À la veille du scrutin présidentiel du 25 octobre, les autorités instaurent un couvre-feu à Yamoussoukro, invoquant des « circonstances locales » dans un climat politique marqué par des tensions croissantes.
Les autorités administratives de Yamoussoukro ont annoncé, le vendredi, la mise en place d’un couvre-feu dans tout le département à la veille de l’élection présidentielle du 25 octobre. La mesure, qui s’étend du vendredi 24 au samedi 25 octobre, de 22 heures à 6 heures du matin, intervient dans un climat national marqué par des tensions politiques et des heurts sporadiques liés à la contestation du quatrième mandat du président Alassane Ouattara.
Des catégories de personnes non concernées
Selon un communiqué signé par le préfet de région, « le couvre-feu est instauré sur toute l’étendue du territoire du département de Yamoussoukro, en raison des circonstances locales ». Cette décision vise, selon les autorités, à garantir la sécurité des personnes et des biens pendant le déroulement du processus électoral, dans une ville symbolique considérée comme l’un des foyers historiques du pouvoir politique ivoirien.
Le texte précise que plusieurs catégories de personnes et de structures ne sont pas concernées par la mesure. Il s’agit notamment des membres de la Commission électorale indépendante (CEI), des candidats ou de leurs représentants mandatés, des observateurs nationaux et internationaux, ainsi que des journalistes accrédités par la CEI. Sont également exemptés les agents électoraux, les personnels de santé de garde, les services de l’électricité et de l’eau, et les personnes munies d’une autorisation spéciale du préfet.
Cette décision intervient alors que des incidents ont été enregistrés ces derniers jours dans plusieurs localités du pays, notamment à Daloa, Agboville et Yamoussoukro, où des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait plusieurs morts, selon les communiqués du parquet. Le 21 octobre, un homme de 46 ans a succombé à des blessures à la tête après des heurts à Kami, un village situé à proximité de Yamoussoukro. Quelques jours plus tôt, un autre décès avait été signalé à Daloa dans des circonstances similaires.
Dans ce contexte de tension, l’instauration du couvre-feu apparaît comme une mesure préventive, destinée à limiter les attroupements et les risques de débordements à la veille du vote. Des sources locales indiquent que des patrouilles mixtes de police et de gendarmerie ont été déployées dans plusieurs quartiers de la capitale politique, notamment à Morofé, N’Gattakro et Habitat, pour prévenir d’éventuelles manifestations nocturnes.
Un climat tendu
Le scrutin du samedi 25 octobre se tiendra dans un climat particulièrement tendu. L’opposition, réunie au sein d’un front commun PPA-CI – PDCI, conteste la légitimité de la candidature d’Alassane Ouattara, autorisée par le Conseil constitutionnel malgré la limite des deux mandats prévue par la Constitution de 2016. Les candidatures de plusieurs figures de l’opposition, dont Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ont été rejetées, alimentant un fort ressentiment au sein de leurs partisans.
Le gouvernement affirme, pour sa part, que tout est prêt pour un scrutin “libre, transparent et sécurisé”. Le ministre de la Sécurité, Vagondo Diomandé, a appelé les populations “à la sérénité et à la discipline”, assurant que les forces de l’ordre “veilleront au bon déroulement du vote sur l’ensemble du territoire national”.
La CEI a, de son côté, confirmé la mobilisation de plus de 35 000 agents électoraux et observateurs, y compris dans les zones dites “sensibles”, afin d’éviter toute contestation des résultats.
À Yamoussoukro, la mesure du couvre-feu devrait rester en vigueur jusqu’à la fin du processus électoral, dans l’attente d’un éventuel prolongement selon l’évolution de la situation.



