Deux semaines après le début d’une vaste opération de démolition de maisons dans des zones à risque dans la commune de Cocody (Gobelet), les bulldozers continuent leur travail, laissant derrière eux des habitations réduites en gravats, mais surtout des familles en détresse. Nous sommes allés à leur rencontre, le mardi 24 février 2015.
Le regard perdu, dame Guéï Esthel ne se rend pratiquement pas compte de la conversation que nous avons engagée avec son fils, Balou Emmanuel Junior en classe de CE 1 à l’école primaire les Hirondelles « C’est ici (église) que nous sommes depuis que nous avons été chassés de Gobelet-Cma », raconte Balou entre deux poignets d’Attiéké (semoule de manioc cuite à la vapeur) dont les seuls ingrédients sont l’huile et le sel.
Dame Guéï explique, sans grande difficulté, les raisons pour lesquelles elle et son fils sont venus s’installer à l’église : « J’ai de la famille à Yopougon (Abidjan-nord). Mais c’est pour mon fils que je suis venue me réfugier ici. Il doit terminer son année scolaire. En pleine année scolaire, il est quasiment impossible de faire une mutation. Et puis, cela va déstabiliser l’enfant. Donc, je préfère rester ici pour souffrir pour que mon enfant termine l’année. Même s’il faut que nous dormions dans la rue » soutient-elle, dans ce grand bâtiment inachevé de l’église Cma.
Pour cette bâtisse à plusieurs niveaux, la mezzanine fait office de gymnase pour des centaines de familles qui se sont entassées là depuis le début du mois de février 2015. Ces familles sont issues des sous-quartiers à risque de « Gobelet », à savoir, Cma, Apsa, Boston, 7ème tranche… La « délimitation des familles » est matérialisée par l’espace qu’occupent les biens de celles-ci. C’est ainsi qu’à leurs ustensiles de cuisine et des matelas défraîchis, s’ajoutent des effets vestimentaires.
C’est le cas des enfants Boagnon installés sur une natte. « Je suis en 6ème au Cmc de Cocody. Nous avons été chassés en début de mois de février. C’est ici que nous avons été recueillis. Nous nous débrouillons pour nous nourrir », explique Grâce, l’aînée auprès de qui se trouve Ruth, élève en classe de CE1 à l’école primaire le Temple du Savoir. Elles sont rejointes par Anet Ahemou Karen et Glofehi Samira toutes au CE1. Attristées par le sort qui s’acharne sur elles et leurs familles, ces écolières disent craindre. « La nuit tombée, nous avons peur. Avec le phénomène d’enlèvement d’enfants. Il y a certes un grand portail et un vigile, mais à tout moment, quelqu’un peut vouloir nous faire du mal. Mais grâce aux prières de nos bienfaiteurs et nous-mêmes, les choses vont mieux pour le moment », font-elles savoir.
Devant l’affluence des déplacés et débordés, les responsables de l’église ont finalement laissé tomber l’ultimatum donné, le 22 février 2015, à ces centaines de familles pour quitter les lieux. « Nous avons décidé qu’elles restent en attendant de leur trouver une solution. Ici, c’est la maison de Dieu. Sauf que les besoins de leur prise en charge sont peu, comparés à leur nombre, à savoir, les toilettes », indiquent-ils. « Nous faisons nos besoins dans la nature sur les sites à risque détruits. La nuit, peu après 21H, nous nous lavons avant de venir nous coucher. Nous savons que nous courrons d’énormes risques », déplore dame Angbo J. à la fois désabusée et inquiète.
Cette mezzanine, future salle de prière, qui peut contenir des centaines de personnes, reçoit aujourd’hui deux fois que son effectif. Et l’affluence ne semble pas s’arrêter, puisque, jusqu’au mercredi 25 février 2015, c’est une dizaine de personnes qui ont déposé en ce lieu, leurs valises, baluchons et ustensiles de cuisine.



