
Plusieurs publications et un communiqué présenté comme émanant du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance d’Abidjan annoncent, ce jeudi 23 octobre, l’arrestation du président du PPA-CI, Laurent Gbagbo « dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte » à la suite d’une interview accordée à Alain Foka.
Une rumeur rapidement contredite
Le document, émaillé d’incohérences et attribué au procureur Braman Koné, affirme que ses déclarations étaient “susceptibles de troubler l’ordre public” et de “porter atteinte à la stabilité des institutions de la République” ainsi qu’à la “réélection du président Alassane Ouattara pour un quatrième mandat constitutionnellement légal”.
D’autres publications plus alarmistes incitaient la population à descendre dans la rue, affirmant que Gbagbo avait été arrêté par des “escadrons criminels”. Mais qu’en est-il réellement ?
Face à la viralité de l’information, la plateforme publique Alertes 100, associée à l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI-CI), est rapidement intervenue pour étouffer la rumeur. On peut voir sur sa page Facebook ces publications estampillées Fake News.
“Cette information est totalement fausse”, peut-on lire dans la publication, qui insiste sur l’absence de toute source officielle confirmant cette arrestation et qualifie la manœuvre de tentative de “créer la panique et de semer le trouble au sein de la population”.
Des propos qui enflamment le débat
Cette fake news fait suite à l’interview accordée mercredi par Laurent Gbagbo à l’émission “Moment de vérités” d’Alain Foka. L’ancien chef de l’État, fondateur du PPA-CI, y a employé des termes particulièrement forts, qualifiant la présidentielle à venir de “braquage électoral” et de “coup d’État civil”.
“Je ne donne pas l’ordre aux gens d’aller voter. Ceux qui manifestent contre ce braquage électoral, je les soutiens. Je suis avec eux et je les encourage”, a-t-il déclaré, assumant clairement son soutien au mouvement de contestation.
L’ancien président est allé plus loin en évoquant la présence présumée de “barbouzes étrangères” lors de la répression des manifestations : “Des jeunes arrêtés disent avoir été interrogés par un Blanc barbu. D’où il sort ? Quand on leur oppose des barbouzes étrangères, ça les effraie.”
Un contexte électoral explosif
Ces déclarations interviennent dans un climat déjà extrêmement tendu. Depuis le 11 octobre, plusieurs villes du pays sont le théâtre d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
La colère de l’opposition trouve sa source dans les décisions du Conseil constitutionnel qui a rejeté les candidatures de Laurent Gbagbo – pour cause de condamnation dans l’affaire du braquage de la BCEAO – et de Tidjane Thiam (PDCI) – pour double nationalité –, tout en validant celle d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat.
Le bilan des troubles s’alourdit avec la confirmation par le gouvernement de la mort d’un sous-lieutenant, tué par balles à Agboville lors d’une opération de dégagement. Le parquet d’Abidjan a annoncé environ 700 interpellations depuis le début de la crise.


