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République Démocratique du Congo: retour sur le décès mystérieux de KABILA

Né le 27 novembre 1939 à Jadotville, actuelle Likasi, l’ancien président de la République démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila, a été tué le 16 janvier 2001 à Kinshasa.

Cet assassinat, est survenu 40 ans après celui de Patrice Lumumba, le père de l’indépendance du Congo Belge.

Circonstances d’une mort polémique
Alors que l’actuel président de la République, Félix Tshisekedi a récemment gracié toutes les personnes qui étaient condamnées pour l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, dont le colonel Eddy Kapend, le flou reste entier sur les vraies circonstances de l’élimination physique de l’ancien président congolais.

Au début de l’après-midi du 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est abattu dans des circonstances floues, dans sa résidence du palais de Marbre, à Kinshasa.

Rashidi Mizele, un ancien enfant-soldat devenu membre de sa garde rapprochée, est accusé. Quelques instants plus tard, il est abattu sur place par le colonel Eddy Kapend, l’aide de camp du président Kabila.

Dr Mashako Mamba, ministre de la Santé et proche de Kabila, est présent à cet instant. Il va tenter vainement, dit-on, de réanimer le président assassiné.

Plus tard, dans les heures qui suivent, le gouvernement fait une déclaration pour annoncer que le président Kabila était encore en vie au moment où il était transporté d’urgence vers un hôpital au Zimbabwe.

Le colonel Eddy Kapend prend momentanément le pouvoir dans un climat tendu et assure l’intérim pour permettre aux autorités d’organiser la succession du défunt président.

Dans cet imbroglio total, durant lequel certains hauts officiers ont pris la fuite, le colonel Kapend contrôle la situation après la mort du président.

A cause de cet engagement, durant le processus de la succession, il sera accusé plus tard par les membres du gouvernement d’avoir tenté de prendre le pouvoir.

Le colonel Kapend s’est saisi de l’occasion de la commémoration en 2018 de la mort du président Laurent-Désiré Kabila, dans la prison de Makala à Kinshasa, pour réclamer son innocence.
Le jeu de la succession
Un “comité de crise” est formé sous l’égide des ministres d’État Gaëtan Kakudji (décédé le 21 juillet 2009 à Bruxelles), Abdoulaye Yerodia (mort le 19 février 2019 à Kinshasa), ministre des Affaires étrangères et Mwenze Kongolo, ministre de la Justice.

Gaëtan Kakudji, le numéro deux du gouvernement, décrète un couvre-feu sur toute l’étendue de la capitale.

Après moult concertations, les membres du comité de crise désignent Joseph-Désiré Kabila pour succéder à son père assassiné.

Le gouvernement annonce avoir simplement, par cet acte, accompli la volonté du défunt chef de l’Etat qui avait désigné son fils pour lui succéder, en cas de décès.

Joseph-Désiré Kabila était à l’époque le numéro 2 de l’armée congolaise.

Dix jours après, le 26 janvier 2001, Joseph Kabila est investi président de la République démocratique du Congo.

Intrigues à Kinshasa
La résidence du palais de Marbre à Kinshasa a été le théâtre de mouvements et tractations dont la suite ne sera jamais connue.

Dans les heures qui ont suivi l’assassinat du Président Kabila, une missive vraisemblablement signée de l’attachée militaire de l’ambassade américaine de l’époque a été retrouvée dans les affaires du défunt.

“En cas de problème, contactez ce numéro”, aurait été écrit dessus.

Il est aussi révélé que le président Kabila devait recevoir une délégation iranienne qui l’attendait, le jour même de l’assassinat, pour une négociation visant à fournir de l’uranium à l’Iran.
L’enlèvement et l’exécution, le même soir du meurtre, de onze ressortissants libanais liés au milieu du diamant, sont des zones d’ombre qui ont entouré les péripéties de cet assassinat.
Une cour militaire se chargera de diligenter le procès d’une centaine de personnes (militaires et civils, dont quatre enfants-soldats) accusées de l’assassinat du président malgré les mises en garde de la communauté internationale.

Le colonel Eddy Kapend et vingt-cinq autres personnes seront condamnés à mort en janvier 2003 sans que la peine prononcée soit exécutée.

Emmanuel Dungia, ancien ambassadeur de la République démocratique du Congo en Afrique du Sud et plusieurs autres personnes sont également accusées d’avoir participé à un complot visant à renverser Joseph-Désiré Kabila, le fils du défunt président.

Longue carrière de guérillero
Engagé dans une lutte acharnée contre le régime de feu Maréchal Mobutu Sese Seko à partir des années 1960, son parcours de combattant va le mener un peu partout en Afrique de l’est et du centre.

