
Présidée par le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, représentant le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, la cérémonie a vu la participation des Premiers ministres du Sénégal, Ousmane Sonko, et du Tchad, Allah-Maye Halina, ainsi que de délégations venues du Niger, du Mali et des représentants de la famille de l’ancien président ghanéen Jerry Rawlings.
21 coups de canon et baptêmes de rues
Pour marquer la mémoire de Sankara et de ses compagnons, 21 coups de canon ont retenti, symbole fort de respect et de fidélité à leur combat. Dans la foulée, les rues de la capitale ont été rebaptisées aux noms des 12 compagnons d’infortune, tandis qu’une avenue portait déjà celui du « père de la révolution ». Ce geste urbain vise à inscrire durablement leur souvenir dans le quotidien des Burkinabè,
à l’image de la volonté affichée par le gouvernement : ranimer la flamme de la révolution et affirmer la résistance face au néocolonialisme.
Le mausolée, construit sur l’ancien site du mémorial Thomas Sankara, n’est que la première pierre d’un projet plus vaste: l’édification d’un mémorial dédié. Selon le message lu par le Premier ministre, «ce 17 mai est un symbole: celui du refus de la domination impérialiste, du néocolonialisme et de leurs avatars». L’infrastructure, sobre et élégante, associe pierres locales et espaces de recueillement ombragés. Elle offre un lieu de mémoire et de réflexion, appelé à devenir un haut lieu de la citoyenneté pour les jeunes générations.
La révolution comme boussole politique
En son absence, le capitaine Ibrahim Traoré revendique régulièrement l’héritage de Sankara pour légitimer sa transition militaire amorcée en 2022. Le mausolée intervient donc dans un contexte où la figure de Thomas Sankara sert de référent patriotique et de moteur de cohésion nationale. Les autorités ont rappelé l’importance de s’inspirer de ses principes: intégrité, solidarité et autosuffisance. L’inauguration constitue un appel à l’unité et à l’action collective pour surmonter les défis économiques et sécuritaires.
En marge de l’inauguration, le professeur Jean Hubert Bazié a remis au ministère de la Culture un manuscrit inédit: le discours que Sankara devait prononcer le 15 octobre 1987, quelques jours avant son assassinat. Selon son découvreur, «s’il avait réussi à le prononcer, il n’y aurait eu aucun prétexte officiel pour l’éliminer ».
Parmi les archives déposées figurent également la collection complète du journal L’Intrus, du numéro 00 jusqu’à quatre jours avant le coup d’État de 1987, ainsi que des documents relatant les réactions des chefs d’État de la sous-région après le putsch. Le lancement du mausolée marque le début d’une commémoration active: conférences, expositions et parcours pédagogiques sont prévus pour faire connaître la pensée et les actions de Thomas Sankara.
L’objectif est de faire de cette figure historique un modèle de responsabilité citoyenne, capable d’inspirer la jeunesse burkinabè et africaine. Les organisateurs insistent sur la nécessité de poursuivre le dialogue entre mémoire et présent: comprendre le passé pour éclairer l’avenir et consolider les bases d’une nation souveraine et solidaire.


