06122026Headline:

Aide à mourir : les députés britanniques votent en faveur d’une loi historique


Les députés britanniques ont adopté ce vendredi 20 juin en deuxième lecture une proposition de loi historique visant à légaliser l’aide à mourir pour certains malades en phase terminale. La chambre des Lords doit prochainement se pencher sur ce sujet à son tour.

Le scrutin a été très serré : avec 314 voix pour et 291 contre, le texte visant à légaliser l’aide à mourir au Royaume-Uni pour certains malades en phase terminale a été adopté par les députés. Il s’agit d’une étape clé au Parlement, avant un examen prévu par la chambre des Lords.

Les partisans de cette loi, qui s’étaient rassemblés dès le début de la matinée devant le Parlement avec des pancartes « My death, my décision » (« Ma mort, ma décision »), ont laissé éclater leur joie à l’annonce du résultat. « Le bon sens et la compassion l’ont emporté, soupire de soulagement Pamela, atteinte d’un cancer du sein incurable. Cela pourrait prendre encore plusieurs années, donc ce sera trop tard pour moi. Mais je le fais pour tous ceux qui sont dans le même cas que moi. »

Pour Davina, de l’association Dignity in Dying, la loi va permettre à ceux qui veulent mourir de le faire plus paisiblement : « Au Royaume-Uni, environ une personne s’envole chaque semaine vers la Suisse pour mourir. Sans compter tous ceux qui tentent de mettre fin à leurs jours chez eux, sans assistance médicale… Ce que l’on veut maintenant, c’est que les gens puissent parler de leur mort ouvertement, et qu’ils aient la tranquillité de se dire qu’ils ont le choix », explique-t-elle au micro de notre correspondante à Londres, Émeline Vin.

73% des Britanniques favorables au texte
Le texte adopté par les députés prévoit que l’aide à mourir soit légalisée pour les adultes en phase terminale, dont l’espérance de vie est inférieure à six mois, et qui sont capables de prendre eux-mêmes la substance provoquant leur décès. « Je ne sous-estime pas l’importance de ce jour. Il est rare que l’on nous demande de nous attaquer à des questions de moralité, d’éthique et d’humanité », avait déclaré en ouvrant les débats vendredi matin la députée travailliste Kim Leadbeater, à l’origine de cette proposition de loi. « Nous votons sur un sujet qui compte profondément pour nos électeurs », avait-elle ajouté, défendant les « nombreuses garanties » et les « critères stricts » encadrant le suicide assisté dans sa proposition de loi.
Selon un sondage publié jeudi par l’institut YouGov, 73% des Britanniques soutiennent le texte tel qu’il est rédigé. Les députés ont apporté plusieurs changements notables par rapport à la version adoptée fin novembre en première lecture, où la proposition avait bénéficié d’une majorité un peu plus importante. Outre deux médecins, le dernier mot pour autoriser une aide à mourir sera dans les mains d’un collège d’experts, et non du ressort d’un juge de la Haute Cour de justice, un changement fustigé par les opposants. Une personne ne pourra pas être éligible si sa santé se dégrade parce qu’elle a volontairement arrêté de se nourrir.

« Je pense que ce genre de loi peut très facilement être mal appliquée et détournée pour aboutir à la mort de personnes qui ne veulent pas mourir », s’inquiétait auprès de l’AFP Ramana Kumar, une chercheuse de 37 ans, avant le vote. Le passage du texte devant la chambre des Lords est d’ordinaire une formalité, mais dans ce cas précis, l’examen pourrait s’avérer délicat tant le texte mobilise ses opposants.

Pas d’aide à mourir effective avant au moins 2029
Les partis politiques n’avaient pas donné de consigne à leurs élus. Le Premier ministre, Keir Starmer, a voté en faveur du texte. S’il est finalement adopté dans les deux chambres, il faudra encore attendre quatre ans avant que le suicide assisté ne soit effectivement mis en place en Angleterre et au Pays de Galles.

Selon une évaluation du gouvernement, entre 160 et 640 suicides assistés pourraient avoir lieu dans la première année, avant une hausse progressive jusqu’à environ 4 500 la dixième année. Actuellement, l’aide médicale à mourir est illégale et fait encourir une peine de 14 ans de prison en cas d’aide ou d’incitation en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. En Écosse, où une personne aidant quelqu’un à mourir peut être poursuivie pour homicide volontaire, les députés ont adopté, le mois dernier en première lecture, un projet de loi pour légaliser le suicide assisté. L’Ile de Man est devenue, en mai, le premier territoire britannique à légaliser une forme d’aide à mourir.

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