La Cour pénale internationale (CPI) a rendu, le 6 octobre 2025, un jugement élogieux dans le cadre du premier procès portant sur les atrocités commises au Darfour, au Soudan. Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, plus connu sous le nom d’Ali Kosheib, a été reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Ces crimes, notamment des viols, des meurtres et des actes de torture, se sont déroulés entre août 2003 et avril 2004, pendant la guerre civile qui déchirait la région. La juge présidente Joanna Korner a affirmé avec fermeté que la culpabilité de l’accusé avait été établie « au-delà de tout doute raisonnable ». Ce jugement représente une étape importante dans la lutte contre l’impunité des responsables des violences qui ont ensanglanté le Darfour.
Le rôle de chef des milices Janjawid et le déni d’Abd-Al-Rahman
Durant le procès, Ali Kosheib est apparu calme et impassible, prenant parfois des notes, vêtu d’un costume bleu et arborant des lunettes. La juge a révélé des témoignages accablants : des viols collectifs, des sévices et des massacres perpétrés sous les ordres et même la participation directe d’Abd-Al-Rahman. À un moment donné, il aurait ordonné la détention d’une cinquantaine de civils, certains frappés à coups de hache avant d’être abattus par ses hommes. « Il ne se contentait pas de donner des ordres, il participait aux sévices », a souligné la juge.
Le procureur de la CPI avait accusé Ali Kosheib d’être un haut responsable des miliciens Janjawid, une force paramilitaire arabe alliée au régime d’Omar el-Béchir. Ces milices ont joué un rôle central dans la répression sanglante des populations civiles du Darfour accusées de soutenir la rébellion. Toutefois, tout au long du procès, Abd-Al-Rahman a nié être Ali Kosheib, affirmant ne pas connaître cette personne, et rejetant les accusations.
Il a expliqué qu’il s’était finalement dénoncé à la CPI en 2020, poussé par la peur d’être arrêté par le gouvernement soudanais. « Si je n’avais pas dit cela, la cour ne m’aurait pas reçu et je serais mort », a-t-il déclaré. Cette confession s’inscrit dans le contexte d’une région en proie à des décennies de conflits. Le Darfour a été le théâtre d’une guerre civile déclenchée en 2003, lorsque des groupes rebelles, dénonçant une politique discriminatoire du gouvernement, ont pris les armes. Le pouvoir central, dominé par la minorité arabe, a alors déployé les Janjawid, des milices principalement composées de nomades. Selon les Nations unies, la guerre au Darfour a fait environ 300 000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés avant de prendre fin en 2020.
Un conflit humain marqué par la souffrance des civils
Le procureur de la CPI a rappelé que dans ce conflit les principales victimes n’étaient pas les rebelles, mais les civils. Ces derniers ont été la cible d’exactions multiples, subissant pertes humaines, traumatismes psychologiques et physiques. Le tribunal a ainsi donné une voix à ces victimes longtemps ignorées du conflit. Pour rappel, Omar el-Béchir, président soudanais déchu en 2019 après trente ans au pouvoir, est lui-même recherché par la CPI pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Depuis avril 2023, une autre guerre oppose l’armée aux Forces de soutien rapide (FSR), originaires également des Janjawid. Ce nouveau conflit a causé des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, aujourd’hui confrontés à une crise humanitaire grave, accuse la communauté internationale. Le procureur de la CPI a indiqué travailler sur de nouveaux mandats d’arrêt en lien avec cette situation.
Le jugement contre Ali Kosheib, en plus de récompenser une étape judiciaire importante, met en lumière les souffrances endurées par des populations civiles prises au piège dans une région instable. Malgré la fin officielle des hostilités au Darfour, la région reste marquée par la persistance des tensions et la précarité grandissante de ses habitants. La CPI espère que ces procès, bien qu’anciens, contribuent à la construction d’une paix durable et à la prévention d’autres violences.
L’affaire Ali Kosheib rappelle, par ailleurs, la difficulté d’obtenir justice dans un environnement où les responsabilités se diluent souvent entre les milices, le pouvoir et des acteurs étrangers. Elle envoie un message fort quant à la détermination de la justice internationale à poursuivre les auteurs de graves violations, même des décennies après les faits. Ce jugement met en lumière l’importance de la justice pénale internationale dans la reconnaissance des droits des victimes et la lutte contre l’impunité. Pour le Soudan et son avenir, il souligne la nécessité d’un retour à la stabilité politique et sociale pour tourner la page des conflits.



