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Pourquoi de plus en plus de pays africains s’intéressent à l’énergie nucléaire

Face à la recherche d’une plus grande indépendance énergétique, la volonté de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et la volonté de se doter d’une puissance militaire, plusieurs pays africains regardent désormais vers le nucléaire, une source d’énergie longtemps considérée comme inaccessible.

Du Maroc au Ghana, en passant par le Nigeria, le Kenya, l’Ouganda, le Niger ou encore le Burkina Faso, de nombreux États africains ont annoncé leur intention de développer des programmes nucléaires pour la production d’électricité. Une ambition qui marque un tournant, alors que l’Afrique ne compte actuellement qu’une seule centrale nucléaire en activité, située en Afrique du Sud.

Un besoin urgent
Selon Delwende Nabayaogo, expert en sûreté et sécurité nucléaire, l’intérêt pour cette énergie tient avant tout à l’urgence énergétique :

« Avec tous les besoins énergétiques que nos pays connaissent, il faut trouver des sources capables de produire de grandes quantités d’électricité. Le nucléaire civil répond à cette exigence. »
Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité et le potentiel du nucléaire séduit par sa capacité à fournir une énergie stable à faible émission de carbone, et en quantité industrielle contrairement aux énergies renouvelables parfois intermittentes.

Une expertise encore rare
Si l’Afrique du Sud reste aujourd’hui le seul pays du continent à disposer de l’expertise technique et humaine nécessaire pour faire fonctionner une centrale nucléaire (la centrale de Koeberg, près du Cap), d’autres pays s’organisent pour combler leur retard, en mettant sur la formation et les partenariats technologiques.

C’est le cas de l’Égypte, qui a franchi un cap important en juillet 2022 avec le lancement du chantier de sa première centrale nucléaire à El Dabaa, à 170 km à l’ouest d’Alexandrie. Ce projet, piloté par le géant russe Rosatom, prévoit l’installation de quatre réacteurs VVER de 1 200 MW chacun.

La Russie, via Rosatom, joue un rôle central dans cette nouvelle dynamique. En plus de l’Égypte, l’entreprise d’État russe a multiplié les accords de coopération nucléaire sur le continent, notamment avec le Mali et le Burkina Faso, deux pays du Sahel confrontés à des défis énergétiques et sécuritaires immenses.

Le Burkina Faso, dont le taux d’électrification plafonne à 25 %, espère pouvoir doubler sa production d’électricité d’ici 2030 grâce à des petits réacteurs modulaires (SMR), plus simples à déployer que les centrales traditionnelles. Le Mali, de son côté, envisage la construction de quatre centrales de 55 MW chacune, une première dans l’histoire du pays.

Un pari risqué, mais stratégique
Si les annonces se multiplient, les défis restent de taille. Manque d’infrastructures, financement colossal, gestion des déchets, sécurité nucléaire et, surtout, acceptabilité sociale… La formation de personnel qualifié et la mise en place d’autorités de régulation indépendantes seront également importantes pour garantir la sûreté des installations.

Mais pour plusieurs gouvernements africains, le nucléaire civil n’est plus un luxe technologique réservé aux puissances industrielles. C’est désormais un moyen stratégique pour sortir du sous-développement énergétique, tout en répondant aux exigences climatiques du XXIe siècle.

 

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