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Leçons d’un scrutin : naissance d’une démocratie, électorale par la base ?

L’ élection législative en Côte d’Ivoire s’est déroulée dans une climat généralement apaisé sur l’ensemble du territoire . La Commission Électorale indépendante a procédé mardi à la proclamation définitive des résultats fortement attendus, alors que majorité et opposition revendiquaient la victoire. Le parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), a finalement obtenu, mardi 9 mars, la majorité aux législatives de samedi avec 137 sièges sur 254 à l’Assemblée nationale, contre 91 aux partis d’opposition, selon les résultats publiés par la Commission électorale indépendante (CEI).

La plateforme d’actions citoyennes « Aube Nouvelle » a fait une analyse de ce scrutin.

“Les plus grands drames collectifs survenus en Côte d’Ivoire depuis l’indépendance l’ont été suite à une élection ou à une crise née d’une élection contestée : boycott actif 1995 ( des dizaines de morts ), élections 2000 ( des centaines de morts ), élections 2010 (des milliers de morts), élections 2020 (des dizaines de morts).
Les élections législatives du 06 Mars 2021 viennent pourtant donner espoir d’une revitalisation de la vie politique ivoirienne. Quelles leçons nous inspirent-elles ?
1-La démocratie est bonne pour tous, à commencer par les tenants du pouvoir : tenir la prouesse d’une élection transparente et juste donne du crédit à un Gouvernement et lui permet de se concentrer sur des choses plus essentielles que la gestion d’une fragilité politique et sécuritaire impactant directement la vie économique et sociale.
La démocratie est bonne pour tous les partis et les populations car l’expression libre des opinions, des choix et des aspirations sans entraves ni répressions précède le développement et le génie créateur d’un peuple
2-le sentiment de justice et d’équité est né de cette élection par la juxtaposition de classes sociales : Ministres , hauts cadres , personnes du privé, se sont engagés dans la compétition électorale avec des paysans , des sans-emploi, des Étudiants, des artisans , des illettrés, etc. Dans certains cas, l’argent, la classe sociale et la notoriété n’ont pas suffi et des oubliés de la société ont battu des fortunés à plate couture . Lorsque le citoyen a le sentiment d’avoir les mêmes droits et les mêmes chances que tous ceux qui le dirigent ou tous ceux qui ont un pouvoir social ou financier , une Nation stable et prospère commence à naître.
3- C’est l’homme qui confère à l’institution qu’il dirige de la crédibilité. En arbitrant et en travaillant de façon professionnelle, la CEI s’est attirée la sympathie d’une partie de la classe politique. Cette sympathie sera nécessaire pour la crédibilité de tout autre processus électoral que pourrait engager cette institution, si des réformes légales souhaitées viennent renforcer le corpus existant.
4-La stratégie et la planification rationnelle sont nécessaires à la vitalité des partis politiques dans une élection: en posant des actes ou en ne prenant pas des options en amont des processus électoraux, certains partis compromettent durablement leurs chances à des élections ou les amenuisent.
5-L’inclusion démocratique doit mettre l’accent sur l’éducation à la paix en faveur du citoyen : au centre de toute action sociale ou politique, le citoyen éduqué à la préservation de la cohésion communautaire est un excellent agent de stabilité, même en période d’effervescence politique , comme cela a été le cas à l’occasion de ces législatives.
6-la proximité avec les populations est le meilleur canal de légitimité des dirigeants et de légitimation des politiques publiques et sociales : beaucoup plus maintenant que pendant les campagnes antérieures, les candidats ont rivalisé d’ingéniosité pour affirmer leur proximité avec les populations. Si la proximité avec les populations permet d’obtenir leurs faveurs électorales et leur confiance, pourquoi ne pas faire de la proximité un mode permanent de gestion administrative et d’exécution locale des politiques publiques ?
7-Facebook ou les réseaux sociaux d’une façon générale ne font pas une élection. Ils sont un formidable instrument de mobilisation et d’incitation à l’action concrète . Tant que Facebook restera un espace virtuel d’expression des opinions sans appel à l’action, au soutien actif ou à la participation citoyenne, son efficacité dans la promotion de la démocratie sera limitée. Certains candidats l’ont appris à leurs dépens. Le terrain, le terrain…
8-un nouvel élan démocratique initié par des jeunes : l’acceptation de la défaite et les félicitations adressées aux autres candidats avant même la fin du processus, constatées pendant cette élection donnent bon espoir d’une démocratie électorale par la base. Certes les enjeux locaux d’une élection législative sont sans commune mesure avec les enjeux nationaux d’une élection présidentielle. Mais l’éducation électorale et la conscience démocratique dans les consultations de base offrent l’espoir de lendemains démocratiques meilleurs.
Ces cas doivent faire école à la base comme au sommet pour que plus jamais il n’y ait de drames collectifs dans nos communautés à l’occasion d’élections.
Il est à espérer que ces leçons conduisent à des changements qualitatifs dans la représentation du peuple et dans la conduite de la politique nationale.”

Sapel MONE

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