
Selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement, la production économique de l’Afghanistan s’est effondrée de plus de 20% depuis août 2021 et le PIB s’est contracté de 3,6% en 2022.
Selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement, la production économique de l’Afghanistan s’est effondrée de plus de 20% depuis août 2021 et le PIB s’est contracté de 3,6% en 2022. REUTERS – ALI KHARA
C’est à travers un simple communiqué que le Bureau intérimaire des affaires économiques dirigé par les talibans a appelé la Banque mondiale à « reprendre et à terminer les projets précédemment financés et restés inachevés » dans le pays.
Selon cet organe du pouvoir intérimaire à Kaboul, l’inflation est en baisse dans le pays et le cours de l’afghani, la monnaie officielle, s’est raffermi par rapport aux devises étrangères, ce qui a entraîné une baisse des prix des produits de consommation.
Un appauvrissement croissant
Mais le dernier rapport de la Banque mondiale est bien plus alarmiste, pointant une insécurité alimentaire très importante avec des prix qui restent très élevés. Depuis que le régime taliban a pris le pouvoir en août 2021, la population s’est considérablement appauvrie, des centaines de milliers d’emplois ont été perdus et le nombre d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté est estimé à 85% de la population, selon l’ONU.
Le pays est aussi durement éprouvé par les conséquences du changement climatique, rapporte Sonia Ghezali, notre correspondante au Pakistan. L’Afghanistan traverse en ce moment la pire crise de sécheresse de ces trente dernières années.
L’aide internationale, qui se poursuit partiellement, ne parvient pas à maintenir à flot l’économie du pays, d’où cet appel du gouvernement intérimaire afghan qui s’est rendu en juin dernier en Chine et en Indonésie pour resserrer les liens économiques.
Il y a des aspects positifs qui sont tout de même à souligner : la sécurité s’est améliorée, de fait, puisque les talibans qui constituaient le groupe insurrectionnel qui combattait l’ancien pouvoir en place est aujourd’hui au pouvoir. Il y a aussi la politique de taxation aux frontières qui fonctionne bien et engendre des revenus.
Citons aussi la lutte contre la culture du pavot qui permet la production d’opium. Les surfaces cultivées sur la période 2022-2023 auraient diminué de 80% depuis la prise de pouvoir par les talibans.
Mais selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement, la production économique de l’Afghanistan s’est effondrée de plus de 20% depuis août 2021 et le PIB s’est contracté de 3,6% en 2022.
Les enfants ne sont pas épargnés
Ces deux dernières années ont eu un impact de grande ampleur sur la vie des enfants et des familles en Afghanistan, où plus d’un tiers des enfants interrogés sont poussés vers le travail des enfants, selon une enquête de l’ONG Save the Children.
« L’un des mécanismes de survie auxquels les familles ont eu recours a été d’envoyer leurs enfants travailler, souvent dans des conditions horribles, explique Ahmed Kodouda, directeur des campagnes de plaidoyer, de la communication et des médias pour l’ONG en Afghanistan. Par exemple, la semaine dernière, nous étions dans l’est de l’Afghanistan où nous avons vu des enfants forcés de travailler à la frontière pour faire passer des marchandises en contrebande à travers la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, où une fille a malheureusement été écrasée à mort par un camion alors qu’elle essayait de transporter des marchandises. Parmi les enfants que nous avons interrogés, nous constatons qu’environ un enfant sur trois a été contraint de travailler et que les familles y ont recours pour faire face à la détérioration de la situation économique. Bien sûr, cela a un impact important sur la santé mentale des enfants et nous constatons qu’il y a une crise de la santé mentale où les enfants subissent des effets négatifs significatifs de la situation actuelle. »
« Les politiques de pression sur les talibans ne marchent pas »
« Les organisations humanitaires en Afghanistan appellent la communauté internationale à leur parler, témoigne Mélissa Cornet, conseillère en plaidoyer humanitaire pour l’ONG Care, basée à Kaboul, au micro de Cléa Broadhurst du service international de RFI. Ni à collaborer, ni à les reconnaître, évidemment, mais à avoir un dialogue, parce qu’on est dans une situation où on sait très bien que les politiques de pression sur les talibans ne marchent pas. Donc, réussir à avoir un dialogue permet de réussir à trouver des solutions, malgré le fait qu’encore une fois, le contexte est extrêmement dramatique aujourd’hui. Nous devons travailler avec les autorités de facto, et c’est aussi via ce travail, via ce dialogue que nous pourrons réussir à trouver certaines solutions.
Pour donner un exemple, nous avons réussi à continuer, et même à étendre, un programme sur l’empouvoirement économique des femmes, donc nous réussissions à former des femmes, par exemple à la couture, à la broderie, pour qu’elles puissent continuer à avoir une activité économique qui leur permet de gagner de l’argent, de nourrir leur famille, etc. Ainsi, il y a encore certaines petites solutions qui restent possibles, malheureusement les organisations humanitaires ont un mandat limité, c’est pour ça qu’il reste important pour la communauté internationale de rester mobilisée, que ce soit pour financer les programmes humanitaires, mais aussi pour réussir à avoir un dialogue qui puisse permettre de trouver des solutions. »


