L’infrastructure aéroportuaire de Port-Gentil ne portera plus le patronyme de l’ex-président gabonais, mais celui de l’ancien opposant Joseph Rendjambe Issani. Ainsi en a décidé le dernier conseil des ministres…
Alors que les appels à la libération de son épouse et de son fils ne semblent pas être entendus, l’ancien chef de l’État gabonais ne risque pas de voir son moral s’améliorer. Non seulement le nouvel homme fort du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema, ne serait pas disposé à prêter une oreille attentive à son prédécesseur, mais le régime actuel s’emploie à effacer les traces de l’ancienne famille régnante dans les espaces publics. À l’initiative du ministère des Transports et de la Marine marchande, le conseil des ministres de ce 20 février vient d’entériner la débaptisation de l’aéroport international Ali Bongo Ondimba de Port-Gentil.
Ce n’est qu’en novembre 2016, quelques mois avant la Coupe d’Afrique des nations gabonaise, que l’aéroport international de la capitale économique avait été rouvert à la circulation internationale et domestique. Le budget des travaux s’élevait à 73 milliards de francs CFA, entièrement financés par les revenus du pétrole grâce à un partenariat avec Total Gabon. Si l’opération aéroportuaire ne pouvait, à l’époque, que susciter l’adhésion, peut-être le chef de l’État aurait-il dû savoir que donner ou laisser donner son nom à une infrastructure majeure, sous son propre mandat, est souvent synonyme de poisse…
Avec ses 8 000 m2 de surface au sol, sa piste de 2 700 mètres et ses deux salles d’embarquement, la troisième aérogare internationale du pays portera désormais le nom de Joseph Rendjambe Issani. L’identité de ce dernier est loin d’être anodine. Si le choix du baptême est justifié par les origines locales de l’ancien homme politique gabonais – né à Omboue, à 96 km de Port-Gentil –, il promeut aussi l’un des opposants historiques de la famille Bongo. En mai 1990, la disparition du premier secrétaire général du Parti gabonais du progrès avait provoqué des rassemblements réclamant le départ du président d’alors, Omar Bongo Ondimba.
Le « débaptême », arme des juntes
Joseph Rendjambe Issani était décédé dans une chambre d’hôtel de Libreville, dans des circonstances jugées mystérieuses… Le texte officiel qui accompagne le décret « portant changement de dénomination à l’aéroport de Port-Gentil » évoque la mémoire d’un « illustre homme », de son « œuvre politique » et de son « engagement pour le progrès social et la contribution à l’édification » de la nation gabonaise. En surlignant que Joseph Rendjambe Issani a « marqué de manière indéniable l’histoire du pays », la voix officielle du régime actuel sous-entend-elle qu’Ali Bongo Ondimba n’en a pas fait autant ?
Si les juntes issues des plus récents coups d’État africains ne se ressemblent pas toutes, du Sahel à l’Afrique centrale, la pratique des changements toponymiques est souvent retenue comme manière de faire de certains passés table rase. Dans la confédération de l’Alliance des États du sahel (AES), le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont débaptisé des rues, des places et des monuments principalement liés à l’histoire coloniale.
Il reste à savoir si la troisième infrastructure aéroportuaire du Gabon, l’aéroport international M’Vengue El Hadj Omar Bongo Ondimba, inauguré en 1972 et situé à proximité de Franceville, conservera sa dénomination. Et si Brice Clotaire Oligui Nguema sera tenté, à son tour, de donner son patronyme à quelque lieu gabonais…



