06122026Headline:

Harvard se sépare de supports d’enseignement racistes

L’université américaine d’Harvard a accepté de remettre, à un musée, des photographies dégradantes datant du milieu du XIXe siècle. Des images qui ont longtemps été utilisées pour alimenter des thèses racistes.
Le support est un daguerréotype, procédé primitif de la photographie. Datée des années 1850, l’image est fixée sur une plaque métallique et représente deux personnes en partie dénudées, Renty et sa fille Delia. Malaisant, le cliché apparaît clairement dégradant, lorsqu’on comprend que les sujets de la prise de vue sont des esclaves noirs américains. La photo appartient à une série d’images considérées comme les premières du genre. La collection fait resurgir, aux États-Unis, les bribes d’une époque révolue et Tamara Lanier, une ancienne contrôleuse judiciaire qui affirme être une descendante de Renty, a entrepris un long marathon judiciaire pour réorienter l’usage desdites photos.

À l’origine, les captations avaient été commandées par un célèbre biologiste. Son intention était d’alimenter ses théories sur une prétendue supériorité des personnes blanches. Louis Agassiz intervenait à la prestigieuse université d’Harvard, qui continuera d’exploiter ses daguerréotypes, pendant des décennies, notamment en couverture d’un livre en 2017. Et c’est à la suite d’un accord avec la plaignante que l’institution universitaire vient enfin d’abandonner la propriété de cette série de photographies.

Un meilleur usage
Consciente de la valeur historique et éducative des photos de ses présumés ancêtres, Tamara Lanier n’entend pas exiger leur destruction. D’ailleurs, si un accord financier aurait bien été conclu entre les deux parties, Harvard affirme que le lien de parenté entre la plaignante et les esclaves photographiés n’a pas pu être établi de façon formelle, empêchant la transmission des droits de propriété des images controversées. Connue pour sa défense des droits civiques des Afro-Américains, l’avocat Ben Crump assure que la victoire « historique » réside dans le fait qu’Harvard a renoncé aux images de Renty et Delia, ainsi qu’à celles de cinq autres esclaves.

L’accord dévoilé, mercredi 28 mai, prévoit que l’université transmette les photos à un musée. Selon un porte-parole d’Harvard, il s’agira de les replacer « dans le contexte approprié et d’en faciliter l’accès à tous les Américains ». L’International African American Museum, musée d’histoire afro-américaine situé à Charleston, en Caroline du Sud, serait « intéressé par les daguerréotypes ».

Sur la sellette
Ces dernières semaines, la prestigieuse institution universitaire située près de Boston est secouée par des polémiques dans lesquelles elle a tantôt le mauvais rôle, tantôt celui de victime. Fidèle à sa devise « America first », le président Donald Trump voudrait priver l’établissement d’enseignement supérieur d’étudiants étrangers, en dépit d’avis contraires de la justice du Massachusetts.

Tout en prononçant des coupes budgétaires dans les subventions de recherche, l’administration républicaine rend la tâche plus difficile à des étudiants venus du monde entier, en particulier avec des restrictions de visas et la révocation de la certification SEVIS (Student and Exchange Visitor), notamment en agitant la volonté de ne pas importer… l’antisémitisme. Harvard accueille actuellement quelque 6 700 étudiants internationaux, soit un quart de son effectif.

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