06092026Headline:

Succès Masra écroué : Ce que la justice Tchadienne lui reproche ?

Succès Masra, ancien Premier ministre tchadien et opposant, a été placé en détention provisoire, ce mercredi 22 mai, près d’une semaine après son arrestation. Candidat malheureux à la présidentielle de 2024, il est accusé par la justice tchadienne de plusieurs chefs d’inculpation graves, notamment « incitation à la haine », « révolte », « complicité d’assassinat » et « profanation de sépultures ».

Son arrestation remonte au 16 mai au petit matin. Depuis, le chef parti d’opposition « les Transformateurs » était en garde à vue. Selon ses avocats, Maitres Oumdade Yagoua et Ngolé Mannro, il a été présenté au parquet, puis à un juge d’instruction qui a ordonné son placement en détention provisoire. A l’unanimité, ses avocats dénoncent une procédure politique qui viseraient à faire taire un opposant très populaire, en particulier dans le sud du pays.

Des accusations liées à un massacre
Les accusations portées contre Succès Masra sont liées à une tuerie survenue le 14 mai dans le village de Mandakao, dans la région du Logone-Occidental. Quarante-deux personnes, dont une majorité de femmes et d’enfants, y ont été tuées. La justice tchadienne estime que l’opposant aurait contribué à provoquer cet acte de violence, bien qu’aucune preuve directe n’ait été rendue publique.

Les Transformateurs, parti dirigé par Masra, ont qualifié son arrestation d’« enlèvement ». Ils ont diffusé une vidéo de surveillance montrant son interpellation à son domicile par une dizaine d’hommes armés en uniforme. Une conférence de presse du parti a été annoncée pour commenter les dernières évolutions judiciaires.

Lire aussiTchad : l’ancien Premier ministre Succès Masra interpellé à son domicile par des forces armées
Les accusations tirent leur substance d’un message audio attribué à Succès Masra datant de mai 2023. Il y appellerait, selon une traduction, les populations à s’armer : « Apprenons à utiliser une arme à feu, que ce soit fille ou garçon… soyons tous des boucliers protecteurs. » Les partisans de l’opposant dénoncent un « montage » et un « mensonge d’État », accusant le gouvernement d’instrumentaliser l’audio pour écarter un rival politique. Ses partisans affirment que ce message est sorti de son contexte, voire totalement fabriqué.

Un retour d’exil déjà contesté
Succès Masra avait quitté le pays après la violente répression d’une manifestation en octobre 2022, au cours de laquelle plusieurs de ses partisans avaient été tués. Son retour en février 2024 a été rendu possible grâce à un accord de réconciliation signé à Kinshasa, qui comprenait une loi d’amnistie générale. Il avait alors repris une place centrale dans le paysage politique tchadien.

Originaire du sud du Tchad, Masra est membre de l’ethnie ngambaye. Il bénéficie d’un fort soutien dans cette région majoritairement chrétienne et animiste, où les habitants se disent souvent marginalisés par un pouvoir central dominé par les musulmans. Sa popularité dans le sud a été l’un des moteurs de sa campagne présidentielle, qu’il estime avoir remportée malgré les résultats officiels.
Le sud du Tchad est régulièrement victime de conflits intercommunautaires, notamment entre éleveurs et agriculteurs, aggravés par la rareté des terres et des pâturages. Entre 2021 et 2024, ces violences ont causé plus d’un millier de morts et environ 2 000 blessés, selon l’ONG International Crisis Group. Ses partisans, il s’agit d’une manœuvre politique pour étouffer une voix critique et populaire. Le gouvernement se défend d’une affaire judiciaire, liée à des violences graves. Le dossier reste à suivre.

 

What Next?

Recent Articles