Entre le roi du Maroc et le président nigérian Goodluck Jonathan, ça ne va pas. Le souverain chérifien a opposé un refus poli à une demande d’entretien téléphonique que lui a adressée le n°1 nigérian. Des raisons fondamentales expliquent la brouille entre les deux dirigeants.
Le vendredi 6 mars 2015, la présidence nigériane formule une demande d’entretien téléphonique avec le palais royal de Rabat. En clair Goodluck Jonathan veut s’entretenir au téléphone avec Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Le palais royal, par le truchement du ministère marocain des Affaires étrangères ne met pas du temps pour donner suite à la requête.
Le lendemain 7 mars, le chargé d’affaires du Nigeria à Rabat est convoqué pour avoir la réponse du monarque. C’est non ! Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette fin de non recevoir? Le ministère marocain des Affaires étrangères a laconiquement justifié ce refus. Selon la diplomatie marocaine, depuis cinq ans, Goodluck Jonathan n’a nullement exprimé la moindre envie de s’entretenir avec le souverain marocain. C’est avec une certaine surprise que Rabat a accueilli cette requête soudaine qui intervient à la veille d’une échéance électorale au Nigeria. Pour Rabat, c’est évident que des visées électoralistes sous-tendent cette demande. La volonté de Goodluck Jonathan de se rapprocher d’une éminente personnalité du monde musulman qu’est SM le Roi, le Commandeur des croyants, n’a pas échappé au palais royal. Celui-ci ne pouvait donc que décliner la demande.
Pour Rabat, la volonté du président-candidat d’avoir la caution de hauts dirigeants du monde arabo-musulman avant les élections dans son pays, est manifeste, car avant le Maroc, M. Jonathan a fait des démarches similaires auprès de deux autres grands pays musulmans que sont l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Or, fait-on remarquer à Rabat, Goodluck Jonathan n’a jamais été un soutien à la cause arabo-musulmane. A preuve, fin 2014, son représentant à l’Onu a voté contre la demande de reconnaissance de l’État palestinien par l’Organisation des Nations-Unies.
D’autres raisons justifient ce refus
Outre cette raison officielle qui justifie le refus de cet entretien, la diplomatie marocaine a bien d’autres raisons de ne pas ”voler au secours” de Goodluck Jonathan qui a nécessairement besoin, à moins de trois semaines de la présidentielle du 28 mars, des suffrages de l’électorat du nord nigérian majoritairement musulman.
Le soutien affiché du gouvernement nigérian aux indépendantistes du Sahara occidental, n’est pas de nature à faciliter les relations avec le royaume. Depuis 1984, le Nigeria a reconnu la République arabe saharaouie démocratique, (Rasd). Les tentatives de certains dirigeants ouest-africains, amis du Maroc, de rapprocher la position du président nigérian de celle de Rabat, ont été vaines. Abuja a même organisé fin 2013, une réunion de soutien à la ”cause saharaouie”. C’était certainement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le royaume chérifien ne transige pas sur l’intégrité territoriale de ses provinces du Sud appelées ”Sahara marocain”.
Rabat a proposé, dans le cadre de la résolution du différend sur ces terres, un plan de large autonomie de ses provinces méridionales. L’initiative royale est soutenue par une majorité de pays africains et certaines puissances occidentales dont la France. Depuis sa montée sur le trône, le Roi Mohammed VI a mis en chantier un vaste programme de développement dans tous les secteurs, pour corriger les disparités régionales dont souffraient ces provinces. Aujourd’hui c’est une véritable métamorphose que connaissent ces régions. Laâyoune, la capitale de ces provinces du Sud est devenue un véritable pôle de développement à l’instar des grandes villes du Royaume.
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