C’est vers 1961 que Laurent-Désiré Kabila va s’engager dans la lutte contre la gendarmerie katangaise dans les rangs de la jeunesse du Parti Balubakat, le parti qui regroupe les membres de l’ethnie des Lubas dont est issu son père.

Très vite, il sera remarqué par Jason Sendwé, le chef de la Balubakat, qui le nomme “colonel” des jeunesses de la milice ethnique au Katanga.

En septembre 1963, il est nommé secrétaire général aux affaires sociales, Jeunesse et Sports du Comité national de libération (C.N.L.).
Cette formation politique nationaliste et révolutionnaire s’inspire de Patrice Lumumba.

En juillet 1964, il participe à l’insurrection déclenchée par les forces lumumbistes de l’armée populaire de libération pour s’emparer d’Albertville, l’actuelle Kalémié, capitale du Nord-Katanga.

Il est nommé vice-président du gouvernement provisoire qui ne durera que quelques mois.

Au début de l’année 1965, il se replie au Kivu où il est nommé chef des opérations militaires par un pouvoir rebelle qui contrôle à cette époque plus du tiers du territoire congolais.

Il voyage beaucoup et se rend à Nairobi et à Dar es Salam, d’où il dirige les maquis.

Cette absence du front lui aura été vraisemblablement reprochée par Che Guevara, lors de leur rencontre en février 1965 à Dar es Salam.
De 1967 à 1985, Laurent-Désiré Kabila, règne en chef dans le maquis basé aux alentours de Hewa Bora dans les montagnes de l’extrême sud du Kivu.

Il contrôle le trafic de l’or et de l’ivoire et en tire des bénéfices substantiels.

Le 13 novembre 1984 et en juin 1985, les troupes de Laurent Kabila mènent des attaques dans la zone de Bora (guerres de Moba 1 et Moba 2).

En 1987, les forces armées zaïroises vont mener une offensive répressive qui va entrainer la déroute des troupes du parti de la révolution du peuple (PRP).

Laurent Kabila est perdu de vue après les affrontements de Moba 1 et Moba 2 et se réfugie au Soudan, auprès du rebelle John Garang, chef du plus important maquis soudanais.

Le chef rebelle congolais sera également aperçu à Kampala, en Ouganda, auprès de son ami Yoweri Museveni.
Surnommé Mzee, le Sage en Swahili, Kabila refuse de participer à la Conférence nationale souveraine lors de la transition (1990-19996) qui devait mener le Zaïre vers la 3e République.

En septembre 1996, il va signer un protocole d’accord à Gisenyi, au Rwanda, avec trois autres rebelles zaïrois en exile.

C’est la naissance de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (A.F.D.L.) dans lequel les quatre participants s’engagent à œuvrer pour chasser Mobutu du pouvoir.

Cette redoutable alliance, militairement aidée par le Rwanda, l’Ouganda et l’Angola, va marcher en quelques mois du Kivu à Kinshasa.

Le 16 mai 1997, à la veille de l’entrée des troupes à Kinshasa, le président Mobutu prend la fuite. Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir, sans effusion de sang, le 17 mai 1997.

Il rebaptise le pays. Le Zaïre redevient le Congo et le franc congolais se substitue au nouveau Zaïre.

L’hymne national et la devise du pays sont également changés.

Un règne précaire
Le gouvernement de salut public mis en place en juin 1997 va vite se confronter à de nombreuses difficultés.

Tous les postes de souveraineté nationale (les Affaires étrangères, la Sureté nationale et l’Armée) sont confiés à des Tutsis d’origine rwandaise et ougandaise.

L’incohérence dans la prise des décisions fait penser au peuple que le pays est dirigé par une main extérieure.

La tension monte et Kabila décide de renvoyer chez eux les officiers et soldats étrangers qui l’on aidé à arriver au pouvoir.

Il est immédiatement confronté à une tentative de coup d’État.
lus tard, dans l’Est du pays, va naitre une nouvelle rébellion dirigée par les officiers et ldes soldats des armées rwandaise et ougandaise qu’il avait renvoyés.

Kabila sera militairement soutenu par la Namibie, le Tchad, l’Angola et Zimbabwe pour faire face à cette nouvelle rébellion.

En 1998, l’ancien rebelle entame une gestion autocratique du pouvoir et emprisonne des opposants, dont Étienne Tshisekedi, le défunt père de l’actuel president.

En 1999, il crée le Comité du pouvoir populaire (CPP) à la suite de l’abolition de l’AFDL.

Il fonde un nouveau parlement de 300 députés en 2000 et règne en maitre jusqu’à sa mort, le 16 janvier 2001.

bbc

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