
Selon les chiffres communiqués par le président de la Commission électorale, Prosper Ntahorwamiye, lors d’une cérémonie retransmise en direct par la télévision nationale, le parti présidentiel a obtenu 96,51 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale. Aucun autre parti n’a franchi le seuil constitutionnel de 2 % des voix (désignation par le plus fort reste au moyen du coefficient électoral), condition indispensable pour pouvoir prétendre à une représentation parlementaire. « Au total, les 100 sièges reviennent au parti CNDD-FDD », a-t-il résumé.
Des manquements sur le terrain
Le verdict des urnes est sans appel. Le processus électoral aurait été entaché d’irrégularités. Plusieurs formations d’opposition ainsi que des observateurs indépendants ont fait état de pressions exercées sur les électeurs, de manquements organisationnels et d’un climat peu propice à une compétition équitable.
Dans les jours ayant précédé le scrutin, des militants de l’opposition avaient dénoncé des restrictions sur leurs activités de campagne en évoquant des intimidations et des limitations de déplacement. Des griefs qui, pour l’instant, n’ont pas donné lieu à une remise en question officielle des résultats par la CENI.
La mission d’observation de l’Église catholique du Burundi, traditionnellement active dans le suivi des processus électoraux, n’a pas encore communiqué de rapport détaillé, mais plusieurs sources proches de la Conférence épiscopale burundaise évoquent un climat électoral tendu dans certaines régions du pays.
Une opposition inaudible
Cette victoire sans partage du CNDD-FDD confirme la tendance observée depuis plusieurs années : l’espace politique burundais reste largement dominé par le parti au pouvoir, au détriment d’une opposition affaiblie et de plus en plus marginalisée. Depuis la crise politique de 2015, marquée par le troisième mandat controversé de l’ancien président Pierre Nkurunziza, les principaux partis d’opposition peinent à se structurer et à se faire entendre.
Outre quelques tentatives de recomposition, l’opposition burundaise n’a pas réussi à peser lors de ces élections législatives. Certains de ses leaders sont en exil, d’autres réduits au silence. Cette situation pose la question de la pluralité politique dans le pays et du rôle des institutions dans le maintien d’un équilibre démocratique.
Avec l’ensemble des sièges désormais entre les mains du CNDD-FDD, la prochaine législature s’annonce sans opposition parlementaire, ni contrepoids institutionnel. Une configuration qui pourrait renforcer le pouvoir exécutif, mais aussi limiter les débats contradictoires au sein de l’hémicycle.


