Après l’échec du conclave sur les retraites dans la nuit, le Premier ministre François Bayrou reçoit le mardi 24 juin séparément les organisations syndicales et patronales qui ont participé aux 4 mois de négociations. Une tentative de la dernière chance pour tenter de surmonter les blocages.
François Bayrou a tiré sa dernière cartouche pour tenter de trouver une voie de passage sur cet épineux dossier qui pourrait lui coûter son poste à Matignon puisqu’une motion de censure pèse au-dessus de sa tête, car le Premier ministre ne se « satisfait pas de l’échec du conclave sur les retraites si près du but. »
Pour la CFDT, le Premier ministre doit maintenant prendre ses responsabilités. « S’il n’y a pas de financement équilibré en termes d’effort, ce sera sans la CFDT », avertit Marylise Léon, secrétaire générale. « Qu’il prenne acte de la situation et qu’il en tire les conséquences. Je pense qu’on a fait largement notre part du boulot et maintenant tout le monde doit prendre ses responsabilités. »
Syndicats et patronats se rejettent la responsabilité de cet échec. « Il faut toujours une victime et un grand méchant », ironise Patrick Martin, président du Medef. « Cela ne m’émeut absolument pas, mais je crois surtout que c’est un écran de fumée pour dissimuler des avancées considérables qu’a fait le Medef et je peux vous dire qu’il y a trois, quatre mois, aucun de nos interlocuteurs syndicaux n’auraient imaginé qu’on aille aussi loin sur tous les sujets [évoqués] »
FO et la CGT qui avaient quitté le conclave rapidement après le début des discussions, n’ont pas été invitées à se joindre à cette réunion de la dernière chance, une décision que déplore Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
Le président Emmanuel Macron s’est également invité dans ces discussions puisqu’en marge d’un déplacement en Norvège, il a plaidé pour un accord. « La négociation qui est en cours, je crois, est celle de femmes et hommes responsables, conscients du monde, de l’état du monde, et de la nécessité pour notre pays d’aller de l’avant. »
J’encourage ardemment à savoir aller au-delà des désaccords qui persistent et à trouver ensemble une solution qui soit bonne pour le pays.
Un dernier entretien du jour pour le Premier ministre est prévu à 20h avec le patron de la CPME.
Menace de censure
Le Premier ministre a été mis sous pression ce mardi après-midi à l’Assemblée. Le président du groupe socialiste Boris Vallaud a demandé au chef du gouvernement de s’engager à déposer un projet de loi comprenant la question de l’âge légal de départ à la retraite. Si François Bayrou n’exclut pas un texte, le retour sur le départ à 64 ans ne se pose pas, selon lui, pour des questions économiques.
« Ma conviction est qu’il existe un chemin qui peut permettre de sortir de cette impasse », croit le Premier ministre. « Mais je veux vous dire des choses claires, monsieur Vallaud. Quel que soit le chemin législatif ou réglementaire que nous prendrons, il est pour moi inacceptable de laisser détruire l’équilibre financier dont nous avons le plus urgent besoin. »
Une réponse inacceptable, selon Boris Vallaud, qui pousse le Parti socialiste à ne plus laisser sa chance au gouvernement comme il l’avait fait ces six derniers mois.
« Monsieur le Premier ministre, ma question était simple : le Parlement aura-t-il le dernier mot, y compris sur les mesures d’âge et sur l’équilibre de notre système des retraites ? Vous ne m’avez pas répondu, monsieur le Premier ministre. Le respect de la parole donnée est à la base même de notre régime démocratique. Vous avez pris des engagements pas tenus sur ce sujet comme sur bien d’autres. Cela nous contraint, monsieur le Premier ministre, a déposé une motion de censure contre votre gouvernement », affirme Boris Vallaud.
Le parti de gauche radicale LFI compte déposer une motion de censure et appelle ses partenaires de gauche à les suivre. « Le groupe Insoumis a donc proposé hier soir à l’ensemble des groupes à gauche de l’hémicycle, conformément à la promesse que nous avions faite le 8 juin 2023, de tout faire pour abroger la retraite à 64 ans et de cosigner une motion de censure contre le gouvernement Bayrou », a déclaré Mathilde Panot, leur cheffe de file à l’Assemblée nationale.
Ne pas censurer [le gouvernement] Bayrou, c’est laisser s’appliquer le recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans et je pense que c’est faire œuvre de salut public que de censurer Bayrou et son gouvernement puisque vous avez vu que nous avons devant nous le Premier ministre le plus impopulaire de la Ve République.
Mathilde Panot affirme qu’elle doit avoir dans la journée le retour de ses collègues écologistes et communistes sur cette question de la censure.



