Sa plume acerbe n’épargne aucun des maux de la Côte d’Ivoire : détention arbitraire de prisonniers politiques, justice à double vitesse, enlèvements d’enfants et, bien sûr, les tractations autour de la présidentielle prévue en octobre 2015.
Le père Norbert Abékan n’épargne personne non plus. Ni les hommes politiques ni les dignitaires religieux d’un pays qui peine à mener à bien le processus de réconciliation.
Les Ivoiriens aiment à lire ses chroniques dans la presse, écouter ses homélies dans la paroisse Notre-Dame de la Tendresse de Cocody-Riviera, à Abidjan, ou encore ses émissions à la radio. mais cela semblait ne plus suffir à ce religieux qui se lance désormais vers le cinéma.
« Cela fait une vingtaine d’années que je fais de la radio. J’ai également écrit des pièces de théâtre. Et puis, je me suis dit qu’il y avait un média fascinant qui permet de mieux approcher les jeunes et leur apporter des conseils utiles : le cinéma », explique-t-il avec enthousiasme. Il ajoute, rieur : « Et puis, c’est aussi une passion ! »
Sa carrière sur le grand écran débute un peu par hasard. Sans entregent dans ce milieu fermé, et alors qu’il doit continuer à assumer ses charges pastorales, il décide de répondre à une annonce de casting publiée en mars 2014 dans un hebdomadaire culturel. « J’ai été retenu parmi six cents autres postulants », se souvient-il.
Le 10 janvier 2015, le père Norbert Abékan a officiellement été retenu pour un rôle dans « Vert olive », un téléfilm de 26 épisodes. Vêtu d’un ensemble veste d’époque, un chapeau de cow-boy et une pipe sur les lèvres, le prêtre doit interpréter le rôle d’un directeur des affaires administratives et financières d’une entreprise.
Avec ses cachets de comédien, le prêtre le plus célèbre d’Abidjan compte apporter une aide matérielle et financière à une congrégation de sœurs engagées aux côtés d’enfants atteints du sida. « Son choix est certainement guidé par Dieu. Et je ne pense pas que ce choix soit incompatible avec sa vocation de religieux », soutient la paroissienne Céline Aman. Même si elle concède que « certains sont inquiets » de voir le père Abékan s’illustrer sur des médias « pas forcément catholiques ».
Toutefois, d’autres se montrent plus critiques. « Un prêtre est un acteur liturgique à qui on demande de jouer le rôle de Jésus-Christ. Ce rôle est sacré. Alors, on ne peut pas faire fi de ce mystère », tranche le berger Maurice Allah. Pour lui, c’est clair : « Un fidèle ne verra pas sa foi grandir, en écoutant un curé qu’il a vu, la veille, dans un rôle quelconque au cinéma. »
Norbert Abékan n’en a cure. Il suit sa voie. Et s’accomplit. « Je ne peux plus être ce prêtre qui se contente de rencontrer les fidèles à l’église chaque dimanche. Je me dois, aussi, d’aller vers eux », rétorque-t-il. Et il n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Après « Vert olive », le curé envisage déjà un nouveau tournage d’un téléfilm intitulé « Petit bisou ».
Toutefois, l’archevêque d’Abidjan pourrait bien mettre un terme à son début de carrière. « Une rencontre est prévue avec le père Abékan pour l’entendre, et nous réfléchirons au choix à prendre », précise le père Augustin Obrou, responsable des relations extérieures de l’archidiocèse d’Abidjan.
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