Sur le vieux continent, le bloc UE vient d’entamer une mesure d’austérité à l’encontre du bloc russe. Le lundi 20 octobre, les ministres européens de l’Énergie, réunis à Luxembourg, ont approuvé le plan de la Commission pour mettre un terme aux importations de gaz russe. Cette mesure de non-retour prive ainsi Moscou d’une source de financement essentielle à son effort de guerre en Ukraine. Une façon voilée pour l’UE de sécher et étouffer une source vitale qui contribue à financer la logistique de guerre contre Kiev.
La mesure de l’institution de Bruxelles a recueilli un large consensus parmi les Vingt-Sept, malgré l’opposition de la Hongrie et de la Slovaquie. Ces deux pays, fortement dépendants des hydrocarbures russes, se sont retrouvés mis en minorité lors du vote à la majorité qualifiée. Le ministre danois de l’Énergie, Lars Aagaard, qui présidait la réunion, s’est félicité de cette parjure. « Cette décision va façonner l’avenir de notre continent. Nous allons cesser de financer la machine de guerre russe et diversifier notre approvisionnement en énergie », a-t-il déclaré.
Un arrêt progressif greffé à un plan d’actions
En revanche, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a exprimé son désaccord. « Pour nous, l’approvisionnement en énergie n’a rien à voir avec la politique et n’a rien à voir avec la Russie », a-t-il plaidé, estimant que cette mesure allait « tuer » la sécurité énergétique de son pays. Le plan adopté prévoit un abandon progressif du gaz russe selon un calendrier précis. Dès le 1er janvier prochain, tout nouveau contrat d’importation sera interdit. Le 17 juin marquera l’arrêt des importations liées aux contrats à court terme. La phase finale, prévue pour fin 2027, concernera l’interdiction des importations découlant de contrats à long terme.
La part de la Russie dans les importations totales de gaz de l’Union est passée de 45% en 2021 à 19% en 2024. Les importations par gazoduc ont même chuté à environ 11% l’an dernier.
Cette décision s’impose alors que l’UE a déjà considérablement réduit sa dépendance au gaz russe depuis le début du conflit en Ukraine. La part de la Russie dans les importations totales de gaz de l’Union est passée de 45% en 2021 à 19% en 2024. Les importations par gazoduc ont même chuté à environ 11% l’an dernier. Pour compenser la perte du gaz russe, l’Union européenne a accéléré sa diversification énergétique. Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) ont fortement augmenté, dépassant les 100 milliards de mètres cubes en 2024.
Les États-Unis sont devenus le principal fournisseur de GNL de l’UE, représentant près de 45% des importations totales. Les volumes en provenance d’outre-Atlantique ont plus que doublé depuis 2021. La France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique figurent parmi les principaux importateurs européens de GNL. Parallèlement, la consommation globale de gaz dans l’UE a baissé de plus de 19% entre 2021 et 2024. Le gaz reste toutefois essentiel pour de nombreux Européens, environ 30% des ménages dépendant de cette énergie pour leur chauffage.
La stratégie de l’UE
Entre 2021 et 2024, la dépendance de l’Europe au gaz russe a fortement reculé, passant d’environ 45 % à moins de 20 % des importations totales. Cette évolution résulte d’une diversification accélérée des sources d’approvisionnement, notamment par une hausse des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance d’autres régions du monde, ainsi qu’une baisse générale de la consommation de gaz sur le continent. Les politiques énergétiques européennes, centrées sur la sécurité et la transition vers des énergies plus propres, ont joué un rôle clé dans ce virage. Toutefois, le GNL russe conserve une présence notable, représentant encore près de 10 % du total des importations de GNL de l’Union européenne, signe que la rupture énergétique avec Moscou reste inachevée.
La proposition devra maintenant être examinée par le Parlement européen, qui souhaite accélérer le processus. Les commissions du Commerce et de l’Industrie ont proposé une interdiction totale dès le 1er janvier 2026, soit près de deux ans avant la date prévue par les États membres. La Commission européenne, de son côté, a suggéré d’avancer l’échéance à fin 2026 pour les importations de GNL russe dans le cadre du 19e paquet de sanctions contre Moscou. Cette décision des Vingt-Sept intervient alors que le président américain Donald Trump a récemment appelé les pays européens à cesser leurs achats d’énergies fossiles russes, qualifiant la situation d’ « embarrassante » pour l’Europe. L’abandon du gaz russe représente un défi considérable pour l’Union européenne, mais aussi une opportunité d’accélérer sa transition énergétique et de renforcer sa souveraineté énergétique.



