, en a
été l’un des grands artisans. Et pour cause.
Comme il s’amuse à le dire, il est « issu d’une
famille 100 % PDCI ». Son père a été député
de Grand-Bassam de 1960 à 1980 et était
proche de Félix Houphouët-Boigny. Son frère
aîné, Georges OUEGNIN , en a été
l’emblématique directeur du protocole.
Membre du bureau politique de 1991 à 2001,
Georges-Armand OUEGNIN prend ses
distances avec le parti puis rejoint le
Rassemblement pour la paix (RPP), de
Laurent Dona Fologo, en 2008. En 2010, il
soutient la candidature présidentielle de
Laurent Gbagbo, qui le nomme secrétaire
d’État chargé de la Sécurité sociale dans son
gouvernement. Après la chute de l’ex￾président, le 11 avril 2011, il est lui aussi arrêté et envoyé en prison à Boundiali. À sa sortie, il se rapproche d’Aboudramane SANGARE et des pro-Gbagbo.
Progressivement, il s’impose au sein du
dispositif piloté depuis Bruxelles par Gbagbo.
En 2017, la plateforme EDS est créée.
Ouégnin en prend la tête. Avec le retour de
son mentor à Abidjan se pose désormais la
question de la réunification du FPI et donc
celle de l’avenir d’EDS, sorte de vitrine légale
du FPI pro-Gbagbo. « Ce sera à lui de décider
ce qu’il veut faire d’EDS. Nous, nous sommes
à sa disposition », tranche celui qui a été élu
vice-président de l’Assemblée nationale.
En attendant d’y voir plus clair, une chose est
certaine : les députés d’EDS entendent
maintenir leur alliance avec les élus du PDCI.
« Nous allons continuer à travailler
ensemble, dans la droite ligne des bonnes
relations entre les présidents Gbagbo et
Bédié », assure-t-il.
MICHEL GBAGBO, LES LIENS DU SANG
Il occupe forcément une place à part. Le fils
de l’ancien président Michel GBAGBO était à
ses côtés dans son bunker quand celui-ci a
été arrêté par les forces d’Alassane Ouattara,
le 11 avril 2011. Tandis que son père est
envoyé en détention à Korhogo, lui est
transféré à Bouna, dans le nord-est du pays.
Il y reste deux ans, durant lesquels il subit les
mauvais traitements et les humiliations de la
part de ses geôliers. Une fois libéré, il
reprend son métier de professeur de
psychologie à la faculté d’Abidjan. Il continue
aussi à s’investir au sein du parti de son père,
dont il devient secrétaire général adjoint.
Après y avoir songé pendant plusieurs
années, il se lance en quête de son premier
mandat de député lors des dernières
législatives. Avec Georges-Armand Ouégnin, il
apparaît comme la tête d’affiche de la liste
commune présentée par le FPI et le PDCI à
Yopougon.
Désormais auréolé du titre d’« Honorable »,
Michel GBAGBO, 51 ans, se félicite du retour
des GOR dans le jeu électoral. « Les trois
grands partis du pays [Rassemblement des
houphouëtistes pour la démocratie et la paix
– RHDP, le PDCI et le FPI pro-Gbagbo) ont
participé à ces législatives, qui se sont
globalement bien déroulées. Et aujourd’hui,
ils sont tous présents à l’Assemblée
nationale, ce qui n’était plus arrivé depuis
plus de dix ans. C’est une sorte de retour à la
normale », analyse-t-il. À ses yeux, ce retour
d’un groupe parlementaire pro-Gbagbo dans
l’hémicycle, combiné à celui de son père à
Abidjan, représente un nouveau départ pour
leur famille politique. « Nous allons pouvoir
davantage faire entendre notre voix dans le
débat public. Cela va aussi nous permettre de
poser des jalons pour l’avenir », affirme-t-il.
HUBERT OULAYE, LE FIDÈLE
Il est l’un des vieux camarades de Laurent
GBAGBO et l’une des personnalités
emblématiques des GOR. Hubert Oulaye, 67
ans, a adhéré au FPI en 1990 après avoir
dirigé le Syndicat national de la recherche et
de l’enseignement supérieur (Synares) dans
les années 1980. Ce professeur de droit et de
sciences politiques à l’Université Félix Houphouët-Boigny, à Cocody, a été le
directeur de cabinet de l’ancien président de
1996 à 1999, avant que ce dernier accède à
la magistrature suprême en 2000. Une fois
son patron au pouvoir, Oulaye occupe, sans
surprise, plusieurs postes de ministre
jusqu’en 2010 : de la Fonction publique, du
Travail, de la Communication…
Connu à Guiglo, dont il a déjà été député en
2000, il est réélu dans sa circonscription
natale lors des législatives du 6 mars. Ce
politique expérimenté est alors choisi pour
être président du groupe parlementaire EDS.
S’il tient à l’autonomie de ses troupes, lui
aussi affirme qu’elles « entretiendront des
relations très proches » avec celles du PDCI et
de l’Union pour la démocratie et la paix en
Côte d’Ivoire (UDPCI), l’autre groupe
parlementaire d’opposition à l’Assemblée
nationale.
Il se réjouit surtout du retour de Laurent
GBAGBO à Abidjan qui, selon lui, devrait
permettre de réunir enfin les différentes
branches du FPI. « Ce parti représente
beaucoup, tant d’un point de vue politique
qu’historique. Beaucoup de nos militants y
sont très attachés. Laurent Gbagbo est le
fondateur et le président du FPI. Il faut régler
nos divisions internes. Et sa présence
permettra que tout le monde se retrouve »,
estime-t-il, en évoquant notamment le cas de
Pascal A- N’Guessan. Selon lui, ce retour
n’est « pas une revanche mais une victoire »
sur « tous ceux qui pensaient qu’il ne
reviendrait pas ». Se contentera-t-il d’une
posture de vieux sage ou jouera-t-il un rôle
plus politique ? « Il revient avec l’intention de
faire de la politique. Et pourquoi pas
imaginer qu’il se présente à une élection s’il
le souhaite ? » conclut-il, sourire en coin.
AUGUSTE DAGO KOUASSI, UN « PUR FRUIT » DU FPI.
À 46 ans, il est le cadet du groupe
parlementaire EDS. Et l’une des jeunes
pousses du FPI, dont il estime être un « pur
fruit ». Auguste Dago Kouassi milite dans le
parti de GBAGBO depuis la fin des années

