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COP des Villes 2022 : en Côte d’Ivoire, un sommet pour lutter contre le changement climatique

En proie depuis plusieurs semaines à des inondations meurtrières, Abidjan accueille les 1er et 2 juillet une centaine de maires du monde entier pour une rencontre internationale sur le climat. Les pluies catastrophiques invitent à envisager, enfin, des actions significatives.
À l’heure d’écrire ces lignes, la capitale ivoirienne est endeuillée par les fortes précipitations qui caractérisent la grande saison des pluies (juin-juillet). Au moins sept personnes – dont quatre enfants d’une même famille – ont perdu la vie, emportées par des torrents de boue. Dans la commune de Cocody, à Abidjan, l’une des plus modernisées du pays, où résident près de 450 000 personnes, les mêmes scènes se répètent depuis une quinzaine d’années : des rues submergées, des habitations englouties, des familles déplacées à cause de la montée des eaux et craignant pour leur vie. Pour la saison 2022 en cours, la pluviométrie est annoncée comme la pire depuis trente ans.

Les collectivités locales aux premières loges
C’est dans ce contexte que la métropole ivoirienne accueille, les 1er et 2 juillet, la COP des Villes, organisée par l’Association internationale des maires francophones (AIMF), sur le thème « Agir avec les villes pour le climat », une initiative essentielle pour faire entendre la voix des gouvernements locaux d’Afrique dans la riposte mondiale à la crise climatique.

C’est un fait souvent ignoré : collectivités territoriales et gouvernements locaux sont aux premières loges face aux phénomènes naturels extrêmes et à la réalité des effets du réchauffement climatique. Mais ces structures, souvent, ne sont pas préparées à la survenue des crises climatiques et sont dépourvues de moyens financiers propres à organiser les secours. En Côte d’Ivoire, pays urbanisé à 49 %, la part du budget national allouée aux collectivités territoriales et aux gouvernements locaux s’élève à 251 milliards de F CFA (381 millions d’euros) pour l’année en cours, soit 2,53 % du total.

Au demeurant, cette somme déjà faible représente deux tiers des ressources financières de ces organes décentralisés. Non seulement dépendantes financièrement du gouvernement central, les collectivités territoriales n’ont tout simplement pas les moyens de couvrir leurs besoins ordinaires, encore moins de répondre aux conséquences sociales, économiques et environnementales liées au changement climatique.

À titre d’exemple, la commune de Cocody, à Abidjan, dispose d’un budget annuel de 18,3 millions d’euros seulement, soit près de 41 euros par habitant par an. Elle n’alloue à ce jour aucune ressource aux initiatives d’atténuation ou d’adaptation climatique. Cela n’est pas une surprise. En corollaire à la rareté des ressources se pose la question des capacités institutionnelles des élus et des administrations au niveau local, qui sont très peu informés des mécanismes et des enjeux du dérèglement climatique. Ils ne sont pas plus formés à évaluer la vulnérabilité de leur territoire et de ses habitants face au changement climatique d’une part, et d’autre part à concevoir, mettre en œuvre et évaluer des politiques publiques territoriales à la fois alignées sur les objectifs nationaux et sensibles aux exigences locales.

Dans ce contexte, la COP des Villes qui s’ouvre constitue un moment privilégié pour penser de manière décisive l’articulation à l’échelle locale des stratégies mondiales et nationales de gestion du changement climatique. La rencontre d’Abidjan doit être l’occasion de construire les alliances et les coopérations décentralisées entre gouvernements locaux, société civile, financiers du développement, acteurs de l’innovation et entreprises privées pour œuvrer en faveur d’une prise en charge concertée de l’urgence climatique.

Des défis institutionnels et financiers à relever
Repositionner les pouvoirs locaux au cœur des stratégies de gestion du dérèglement climatique imposera de relever en urgence plusieurs défis institutionnels et financiers, dont voici les principaux.

1/ Favoriser l’intégration et la déclinaison des objectifs et stratégies nationales d’atténuation et d’adaptation à l’échelle locale. Alors que la Côte d’Ivoire vient de rehausser à 30 % son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, l’articulation avec les objectifs locaux reste incertaine. L’essentiel des efforts se concentre sur des cibles sectorielles censées contribuer aux objectifs nationaux, négligeant le fait que les villes et les agglomérations contribuent de manière disproportionnée (78 % pour 2 % de la surface du globe) aux émissions de CO2. Assurer la transition énergétique des villes constitue un moyen formidable de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

2/ Renforcer la capacité institutionnelle des collectivités territoriales à concevoir, mettre en œuvre et mesurer l’efficacité de politiques d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique. Cela passe par des élus et un personnel administratif formés et compétents en matière de sélection et de gestion de projets, d’apprentissage, de transfert des technologies et de mobilisation des financements. Dans ce domaine, Freetown en Sierra Leone, Kumasi au Ghana et Kigali au Rwanda affirment un leadership certain. À Accra, au Ghana, les autorités de la ville mesurent et publient depuis 2016 leur empreinte carbone et ont fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

3/ Développer un nouveau modèle de coopération financière décentralisée en soutien à la planification, au financement et à la mise en service d’infrastructures locales résilientes. Il est essentiel que la finance climat soit une finance de proximité au service des besoins locaux. À ce titre, la mise en place d’initiatives de financement de type « blended-finance » telles que celle promue par le Fonds Vert pour le Climat (GCF) et ciblant les infrastructures dans les collectivités des pays en développement paraît extrêmement encourageante.

4/ Mobiliser les mécanismes d’assurances en faveur des collectivités territoriales et des gouvernements locaux. Pour répondre aux urgences climatiques provoquées par des événements extrêmes, l’utilisation des mécanismes d’assurances des risques climatiques adaptés et accessibles aux villes représente un moyen supplémentaire de renforcer leur résilience.

5/ Promouvoir les initiatives des sociétés civiles locales favorisant l’atténuation et l’adaptation, mais également l’éducation et la sensibilisation des populations locales à la prévention et à la riposte climatique. Les gouvernements locaux doivent renforcer leurs coopérations avec les organisations locales de la société civile, en privilégiant celles qui utilisent les technologies numériques pour l’information et la sensibilisation des populations à l’effort climatique commun.

Au moins 118 millions de personnes vulnérables d’ici à 2030
Il ne peut y avoir de solution au combat climatique sans une véritable implication des villes et des gouvernements décentralisés africains, « théâtres des opérations » dans cette lutte d’un genre nouveau autant que ressources précieuses et énergiques dans la résolution de la crise. En Afrique, dont la population urbaine rassemble 567 millions de personnes, on estime à 118 millions, d’ici à 2030, le nombre de personnes vulnérables, en grande majorité des femmes, face aux effets des changements climatiques (chaleur extrême, sécheresse, inondations). Ainsi qu’à leurs conséquences désastreuses : appauvrissement économique et exode massif de la population.

Combien de temps cela peut-il durer ? C’est la question à laquelle la COP des villes 2022, à Abidjan, doit répondre.

Melv

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