
Dès 2014, bien avant ses voisins africains, le pays met en place les premiers accords bilatéraux entre opérateurs. Airtel et Tigo Pesa signent cette année-là un protocole commercial permettant pour la première fois aux utilisateurs de transférer des fonds via le mobile money entre réseaux concurrents. Le système s’élargit en 2016 avec l’arrivée de Vodacom (M-Pesa), mais le cap était déjà fixé deux ans plus tôt.
Le modèle ghanéen
Le cas ghanéen donne toute la complexité des trajectoires numériques africaines. Le processus d’interopérabilité démarre effectivement en 2016 sous l’administration Mahama, avec l’attribution du contrat à Sibton Switch Systems Limited. Mais le projet connaît un tournant lorsque le gouvernement Akufo-Addo résilie ce marché en 2017, en pointant du doigt un coût jugé disproportionné de 1,2 milliard de dollars. La plateforme ghanéenne, finalement lancée en mai 2018 sous l’égide de la Banque du Ghana, enregistre des résultats immédiats : 2,7 millions de dollars de transactions dès le premier mois. Les années suivantes confirment l’embellie avec une croissance spectaculaire de 44% du volume des transactions en 2020. Cette dynamique participe à l’essor de l’inclusion financière, passée de 41% en 2010 à 58% en 2015.
L’impact sur la région
La Tanzanie continue de montrer la voie avec des performances récentes qui confirment la maturité de son écosystème. Le système de paiement instantané (TIPS) a vu le volume des transactions doubler en 2024 pour atteindre 29 900 milliards de shillings tanzaniens, tandis que le nombre d’opérations passait de 236 à 454 millions sur la même période. Aujourd’hui, 46 institutions financières participent à cette infrastructure devenue nationale. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire émerge comme un acteur clé dans l’espace UEMOA. Le pays représentait 29,42% des comptes de monnaie électronique de l’Union en 2020, avec environ 27,72 millions de comptes actifs. En 2022, sa part dans le volume total des transactions s’établissait à 21,3%.
Le taux d’inclusion financière ivoirien atteignait 58% en 2024 selon la Banque mondiale
Ces succès ne doivent pas masquer les enjeux. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) doit composer avec un dilemme : comment faire de l’interopérabilité un levier pour les 209 millions de comptes de l’Union sans fragiliser l’édifice monétaire régional ? L’expérience kényane de M-Pesa indique que les innovations durables naissent souvent d’une alliance réussie entre régulateurs et acteurs privés. Outre les polémiques sur les paternités politiques, une évidence s’impose : l’avenir de l’interopérabilité en Afrique se jouera dans la capacité des États à créer des cadres réglementaires équilibrés, permettant l’innovation tout en protégeant les consommateurs. Le chemin tracé par la Tanzanie il y a dix ans continue d’inspirer une nouvelle génération de réformes financières sur le continent.
L’interopérabilité du mobile money propulse l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest
Le mobile money connaît une croissance fulgurante en Afrique de l’Ouest, portée par une interopérabilité de plus en plus efficace et une adoption massive des services numériques. Les chiffres publiés par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour l’année 2023 confirment cette dynamique, révélant une hausse spectaculaire aussi bien en volume qu’en valeur des transactions. Selon les données officielles, la valeur totale des transactions effectuées via le mobile money a bondi de 146,3 %, atteignant 171 959,1 milliards de FCFA. Dans le même temps, le nombre de transactions a progressé de 61,5 %, pour un total impressionnant de 8 779 millions d’opérations sur l’année. Cette explosion traduit la confiance grandissante des utilisateurs dans ces solutions, devenues essentielles à la vie économique quotidienne – du commerce informel aux paiements institutionnels.
L’UEMOA mise désormais sur un système de paiement instantané interopérable afin de faciliter les échanges entre opérateurs, institutions financières et fintechs. Ce mécanisme permettra de renforcer la fluidité des transferts, tout en réduisant les coûts et les délais. Bien que l’écosystème soit encore en phase de consolidation, les perspectives demeurent prometteuses pour l’inclusion financière régionale. Enfin, l’encours de monnaie électronique émise a lui aussi progressé de 29,6 %, atteignant 959,3 milliards de FCFA, preuve que le mobile money s’impose comme un levier majeur de bancarisation et d’innovation économique dans la région.


