
Le président de la République est prêt à adapter le dispositif de maintien de l’ordre « sans tabou », a souligné vendredi l’Élysée.
Jeudi matin, le président avait déjà convoqué une première réunion de crise avec les ministres et directeurs d’administration concernés, dans le centre ad hoc situé au ministère de l’Intérieur, avant de partir pour Bruxelles. Il avait dénoncé des violences « injustifiables ».
« Toutes les hypothèses », dont l’instauration de l’état d’urgence, sont envisagées par l’exécutif pour « le retour de l’ordre républicain », a déclaré vendredi Élisabeth Borne depuis le commissariat d’Evry-Courcouronnes (Essonne), après une troisième nuit d’émeutes. « Nous examinerons toutes les hypothèses autour du président de la République à 13h00 dans la réunion qu’il va organiser. Donc je ne vais pas vous répondre maintenant. Mais nous examinons toutes les hypothèses avec une priorité, le retour de l’ordre républicain sur tout le territoire ».
Un peu plus tôt ce matin, Élisabeth Borne a réuni à Matignon plusieurs ministres pour faire le point après une troisième nuit d’émeutes, dénonçant dans un tweet des actes « insupportables et inexcusables ».
« Ce matin à Matignon avec les ministres pour faire le point sur les violences et exactions de la nuit. Les actes commis sont insupportables et inexcusables », déclaré la Première ministre, qui était entourée de quatre ministres : Gérald Darmanin (Intérieur), Éric Dupond-Moretti (Justice), Christophe Béchu (Transition écologique et territoires) et Olivier Klein (Ville et Logement).
« Il faut impérativement que chacun soit à la hauteur de sa mission », a réagi la présidente de l’Assemblée nationale après cette nouvelle nuit de violences, Yaël Braun-Pivet, qui est en Moldavie. Et de poursuivre, au micro de notre envoyé spécial sur place Pierrick Bonno : « Le gouvernement, par la mobilisation des forces de l’ordre, est extrêmement mobilisé. Moi, je salue la mobilisation du ministre de l’Intérieur, de la Première ministre évidemment, de l’ensemble des élus, parce que moi, je vois des élus, je suis en contact avec les maires de ma circonscription, ils sont très mobilisés. »
Quid de l’instauration de l’état d’urgence ? « C’est un choix du gouvernement. Vous savez, l’état d’urgence, ce sont des moyens qui permettent d’avoir des moyens d’action juridiques qui permettent de gérer des situations de crise. Donc au gouvernement de savoir, en fonction de la situation précise, s’il a besoin de ces moyens juridiques, et moi, je ne peux pas répondre à cette question. En tout état de cause, il est impératif que cela cesse rapidement. »
Dégradations de bâtiments publics, pillages et échauffourées sporadiques ont en effet encore secoué dans la nuit de jeudi à vendredi de nombreuses villes.
Ce matin à Matignon avec les ministres pour faire le point sur les violences et exactions de la nuit. Les actes commis sont insupportables et inexcusable
Plus de 650 interpellations
Des villes jusque-là épargnées et qui, pour certaines, ne sont pas familières de ce genre de violence, ont été touchées. Dans le centre de Paris, chose plutôt rare, des magasins de vêtements ont été pillés et des poubelles incendiées.
Toulouse, Marseille, Lyon, Lille, Orléans, Strasbourg, mais aussi Laval, Tours, Alençon, la plupart des grandes villes de France et leurs banlieues ont connu des tensions et des dégradations.
Les mêmes scènes se répètent : des groupes de jeunes, souvent cagoulés, s’en prennent à des mairies, des commissariats, des voitures et des bus ou bien des commerces qui sont ensuite pillés.
Dans le département de la Seine-Saint-Denis, juste au nord de la capitale, quasiment toutes les communes ont été touchées.
Sur tout le territoire, près de 40 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés la nuit dernière. Quelque 249 policiers et gendarmes ont été blessés.
Cette nuit, nos policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont encore fait face, avec courage, à une rare violence.
Conformément à mes instructions de fermeté, ils ont procédé à 667 interpellations.
Le policier, auteur des coups de feu, a passé sa première nuit à la prison de la Santé, à Paris. Il a été inculpé, ce jeudi, pour homicide volontaire et placé en détention provisoire. Le parquet estime que les conditions légales d’usage de l’arme ne sont pas réunies.
L’avocat du policier a précisé, sur le plateau de la chaîne BFM TV, que les premiers mots du policier, lors de sa garde à vue, étaient destinés à la famille de Nahel, des mots d’excuses. Maître Liénard a annoncé qu’il allait faire appel du placement en détention de son client dès ce vendredi.


