06282022Headline:

La guerre en Ukraine précipite la fin de la mondialisation heureuse

La guerre menée par la Russie en Ukraine accélère le mouvement de démondialisation. Les Européens réalisent que leur sécurité passe par une plus grande souveraineté économique.

Et c’est dans la nation européenne la plus tournée vers l’extérieur que la prise de conscience est la plus spectaculaire. On parle de l’Allemagne et son excédent commercial stratosphérique faisant des envieux dans le monde entier. Le chancelier Olaf Scholz veut au plus vite se passer des hydrocarbures russes, du charbon, du pétrole et bien sûr du gaz, pour sortir de cette dépendance destructrice en situation de guerre. C’est un virage à 360 degrés avec la doctrine « Wandel durch Handel », le changement par le commerce. Elle a été adoptée par tous ses prédécesseurs depuis la réunification. Tous convaincus que le commerce pouvait adoucir les régimes les plus durs. Celui de la Chine où les Allemands vendent à profusion des voitures et des machine outils, celui de la Russie, leur fournisseur privilégié en gaz. Cette théorie du commerce propice à la paix n’est pas une nouveauté : au début du XXième siècle c’était la conviction du penseur britannique Norman Angell. Une croyance bien vite balayée par la Première guerre mondiale, elle mettra brusquement un terme à la mondialisation naissante de l’économie.

En ce début de 21ième siècle, le premier coup de semonce est venu avec la pandémie
Les Européens comme bien d’autres pays réalisent qu’ils dépendent de l’extérieur pour des produits devenus vitaux comme les masques, les gants, les semi-conducteurs ou les vaccins. Les pays disposant d’une industrie pharmaceutique solide ont été les premiers en mesure de fabriquer le sérum et donc de protéger leur population. On redécouvre les vertus du fait maison. Les chaînes de valeur ont été célébrées par les chantres de la mondialisation parce qu’elles ont rendu la production des biens plus efficaces et donc moins cher pour le consommateur final. Elles se révèlent fragiles avec la congestion du fret, et contre productives en situation de crise. La pandémie puis maintenant la guerre mettent en évidence des vérités que d’autres pays ont compris bien avant.

La Russie par exemple a cherché à devenir plus autonome suite aux sanctions occidentales de 2014.
C’est aussi ce que cultive la Chine. Elle a toujours assuré son développement tenant compte de sa sécurité nationale, de sa souveraineté. Avec le plan made in china 2025 conçu dès 2015, Pékin cherche à monter en gamme en augmentant substantiellement la part de biens intermédiaires ou de composants fabriqués sur place. En réaction Donald Trump lance sa croisade commerciale anti-chinoise. Pendant ce temps Narendra Modi fait du made in India la pierre angulaire de sa politique économique. Le reflux de la mondialisation est en marche depuis 2008. Cette année-là le commerce représente 60% du PIB mondial, la crise financière fait plonger les échanges et réveille les populismes. Depuis, la part du commerce dans le PIB mondial tend à baisser, ce n’est plus que 50% aujourd’hui.

C’est le retour de l’autarcie ?
On n’en est pas là. Cette option est trop chère et surtout matériellement presqu’impossible. La plupart des pays développés sont trop dépendants de certains approvisionnements extérieurs, en matières premières par exemple qu’ils n’ont pas forcément chez eux, comme le pétrole. Mais ils revoient leurs échanges à l’aune de leur sécurité. Les Etats-Unis par exemple ont toujours un accord de libre échange avec leurs voisins du Mexique et du Canada, mais en revanche, Joe Biden, dans le sillage de Donald Trump, poursuit le découplage avec la Chine. De leur côté les Européens veulent muscler les productions considérées comme stratégiques et revoir leur chaine d’approvisionnement, c’est tout le chantier en cours pour se passer du gaz russe.

Melv

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