Depuis 2011, le gouvernement d’Alassane Ouattara a réhabilité 1 967 km de routes existantes, construit 1 927 km de routes neuves et 442 ponts et échangeurs, portant le réseau bitumé à 8 500 km, indique un récent rapport. Explications.
À l’approche de la présidentielle du 25 octobre, partisans et opposants s’affrontent sur le bilan routier de Ouattara, mais sans preuves chiffrées. Le gouvernement vient de publier une brochure officielle recensant les réalisations de 2011 à 2024.
Ce rapport rappelle qu’en 2011, lorsque Ouattara arrive au pouvoir au sortir de la crise post-électorale, l’état du réseau routier national est préoccupant. Le pays dispose alors de 82 000 kilomètres de routes classées, dont seulement 6 514 kilomètres de routes bitumées.
Grave faiblesse structurelle
Parmi elles, 70 % sont dégradées, avec près de 1 500 kilomètres jugés en très mauvais état. La Côte d’Ivoire ne compte qu’une unique autoroute reliant Abidjan à Singrobo, longue de 142 kilomètres, et environ 4 000 kilomètres de voiries urbaines, concentrés à 80 % dans la capitale économique. Côté ouvrages, on dénombre 327 ponts, dont une dizaine sur les grands fleuves du territoire, et une vingtaine de bacs de traversée.
À cette époque, le diagnostic met aussi en lumière une grave faiblesse structurelle : le financement de l’entretien routier. Créé en 2001, le Fonds d’entretien routier (FER) devait mobiliser 40 milliards de FCFA par an, mais il n’en collecte qu’un quart en moyenne entre 2002 et 2011. Conséquence : à peine 5 % des besoins annuels sont couverts. Le réseau routier se dégrade, faute de moyens, et devient l’un des symboles du retard accumulé par le pays.
Dès le lancement du premier Programme national de développement (PND 2012-2015), le gouvernement inscrit les routes et les ponts au rang des priorités. Il s’agit à la fois de sauver l’existant et d’étendre le réseau pour soutenir la reprise économique. Les ambitions affichées sont fortes : positionner la Côte d’Ivoire comme un hub de transport et de logistique en Afrique de l’Ouest.
1 927 km de routes neuves
Treize ans plus tard, le bilan publié par le ministère de l’Équipement et de l’Entretien routier révèle l’ampleur des travaux engagés. De 2011 à 2024, plus de 4 000 milliards de FCFA ont été investis dans le secteur. Ces ressources ont permis la réhabilitation de près de 2 000 kilomètres de routes dégradées, la construction de nouvelles routes interurbaines sur l’ensemble du territoire et l’extension du réseau autoroutier. Les axes Abidjan-Bassam et le prolongement de l’Autoroute du Nord en sont les exemples les plus emblématiques.
Le document met également en avant la transformation du paysage urbain. Dans les principales villes, 966 kilomètres de voiries ont été aménagés ou bitumés, contribuant à désengorger les quartiers et à fluidifier la circulation. Dans les campagnes, plus de 71 000 kilomètres de routes en terre ont été reprofilés, facilitant l’accès aux zones enclavées et l’écoulement des produits agricoles vers les marchés.
Le secteur des ouvrages d’art affiche lui aussi une progression spectaculaire. En 2011, la Côte d’Ivoire comptait 327 ponts. En 2024, ce chiffre atteint 769, soit plus du double. De nouveaux échangeurs ont vu le jour à Abidjan et dans plusieurs capitales régionales, modifiant le visage des villes et soutenant la mobilité. Le gouvernement insiste sur ces chiffres comme un symbole de la transformation du pays.
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En matière de linéaire bitumé, l’évolution est nette : de 6 514 kilomètres en 2011, la Côte d’Ivoire est passée à 8 500 kilomètres en 2024. Pour les autoroutes, la longueur a presque triplé, passant de 142 kilomètres à une projection de 400 kilomètres en 2025. Ces données traduisent une volonté politique assumée, appuyée par des financements internes et des partenariats avec les bailleurs de fonds.
Le gouvernement ne s’arrête pas là. Dans sa feuille de route pour 2025, plusieurs chantiers sont déjà annoncés. L’autoroute Bouaké-Darakokaha, longue de 54 kilomètres, doit être lancée, tandis que des routes stratégiques reliant Korhogo à M’Bengué, Man à Kouibly ou encore Guiglo à Taï seront bitumées.
De nouvelles sections existantes doivent être renforcées, comme la San Pedro-Soubré-Issia ou la Bondoukou-Bouna. En parallèle, 22 ponts mixtes doivent être construits à travers le pays, et un programme de reprofilage de 40 000 kilomètres de pistes rurales est prévu avec l’appui de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.
Une qualité des travaux à interroger ?
Si ces chiffres traduisent une nette amélioration par rapport à 2011, les autorités reconnaissent que de nombreux défis persistent, notamment en matière de durabilité des ouvrages et de financement pérenne de l’entretien.
Les opposants, eux, relativisent le bilan. Ils rappellent régulièrement que « les routes et les ponts ne se mangent pas », insistant sur le fait que l’amélioration du réseau routier ne garantit pas automatiquement un impact concret sur le quotidien des Ivoiriens ou sur la prospérité économique du pays.
« On construit beaucoup d’infrastructures, mais quel effet cela a-t-il réellement sur l’économie ? », interrogeait ainsi l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, en 2015. La Côte d’Ivoire, selon lui, « accumule une dette importante » et le pays continue de fonctionner largement à crédit, après avoir essentiellement emprunté pour financer ses investissements.
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Les opposants estiment par ailleurs que la qualité des travaux réalisés doit être interrogée et que les besoins réels restent immenses, surtout dans les zones rurales.
Quoi qu’il en soit, le bilan officiel publié par le ministère de l’Équipement offre pour la première fois une photographie précise de l’évolution du réseau routier et autoroutier ivoirien depuis 2011.



