L’ONU a condamné jeudi la prise de pouvoir par l’armée à Madagascar. Le secrétaire général de l’organisation exige un retour à l’ordre constitutionnel, après l’éviction du président Andry Rajoelina la semaine dernière. Au niveau de l’Union Africaine, c’est la suspension du pays de toutes les instances de l’organisation.
Cette prise de position par le colonel Michael Randrianirina est intervenue alors que l’Union africaine a déjà suspendu la Grande Île de toutes ses instances.
L’ONU dit niet, l’UA et le SADC activent la réciprocité des textes en la matière
Dans un communiqué rendu public jeudi, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a été très clair : « Le Secrétaire général condamne le changement anticonstitutionnel de gouvernement à Madagascar et appelle au retour à l’ordre constitutionnel et à l’État de droit ». L’organisation onusienne se dit prête à appuyer les efforts en ce sens, en collaboration avec l’Union africaine et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Le secrétaire général de l’ONU invite également toutes les parties malgaches, « y compris les jeunes », à collaborer pour résoudre les causes profondes de l’instabilité dans le pays. Madagascar connaît en effet des crises politiques répétées depuis une vingtaine d’années.
l’impact de cette décision, c’est que cela stoppe l’intégration de Madagascar au sein des organisations régionales. D’autres organisations internationales vont probablement emboîter le pas de l’Union africaine et de la SADC
Cette déclaration fait suite à la prise de pouvoir par l’unité d’élite CAPSAT plus tôt dans la semaine. Le coup de force est survenu quelques heures après que le Parlement a voté la destitution du président Rajoelina. Le colonel Michael Randrianirina, qui dirige désormais l’armée, a annoncé qu’il prêterait serment en tant que président vendredi. Il s’est dit ouvert au dialogue avec l’Union africaine, qui a suspendu Madagascar après la fin du régime civil. Les nouvelles autorités militaires promettent des élections dans un délai de deux ans.
La suspension par l’Union africaine
L’Union africaine réagit rapidement aux événements. Dès le mercredi 15 octobre, au lendemain de la prise de pouvoir par le colonel Randrianirina, l’organisation panafricaine à Madagascar suspendue de toutes ses instances. Le Conseil de paix et de sécurité s’est réuni en urgence à Addis-Abeba pour condamner le coup d’État. Selon l’analyste politique malgache Serge Imbeh, « l’impact de cette décision, c’est que cela stoppe l’intégration de Madagascar au sein des organisations régionales. D’autres organisations internationales vont probablement emboîter le pas de l’Union africaine et de la SADC ». Le 14 octobre 2025, une faction de l’armée s’est emparée du pouvoir à Antananarivo après plusieurs semaines de tensions et de manifestations contre le gouvernement. La prise de pouvoir par les militaires est intervenue après l’exfiltration du président Andry Rajoelina , idée de la France, et un vote de destitution par l’Assemblée nationale.
Le président avait dissous cette assemblée quelques heures auparavant. Pour Serge Imbeh, la situation présente à la fois des aspects positifs et négatifs : « Le point positif, c’est qu’on change le système, le mode de gouvernance, les méthodes de gestion du pays et le système de corruption. Le réveil collectif des jeunes qui disent (ça suffit, il faut reconstruire Madagascar) est notable. Mais le point négatif, ce sont les sanctions internationales ». Dans la nuit de mercredi à jeudi, le président déchu Andry Rajoelina a confirmé qu’il avait quitté le pays. Les manifestations, initialement lancées par le mouvement « Gen Z » pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité, ont fini par remettre en cause l’ensemble de la classe politique au pouvoir. La répression qui a précédé le soutien des militaires aux manifestants a causé au moins 22 morts et plus de 100 blessés.
Madagascar continue de faire face à de graves crises humanitaires. Des années de sécheresse, des cyclones et des invasions de criquets pèlerins ont dévasté les cultures. Une épidémie de paludisme met à rude épreuve le système de santé, déjà fragile. Près de 29 000 personnes connaissent actuellement les niveaux critiques de faim dans la région du Grand Sud. Ce chiffre pourrait atteindre 110 000 d’ici le début de l’année 2026. Stéphane Dujarric a averti que les réductions budgétaires limitent les opérations de secours de l’ONU, tout en appelant les partenaires internationaux à maintenir leur soutien au peuple malgache.



