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Rodrigo Paz, nouveau président de la Bolivie : «Parler de capitalisme pour tous est une rupture»


Le président élu de centre droit Rodrigo Paz s’est félicité dimanche 19 octobre de voir la Bolivie « peu à peu retrouver sa place sur la scène internationale », après avoir remporté le second tour de l’élection présidentielle, mettant fin à 20 ans de gouvernements socialistes. « Il faut ouvrir la Bolivie au monde et lui redonner un rôle », a lancé Rodrigo Paz, qui a obtenu de 54,6 % des voix contre 45,4 % à son adversaire de droite Jorge « Tuto » Quiroga. Rodrigo Paz a accordé mardi 21 octobre une interview à France 24 et RFI, réalisée à La Paz par Ángela Gómez Galeano (France 24 en espagnol) en collaboration avec Paola Ariza (RFI en espagnol). Le président élu défend un discours de rupture après 20 ans de gouvernement de gauche.

Rodrigo Paz, je trouve frappant que nous soyons dans un pays, la Bolivie, qui est une bombe à retardement, avec des besoins qui ne peuvent attendre, mais que vous soyez très calme, très modéré dans vos discours comme dans vos propositions. Comment avez-vous construit ce discours ?

Rodrigo Paz : Pour un pays qui se disait socialiste du XXIe siècle, adopter un discours de capitalisme pour tous est une rupture et une lecture de la réalité. Aujourd’hui, en Bolivie, 15 % de l’économie est formelle, 85 % est informelle, mais si vous parlez à ces 15 % et à ces 85 %, les deux s’accordent à dire que l’État est un problème pour la croissance du pays. Ce n’est pas que je sois contre l’État, mais cet État a fait en sorte que l’économie soit à son service, c’est-à-dire qu’elle réponde aux besoins de l’État et non à ceux des Boliviens, qu’ils travaillent dans l’économie formelle ou informelle.

En Bolivie, le capital a une signification transversale. En Bolivie, tout le monde sait qu’avec son capital, on peut se loger, être en bonne santé, s’éduquer, avoir une voiture. Nous avons donc travaillé sur une nécessité dans le pays, à savoir le gaz… Ces dernières années, les revenus ont représenté plus de 60 milliards de dollars. Or en 20 ans, ces 60 milliards de dollars ont été perdus, sans générer de modèle alternatif de développement productif dans le pays.

On entend les changements que vous souhaitez pour la Bolivie, mais qu’allez-vous faire contre les inégalités ? Car la Bolivie a fait des progrès indéniables ces dernières années : l’extrême pauvreté a pratiquement diminué de moitié. Comment allez-vous protéger ces acquis ?

Bien sûr, ce ne sont pas des réussites si elles ne sont pas durables, car vous pouvez dépenser tout votre salaire dès la première semaine. Mais si ce n’est pas durable dans le temps, c’est là le problème, et c’est le cœur du problème depuis 20 ans. Le fait est qu’ils n’ont découvert aucun gisement de gaz. Pas un seul méga-gisement. Ceux-ci ont été découverts dans les années 1990. Ils n’ont construit aucun gazoduc. Ils n’ont pas conquis de nouveau marché pour vendre le gaz.

En parlant de ces 60 milliards de revenus liés au gaz, ils représentent quatre fois ce que le pays a produit depuis sa fondation. Je ne sais pas si vous aviez cette information, quatre fois depuis la fondation de la Bolivie. Tout ce que nous avons vécu historiquement dans les années 1990 a généré cet investissement, les marchés du Brésil et de l’Argentine ont été conquis, les gazoducs ont été construits, les réserves ont été obtenues et un prix international extraordinaire a été atteint. Tout cela a commencé à produire à partir de l’année 2000. Le président Evo Morales, qui est un succès de la démocratie bolivienne parce qu’il est synonyme d’inclusion, reçoit 60 milliards de dollars.

Aujourd’hui, les gazoducs sont vides. Nous avons perdu le marché argentin et le marché brésilien est sur le point de disparaître. Nous n’avons pas de réserves garanties. Le prix a chuté et nous n’avons même pas de nouvelle loi. L’investissement réalisé en Bolivie et les 60 milliards dépensés représenteraient un succès si l’on disposait aujourd’hui de cinq ou six modèles alternatifs de développement. Mais ce n’est pas le cas.

La prochaine source de richesse en Bolivie sera-t-elle le lithium ? Allez-vous insister sur ce sujet ?

Evo Morales a déclaré : « Nous sommes souverains sur le plan technologique ». Il a dépensé 1,2 milliard de dollars et, aujourd’hui, le gouvernement dispose de 60 millions pour payer l’essence et le diesel. Or, vous voyez les files d’attente dans les rues. Cela ne peut pas être un succès.

Bien sûr, le gaz est parti, le lithium n’est pas arrivé et les Boliviens se sont retrouvés seuls, or c’est le Bolivien que vous devez aider. De quoi le Bolivien a-t-il besoin ? De crédits bon marché, d’une baisse des impôts, d’une baisse des droits de douane. Votre téléphone portable en Bolivie, c’est 45 % de taxe sur quelque chose que vous ne produisez pas. Pour avoir la technologie en Bolivie, pour pouvoir produire, il faudrait créer une industrie. Or, nous ne produisons pas en Bolivie.

Alors à quoi tout cela sert-il ? À maintenir l’État. Que les gens apportent la technologie dont ils ont besoin pour se mettre à produire ! Car les Boliviens savent développer leur production, mais donnez-leur les outils ! Si c’est l’État qui se garde la plus grande part du gâteau sans rien produire, ce n’est pas une bonne affaire pour les Boliviens.

Pour tout ce que vous nous proposez, il faut du carburant. Vous avez annoncé des accords avec les pays frontaliers : en quoi consistent-ils ? Car en plus, vous faites un pari très risqué : avoir déjà du carburant dans le pays les 8 et 9 novembre…

Il faut prendre ses responsabilités. Pas comme ce gouvernement qui s’en va et qui nous laisse avec ces files d’attente. Ce que nous avons fait, c’est discuter avec les pays frontaliers, car le problème n’est pas qu’il n’y ait pas d’essence ou de diesel dans le monde. Il y en a. Nous avons obtenu une quantité importante pour avoir suffisamment de temps pour relancer l’économie. Nous avons obtenu que les paiements soient différés, car certaines personnes en Bolivie ont intérêt à ce que la Bolivie offre une sécurité juridique au monde, à ce qu’elle ouvre ses frontières pour permettre l’arrivée d’investissements et la création de partenariats avec les Boliviens : le secteur entrepreneurial, les entrepreneurs, les syndicats, les travailleurs indépendants, les Boliviens qui savent faire des affaires.

Ce que nous avons fait, c’est briser cet isolement. Le pire aspect de cet isolement a été la question du 6 août, date de notre bicentenaire. Si aucun président n’est venu nous rendre visite, si même votre ami du Brésil ou votre ami du Chili, ou votre voisin ne vient pas vous rendre visite ! Vous organisez un anniversaire et vous invitez tous vos voisins à venir, mais personne ne vient. On a envie de dire que quelque chose ne marche pas.

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