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Côte d’Ivoire: quelle était la véritable relation entre Jacques Chirac et Laurent Gbagbo ?

” Parmi les moments chauds du second septennat de Jacques Chirac, il y a aussi la crise franco-ivorienne de décembre 2004. En l’an 2000, l’élection de Laurent Gbagbo est une déception pour Jacques Chirac, lui qui avait soutenu jusqu’au coup d’État de décembre 1999 Henri Konan Bédié, l’héritier Félix Houphouët-Boigny, l’allié historique de la droite française. Laurent Gbagbo est, lui, issu de la mouvance socialiste et accuse régulièrement la France de mener une politique « néo-colonialiste » en Afrique.

Les relations entre les deux hommes vont se dégrader au fil de la crise ivoirienne. En 2002, Laurent Gbagbo demande à la France de repousser l’avancée des rebelles venus du Nord, au nom des accords de défense qui lient les deux pays. Paris interviendra, mais sans chasser les rebelles de Côte d’Ivoire. En janvier 2003, lors de la réunion de Marcoussis, Jacques Chirac et son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, tordent le bras de Laurent Gbagbo en forçant à prendre des ministres rebelles dans son gouvernement.

La rupture date de 2004. Laurent Gbagbo veut alors reprendre le contrôle du nord de la Côte d’Ivoire. Jacques Chirac l’appelle pour l’en dissuader. En vain : le 4 novembre, une offensive est lancée. Deux jours plus tard, à la surprise générale, des avions de l’armée ivoirienne bombardent le camp français de Bouaké (lire notre enquête sur ce sujet ici), tuant neuf soldats. En représailles, la flotte ivoirienne est détruite, sur ordre de l’Élysée. Près de 8 000 ressortissants français sont évacués en quelques jours. L’armée française tire sur des manifestants ivoiriens faisant de nombreuses victimes. Les contacts entre les deux chefs d’Etat seront à partir là glaciaux : la France rendant Gbagbo responsable de la mort de ses hommes, ce que le chef de l’Etat ivoirien démentira, accusant Paris d’avoir planifié son renversement.

Les deux hommes garderont une dent l’un envers l’autre. « Il ne m’a jamais inspiré grande confiance », écrit Jacques Chirac dans ses mémoires qui décrit l’ex-président ivoirien comme quelqu’un « au caractère tortueux et manipulateur ». Jacques Chirac le surnomme aussi « le boulanger » pour son habileté à rouler ses adversaires dans la farine. Dans les siennes, Laurent Gbagbo pointe l’ingratitude de Jacques Chirac, à qui il assure avoir donné de l’argent pour sa campagne de 2002.

Les deux hommes ne se sont jamais réconciliés.

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