
Autre défi : la criminalité due au trafic de drogue – le pays est devenu ces dernières années une des principales routes de la cocaïne bolivienne vers l’Europe, selon le site spécialisé Insight Crime. Ainsi, le mois dernier, une enquête a été lancée au sujet d’une cargaison de 10 tonnes de cocaïne parties d’Asuncion à destination de Hambourg en Allemagne, où elle a été interceptée par les douanes. Selon le directeur des douanes paraguayen, la cocaïne était mêlée à un chargement de sésame. Nous recevons des marchandises de toute l’Amérique latine – Bolivie, Colombie, Pérou- à destination de l’Europe, expliquait un criminologue à l’AFP et ces trois dernières années quelque 40.000 kilos de cocaïne ont été saisies, ce qui en dit long sur la quantité qui transite par Asunción. On se souvient également de l’assassinat en mai 2022 en Colombien du procureur paraguayen Marcelo Pecci, spécialisé dans la lutte contre le trafic de drogue. Les commanditaires du meurtre, des Colombiens, ont été condamnés en mai dernier par un tribunal de Carthagène.
Santiago Peña va aussi devoir gérer avec le Brésil la renégociation du traité sur le gigantesque barrage hydroélectrique d’Itaipu, situé à la frontière entre les deux pays sur le fleuve Parana. Le traité, qui expire ce mois-ci et avait été négocié en 1973, à l’époque où les deux pays étaient sous des dictatures militaires, était largement à la défaveur du Paraguay.
Santiago Peña est un proche de l’ancien président Horacio Cartes, que Washington a interdit d’entrée et de transactions sur le territoire, le traitant de « corrompu ». Selon le président élu, cela n’aura pas d’incidence sur la relation privilégiée du Paraguay avec les États-Unis. Un pays qui reste d’ailleurs l’un des rares dans le monde et le seul en Amérique du Sud à maintenir des relations avec Taïwan (allié des Etats-Unis), et pas avec Pékin. Le vice-président taiwanais est d’ailleurs déjà à Asunción pour l’investiture.
Une relation complexe avec Taïwan
Le Paraguay bénéficie de la relation avec Taïwan, qui alimente sa politique clientéliste, explique Julien Demelenne, doctorant à l’EHESS et spécialiste du Paraguay, au micro de Christophe Paget de RFI. « Taiwan a mené une relation avec la classe politique depuis la dictature d’Alfredo Stroessner, entre 1954 et 1989. C’est un pays qui finance la coopération, et qui bénéficie à la classe politique, avec une coopération facile. Il contribue à la coopération avec la construction de maisons, avec la construction d’écoles, sans mettre trop de conditions. Et cela bénéficie aussi à la politique clientéliste du Paraguay. » Le discours de Santiago Peña que Taïwan contribue à l’industrialisation et au développement économique du pays à la différence de la Chine n’est intéressée que par ses productions agrocoles : la viande et le soja. « En termes de balance commerciale, (la relation) ne bénéficie pas trop au Paraguay parce que, par exemple, avec la Chine, le Paraguay a une balance très défavorable, c’est-à-dire qu’il importe presque 4 milliards de dollars de produits et il exporte presque 30 millions de dollars, donc il y a vraiment une balance très défavorable. » Les milieux d’affaires, ainsi que les producteurs de soja et de bœuf, sont d’ailleurs favorables à une rupture des liens avec Taïwan. Et souhaitent un rapprochement économique avec Pékin, pour avoir accès au vaste marché chinois.


