Ce qui me fascine dans cette année électorale, c’est l’ire injustifiée de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam, candidats recalés par le Conseil Constitutionnel pour avoir fourni des dossiers irrecevables.
Bien avant l’ouverture de la campagne de dépôt des dossiers de candidature, ils savaient fort bien que la loi constitutionnelle et le code électoral ne leur donnaient aucune possibilité de concourir. Cependant, cela ne les empêcha point de gaspiller leur énergie, et celle de leurs partisans, à sillonner le pays pour engranger des milliers de parrainages tout à fait inutiles. Munis de cette base de données, ils ont déposé leurs ‘’dossiers de candidature’’.
On se demande ce qu’ils espéraient en menant cette démarche. Renvoyés à vide par le Conseil Constitutionnel, ils crient à l’exclusion. Mais où est l’exclusion ? Si un candidat potentiel n’a pas été inclus, dans dès le départ, dans la liste électorale, on ne peut parler d’exclusion si son dossier fantoche est rejeté légitimement. On ne peut exclure, par définition, quelqu’un qui n’était pas inclus dès le départ. Laurent Gbagbo n'est plus inclus dans la liste électorale depuis 2020. Si son dossier de candidature est rejeté, c’est simple logique. Monsieur Thiam a été radié de la liste électorale depuis le mardi 22 avril dernier. En août, il dépose un dossier de candidature à l’élection présidentielle d’octobre. Pour un homme qui fut premier partout en Côte d’Ivoire et dans le monde, académiquement parlant, selon lui-même et ses partisans, il est suffisamment intelligent pour savoir que son dossier valait zéro. Cependant, il l’a déposé en espérant, semble-t-il, qu’il serait validé par le Conseil Constitutionnel.
Rejeté en toute logique, il crie lui aussi à l’exclusion et se met en colère. Je me demande où nous sommes. Si ces deux messieurs étaient régulièrement inscrits sur la liste électorale, donc inclus dès le départ, ils seraient sans doute fondés à crier à l’exclusion. Mais on n’exclut point ce qui n’avait pas été inclus précédemment. Leur colère est tout à fait injustifiée dès lors.
En plus de ces considérations d’ordre juridique, il y a la question des parrainages citoyens insuffisants du candidat Gbagbo. Si même il avait été inclus sur la liste électorale, si plusieurs milliers de ses parrainages citoyens avaient été invalidés, il serait encore éliminé. Les candidats retenus ont exécuté une bonne besogne à ce niveau, en prenant toutes les mesures rigoureuses pour recueillir des parrainages inattaquables, passés au peigne fin. Leurs informaticiens ont travaillé avec sérieux, de jour et de nuit, pour éviter les doublons, et les parrainages creux, ainsi que ceux qui ne fournissaient pas de numéros de carte d’identité ou d’électeur valides. Simone Ehivet Gbagbo, Jean-Louis Billon et Ahoua Don Mello sont de ceux-là. À présent, on les rebaptise comme des traîtres, des Judas, des faire-valoir, qui veulent accompagner Ouattara et son quatrième mandat. On les exhorte à se retirer du processus électoral. Inflexibles, ces derniers restent insensibles à ces cris. En vérité, je ne vois aucune raison pour qu’ils renoncent à leurs ambitions présidentielles en solidarité avec des candidats recalés, dont l’égo est si énorme qu’ils pensent que sans eux, le pays devrait cesser de tourner ; des gens qui pensent qu’ils sont plus importants que la nation.
Ils estiment que le ‘’peuple’’ est réduit à leurs seuls partisans. Ceux qui aiment le président Ouattara sont sans doute des martiens. Depuis leurs salons ou leur lieu d’exil volontaire, ils appellent leurs militants ‘’le peuple de Côte d’Ivoire’’, et clament qu’il n’y aura pas de quatrième mandat en Côte d’Ivoire. Je me demande quels sont les outils dont ils disposent pour s’y opposer. Mais on verra bien comment ils comptent s’y prendre pour empêcher ou l’élection présidentielle du 25 octobre, ou la victoire potentielle de M. Ouattara, tout en n’étant point candidats eux-mêmes. Le néant peut-il annihiler l’existant ? L’absent peut-il faire disparaître le présent ? En définitive, la rhétorique de ces candidats recalés – et non point exclus – est tout simplement irresponsable. Pour autant, la menace qu’ils font planer sur la paix sociale n’est que chimère. En réalité, ils ne peuvent rien, et ils ne le savent que trop bien. Ils parlent haut et fort, pour tenter de faire trembler le pouvoir, et pour galvaniser les plus irréductibles de leurs partisans. Et c’est de bonne guerre !



