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Interdiction des sachets plastiques en Côte d’Ivoire : un décret resté lettre morte ?

L’interdiction des sachets plastiques a été décidée en 2013, avec le décret n°2013-327 du 22 mai 2013 interdit la production, l’importation, la commercialisation, la détention et l’utilisation des sachets plastiques en Côte d’Ivoire. 12 ans après, l’application de ce décret n’est pas effective.

Adoptée le 22 mai 2013, l’interdiction des sachets plastiques en Côte d’Ivoire devait marquer un tournant décisif dans la lutte contre la pollution. Le décret n°2013-327, qui proscrit la production, l’importation, la commercialisation, la détention et l’utilisation des sachets plastiques, visait à protéger l’environnement et la santé publique. Douze ans plus tard, force est de constater que son application reste largement inefficace, en dépit des intentions affichées.

Les sachets plastiques et le quotidien des Ivoiriens
Les sachets plastiques continuent de dominer le quotidien des Ivoiriens. Dans les marchés, les commerces de proximité, les restaurants de rue, ou lors de cérémonies populaires, leur usage est quasi systématique. Il n’est pas rare de voir des produits alimentaires servis encore fumants dans ces contenants interdits, posant ainsi un sérieux problème de santé publique. En effet, le contact entre plastique et chaleur libère des substances toxiques, potentiellement cancérigènes, absorbées par les aliments et donc consommées par les usagers.

Mais au-delà des risques sanitaires, l’impact environnemental est alarmant, notamment en saison des pluies. Les sachets, jetés dans la nature sans précaution, obstruent les caniveaux et les systèmes d’évacuation. À chaque pluie, l’eau entraîne ces déchets vers les grilles d’égout qu’ils finissent par boucher, provoquant des inondations dans plusieurs quartiers d’Abidjan comme à Yopougon, Abobo, ou encore Treichville, ainsi que dans d’autres villes de l’intérieur du pays. Ce phénomène, devenu quasi cyclique, est largement aggravé par la prolifération incontrôlée des déchets plastiques.

En l’état actuel, l’absence de sanctions dissuasives et le manque de suivi administratif rendent le décret pratiquement inopérant
L’ineffectivité de cette mesure soulève la question de la volonté politique et des mécanismes de contrôle. En l’état actuel, l’absence de sanctions dissuasives et le manque de suivi administratif rendent le décret pratiquement inopérant. Comme d’autres textes réglementaires – à l’image du décret n°2012-980 interdisant de fumer dans les lieux publics ou celui n°2013-711 prohibant l’usage du téléphone au volant – la loi anti-sachets plastiques semble reléguée au rang des bonnes intentions oubliées.

Pour inverser cette tendance, une stratégie plus rigoureuse s’impose. Elle devrait s’appuyer sur une application stricte du décret, accompagnée de sanctions plus sévères contre les contrevenants. Les forces de l’ordre, les services de contrôle du commerce, les mairies et les organisations de la société civile doivent être mobilisés. En parallèle, il est indispensable de proposer des alternatives viables, notamment des emballages biodégradables ou oxobiodégradables, notamment dans les secteurs sensibles tels que l’agriculture, la restauration ou la construction.

L’implication de tous, un impératif
Par ailleurs, la réussite d’une telle politique exige l’implication de tous les acteurs. Producteurs, distributeurs, commerçants et consommateurs doivent être associés à une campagne d’envergure sur les dangers du plastique. Un changement de comportement collectif est possible, à condition que chacun prenne conscience de sa responsabilité face à la dégradation de l’environnement.

L’urgence environnementale et sanitaire appelle à une action ferme. Il ne s’agit plus simplement d’interdire, mais de faire appliquer. À défaut, la Côte d’Ivoire continuera d’accumuler des décrets sans effet, tandis que les rues, les cours d’eau et les caniveaux crouleront sous les déchets plastiques, au péril de la vie des citoyens.

 

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