
Au-delà de ces formules, il y a une revendication commune au Brésil, à la Russie, à l’Inde, à la Chine et l’Afrique du Sud, dont les noms forment l’acronyme Brics : tous ces pays contestent un ordre politique et économique dominé par l’Occident. Cela ne veut pas dire que les cinq pays sont d’accord sur tout, notamment sur leur possible élargissement, dont il sera question durant ce sommet, rapporte notre envoyé spécial à Johannesburg, Nicolas Falez.
La Chine affirme son influence
De tout cela, les participants vont parler ici pendant trois jours, avec en parallèle une séquence bilatérale. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa doit recevoir son homologue chinois, Xi Jinping.
Le président chinois s’est fendu d’une tribune dans la presse sud-africaine ces derniers jours dans laquelle il salue ce qu’il qualifie de « communauté d’avenir partagée » avec le continent, cela dans des termes toujours pleins d’emphase. La tribune est intitulée « faire naviguer le navire géant de l’amitié et de la coopération Chine – Afrique du Sud vers un plus grand succès. »
Les deux pays se connaissent bien, le S des BRICS officialisé en Chine en 2011. L’entrée de l’Afrique du Sud -South Africa- dans le groupe des émergents a été officialisée sur l’île province chinoise de Hainan, lors du sommet de Sanya. Même s’il est peu probable que le forum de Johannesburg permette de nouvelles adhésions. Xi Jinping va coprésider le dialogue des dirigeants Chine-Afrique en marge du sommet, avec de nombreux pays qui frappent à la porte des BRICS depuis un moment (Algérie, Burundi, Egypte, Ethiopie, Nigéria et Sénégal notamment). « La Chine continuera à œuvrer en faveur de progrès substantiels dans l’adhésion de l’Union africaine au G20 cette année, et espère que les pays africains et l’UA joueront un rôle plus important dans les affaires internationales et régionales », écrit encore le numéro un chinois dans sa tribune.
Pékin porte également le projet de commerce dans les monnaies locales et d’une substitution du yuan au dollar, même si cela prendra également du temps. La Nouvelle Banque de Développement dont le siège se trouve à Shanghai, est dirigée par l’ancienne présidente du Brésil Dilma Rousseff qui a été intronisée à ce poste le 13 avril dernier lors de la visite de Lula en Chine .
Pour la NBD n’est pas en mesure de concurrencer les institutions financières internationales, mais elle pourrait annoncer à l’occasion du sommet une augmentation des prêts dans les monnaies locales justement. Une démonstration d’indépendance par rapport à l’occident qui passe aussi par un développement des échanges.
Dans sa compétition tendue avec les États-Unis, Xi Jinping peut afficher ses liens avec ses partenaires des Brics, tout comme avec les dizaines de pays qui souhaiteraient rejoindre le groupe.
Une rencontre entre la Chine et l’Inde
Pour l’Inde, cette réunion illustre parfaitement sa politique de « multi-alignement ». Le Premier ministre Narendra Modi a renforcé les liens
L’agenda de Narendra Modi est en cours de finalisation, indique la diplomatie Indienne, selon notre correspondant à Bangalore, Côme Bastin. Une manière de laisse planer le suspens sur une rencontre avec le président chinois que beaucoup de médias appellent de leurs vœux.
Il faut dire que les sujets de discussions et de dissensions ne manquent pas, avec trois questions majeures selon Kanti Bajpai, politologue spécialiste de la relation Inde-Chine : « Premièrement, la vingtaine de pays candidats à rejoindre les BRICS. La Chine soutient un groupe large contre l’occident, mais certains sont des ennemis de l’Inde. Deuxièmement, l’idée d’une monnaie commune pour ces pays, en tout cas d’une réponse face à la toute puissance du dollar. Enfin, les relations, complexes, entre l’Inde et la Chine. »
Durant leur dernière et brève rencontre a Bali en novembre 2022, Narendra Modi et Xi Jinping se sont engagés à stabiliser leur dispute frontalière dans l’Himalaya et restaurer des échanges bilatéraux. Kanti Bajpai appelle cependant à un optimisme prudent : « Il ne faut pas s’attendre à des avancées majeures sur ces sujets. Mais il est important pour les deux dirigeants du sud global de s’afficher côte à côte et peut-être de faire une déclaration conjointe. »
Il s’agit aussi pour l’Inde de s’assurer de la participation des chefs d’Etats des BRICS, notamment le président russe Vladimir Poutine, lors du sommet du G20 qui aura lieu prochainement à New Delhi.
Absence de Vladimir Poutine
Justement, cette rencontre sera marquée par l’absence d’un homme : Vladimir Poutine. Le président russe s’exprimera en visioconférence.
Il n’a pas fait le déplacement à Johannesburg, car il risque une arrestation à cause d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale suite à la guerre qu’il a lancée en Ukraine. Il y a cependant une recherche de soutien de la Russie, qui veut montrer qu’elle n’est pas isolée. Aucun pays des Brics n’a condamné l’invasion russe de l’Ukraine.
Et puis il y a l’Afrique du Sud, qui accueille ce sommet, qui cherche également à étendre son influence. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a voulu faire de ce moment un rendez-vous pour tout le continent en invitant plusieurs dizaines de pays africains.
Du côté des participants africains à ce sommet, Cyril Ramaphosa a annoncé que 30 leaders étaient attendus, sans dévoiler de liste. Une chose est sûre : l’Algérie, la République démocratique du Congo, le Nigeria et le Cameroun n’ont pas dépêché sur place leur président, rapporte notre correspondante à Johannesburg, Claire Bargelès.
Après des échanges ce mardi 22 août autour des relations commerciales intra-Brics, les quatre leaders du groupe se retireront dans un lieu huppé de la ville, pour se retrouver à huis-clos. Le plus gros de la rencontre devrait se dérouler mercredi, avec, parmi les dossiers à aborder, la question de l’élargissement.
Quant au Brésil, il aimerait voir se concrétiser la monnaie des Brics, qui permettrait aux pays émergents de s’affranchir du dollar. Le président brésilien Lula milite également pour une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU.
L’absence d’Emmanuel Macron, un revers pour la stratégie diplomatique du président français ?
Emmanuel Macron avait fait savoir son intérêt pour le sommet des Brics mais le président français ne fera pas partie des invités. Est-ce un revers pour celui qui plaide pour une rénovation du multilatéralisme et cherche à jouer les intermédiaires entre pays du Nord et pays du Sud ? L’hypothèse de sa participation, lancée par les Français, est restée un certain temps dans l’atmosphère – notamment au moment du sommet pour un nouveau pacte financier à Paris en juin – auquel le président d’Afrique du Sud Ramaphosa a participé.
Mais finalement, les Sud-africains n’ont pas donné suite à l’envie présidentielle. La ministre des Affaires étrangères du pays hôte a expliqué qu’aucune invitation n’avait été envoyée au chef de l’État français. Et pourtant, Emmanuel Macron aurait bien aimé participer au débat avec les dirigeants des membres de ce club de pays émergents dont il veut faire des partenaires diplomatiques et économiques.
Mais c’est aussi la Russie, responsable de la guerre en Ukraine, qui a provoqué le blocage sur la présence d’Emmanuel Macron. Enfin, le côté français dit comprendre que le format du sommet des Brics cette année privilégie le dialogue avec les pays du Sud, et surtout africains, et n’offre donc pas forcément d’espace à une participation du président de la République. Une manière de prendre acte du refus sans en faire un camouflet.