  1. Il prépare alors une licence de droit
    public. Après une maîtrise et l’École
    nationale d’administration (ENA), il devient
    administrateur des affaires maritimes et
    portuaires.
    Lors des législatives du 6 mars, il se présente
    pour la première fois à une élection dans la
    circonscription d’Hiré. Il parvient à battre le
    député-maire RHDP sortant, Gilbert Francis
    Kacou. Désigné secrétaire du groupe
    parlementaire EDS, le néophyte ne tarit pas
    d’éloges sur Laurent GBAGBO. « C’est une
    icône. Il s’est battu pour la démocratie et la
    souveraineté de notre pays. Je n’ai jamais eu
    la chance de le rencontrer mais j’ai épousé
    son idéologie. Nous sommes nombreux à
    nous être engagés à ses côtés sans le
    connaître personnellement », explique-t-il.
    Affichant trente ans de moins que son idole,
    Auguste Dago Kouassi incarne la nouvelle
    génération du FPI, dans un pays où les
    doyens continuent à tenir les premiers rôles.
    « Dans les instances du parti, les jeunes sont
    présents. Le renouvellement se fera avec le
    temps, de façon subtile, assure-t-il tout aussi
    subtilement, en prenant soin de ne froisser
    personne. Je suis jeune et j’ai été élu. Même
    s’ils n’ont pas été élus, nous avions beaucoup
    d’autres jeunes candidats. C’est la preuve que
    nous avons un vivier. »
    Source: jeune Afrique

Comments

comments

What Next?

Recent Articles