Au cœur de la commune de Ouragahio, à 17 kilomètres de Gagnoa, le silence d’un établissement scolaire en ruines résonne comme un appel au secours. Créé en 1986 par feu Bidi Paul, le Lycée Ivoiro-Québécois Samuel de Champlain Université de Ouragahio, jadis symbole de coopération éducative entre la Côte d’Ivoire et le Québec, sombre peu à peu dans l’oubli.
Autrefois, cet établissement de Ouragahio incarnait un modèle d’excellence
Nombre de jeunes de la région y ont trouvé une formation solide, leur ouvrant les portes de l’enseignement supérieur et de l’emploi. Il fut un fleuron régional et un motif de fierté collectif. Mais aujourd’hui, le site est méconnaissable. Les salles de classe sont désertes, les murs sont lézardés, les toitures effondrées par endroits. La broussaille y a pris le dessus, symbolisant l’abandon pur et simple de ce patrimoine éducatif.
La décadence depuis le décès du fondateur
Depuis la disparition du fondateur, aucune ferme principale ne s’est levée pour en assurer la continuité. Les promesses politiques de réhabilitation n’ont été suivies d’aucun acte concret. Pire, les rares tentatives de relance ont échoué, faute de leadership, de coordination et de financement clair.
Ce déclin suscite l’amertume de nombreux anciens élèves. Koudou Sery, aujourd’hui enseignant, témoigne avec émotion : « Grâce à ce lycée, j’ai pu poursuivre mes études supérieures et obtenir un emploi. C’est douloureux de voir mon ancien établissement dans cet état. Il est temps pour nous, anciens élèves, de nous mobilisateurs pour lui redonner vie. » Son appel n’est pas isolé. Des discussions s’organisent çà et là, notamment via les réseaux sociaux, pour envisager une mobilisation des anciens autour d’un projet de réhabilitation.
Nous rêvons de voir nos enfants étudier ici, dans de bonnes conditions
Chez les parents d’élèves, l’inquiétude est tangible. Mme Yao Akissi, mère de trois enfants, partage ses espoirs brisés : « Nous rêvons de voir nos enfants étudier ici, dans de bonnes conditions. Cet établissement a une histoire et doit continuer à former les générations futures. Qui nous entendra ? »
Face à cette détresse, des voix s’élèvent pour interpeller les autorités communales et départementales, les élus locaux ainsi que la diaspora. Une initiative de collecte de fonds est annoncée, visant à réunir les ressources nécessaires à la réhabilitation du site. Mais une question cruciale demeure : qui assurera la bonne gestion de ces fonds ? Qui pilotera concrètement les travaux ? Quelles garanties de transparence et d’efficacité seront mises en place ?
Une réalité plus vaste
Au-delà de l’émotion, le dossier du Lycée Ivoiro-Québécois Samuel de Champlain révèle une réalité plus vaste : celle de la déliquescence de nombreuses infrastructures scolaires en milieu semi-urbain, faute de suivi et d’entretien. Ce cas particulier pose une question plus large sur les priorités des politiques publiques en matière d’éducation.
Pour les habitants de Ouragahio, la réponse est claire : seule une mobilisation collective, adossée à un engagement réel des autorités et à un mécanisme de transparence rigoureux, permettra de ressusciter cet établissement. À défaut, le lycée ne sera qu’un vestige de plus dans un paysage rural trop souvent oublié.



