05032026Headline:

Côte d’Ivoire : une Académie pour désarmer la corruption par l’éthique

Comment briser le lien toxique entre corrompus et corrupteurs ? C’est à cette question complexe que la Côte d’Ivoire entend répondre, non par la répression seule, mais par la formation psychologique, éthique et morale. À Yamoussoukro, la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG) vient de lancer une initiative audacieuse : l’Académie de la Bonne Gouvernance et du Leadership Anti-Corruption (ABG-LAC).

Installée à la Fondation Félix Houphouët-Boigny, cette école de la transparence veut devenir une véritable arme anti-corruption. Son objectif : transformer les mentalités dès la racine pour « étouffer le fléau à sa source », selon les mots de son président, Épiphane Zoro Bi Ballo.

Former l’intègre de demain
L’ABG-LAC propose des sessions intensives de 5 jours minimum, facturées 1,2 million FCFA (environ 1.830 €). Le programme inclut :

Gestion éthique des organisations

Dilemmes moraux et leadership responsable

Droits humains et État de droit

Des formateurs internationaux, des cas pratiques locaux et une certification finale font de chaque session une sorte de « vaccin symbolique » contre la corruption.

Le Vice-Président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, présent au lancement, a salué une étape majeure vers une « société plus juste, transparente et responsable ».

Un combat structurel… mais élitiste ?
La Côte d’Ivoire s’appuie déjà sur plusieurs outils institutionnels : Cour des Comptes, Pôle Pénal Économique et Financier, CENTIF, GIABA, et bien sûr la HABG. Ces efforts ont permis une remontée dans le classement mondial de Transparency International (de la 136e place en 2013 à la 62e en 2024).

Mais malgré ces progrès, la corruption persiste, notamment à des niveaux intermédiaires de la fonction publique. D’où une critique récurrente : le coût élevé de la formation. À ce prix, seuls les hauts cadres ou les élites du privé peuvent y accéder, laissant de côté ceux souvent les plus exposés aux tentations quotidiennes.

Réponse des autorités : des bourses seront octroyées aux profils prioritaires, et des partenariats avec des entreprises sont à l’étude pour élargir l’accès.

Un projet local à ambition régionale
L’Académie ambitionne aussi de devenir un hub de référence pour l’Afrique de l’Ouest, en ligne avec la Convention de l’Union Africaine sur la prévention de la corruption et le Protocole de la CEDEAO. Les 100 premiers stagiaires viennent d’ailleurs des 15 pays de la CEDEAO.

La corruption, un combat de conscience
Plutôt que de ne compter que sur la répression, la Côte d’Ivoire opte ici pour un changement culturel. L’idée n’est pas seulement de sanctionner, mais de former une nouvelle génération de décideurs éthiques, conscients de l’impact de leurs choix.

« La paix et le développement durable passent par l’intégrité », rappelle Zoro Bi Ballo. Si l’Académie tient ses promesses, elle pourrait bien devenir un modèle africain de lutte non-violente contre la corruption.

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