Réunis à Abidjan, ministres et experts alertent sur l’urgence climatique en Afrique de l’Ouest, où 47 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire et les financements d’adaptation restent largement insuffisants.
La 17ᵉ Réunion de l’Équipe multidisciplinaire (MDT) de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest s’est achevée jeudi à Abidjan après quatre jours de travaux consacrés à la transformation durable des systèmes agroalimentaires dans un contexte de vulnérabilité climatique accumulée. Ministres, experts techniques, institutions régionales et partenaires ont insisté sur l’urgence d’accélérer l’adaptation, alors que la région reste l’une des plus exposées au changement climatique et fait face à une insécurité alimentaire croissante.
Besoins en financement et en réformes importantes
En clôturant les travaux, le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Kobenan Kouassi Adjoumani, a rappelé que l’Afrique de l’Ouest figure parmi les régions les plus vulnérables aux aléas climatiques, avec « des impacts sévères sur la sécurité alimentaire, les ressources naturelles et les moyens de subsistance ». Selon les constats partagés au cours de la rencontre, moins de 20 % des financements climatiques mondiaux sont aujourd’hui orientés vers l’adaptation, et la partie dédiée aux systèmes agroalimentaires demeure marginale.
Les participants ont relevé que les besoins en financement et en réformes restent importants, mais que des solutions existent. Parmi les recommandations émises figurent le renforcement de la gouvernance, l’inscription de l’adaptation dans les budgets nationaux, la mobilisation de ressources domestiques et le recours accumulé aux instruments financiers innovants tels que les obligations vertes, les fonds climatiques ou les mécanismes carbone.
La réunion a également insisté sur la nécessité de stimuler l’investissement privé, de renforcer les partenariats public-privé et de lever les barrières réglementaires limitant l’implication du secteur privé dans les chaînes de valeur agricole. Le ministre Adjoumani a affirmé son engagement à défendre ces priorités au sein du gouvernement ivoirien, tout en appelant les États de la région à adopter des plans nationaux d’adaptation « ambitieux et alignés sur les priorités sous-régionales ».
Selon les projections évoquées, les principales cultures pourraient enregistrer une baisse de rendement de 20 à 25 % d’ici 2050 en l’absence de mesures fortes. « L’adaptation n’est pas une option, c’est une condition de survie », a insisté le ministre, appelant à renforcer la coopération régionale autour de solutions partagées.
Une région à la croisée des chemins
Dans son discours de clôture, la coordonnatrice sous-régionale de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest et représentante par intérim au Sénégal, Bintia Stephen Tchicaya, a souligné l’urgence d’agir face à une insécurité alimentaire persistante. « Quarante-sept millions de personnes pourraient être en situation d’insécurité alimentaire dès la fin de 2025 si des mesures urgentes ne sont pas prises », at-elle souligné, rappelant que la région est « à la croisée des chemins » et que les effets du changement climatique constituant l’un des principaux moteurs de cette crise.
Les travaux ont été rythmés par des séances thématiques, des panels d’experts, des présentations de posters et des visites de terrain. La délégation a notamment visité le site Living Soils, où des initiatives d’agriculture circulaire, telles que l’utilisation de larves de mouche soldat noire pour l’alimentation animale, ont été présentées. Une seconde visite au Parc Nature a permis aux participants d’examiner des initiatives locales de conservation et de valorisation de la biodiversité.
Des expériences nationales ont été partagées, illustrant la diversité des solutions mises en œuvre dans la région. Au Bénin, la mise en place du Fonds National pour l’Environnement et le Climat (FNEC), financé par des éco-taxes, a été évoquée comme un exemple de mobilisation endogène. Au Burkina Faso, des partenariats hybrides impliquant le secteur privé ont été cités, tandis que la Côte d’Ivoire a présenté des initiatives d’assurance agricole indexées sur le climat. Le Cap-Vert a exposé son modèle de Fonds Climat intégré aux projets d’énergie renouvelable.
“Le temps n’est plus aux discussions”
Les recommandations finales mettent l’accent sur une approche intégrée, combinant innovation technologique, gouvernance renforcée et financement durable. Les priorités incluent la maîtrise de l’eau, la promotion de semences améliorées, la mécanisation adaptée, la restauration des terres dégradées et l’adoption de pratiques agroécologiques. Les participants ont également insisté sur la nécessité d’accélérer l’économie circulaire, de renforcer les systèmes d’information et d’intégrer davantage les jeunes et les femmes dans les chaînes de valeur.
Plusieurs initiatives présentées dans le cadre des affiches ont montré des résultats concrets. Au Niger, la production de fourrage hors sol à portée par des groupements de femmes a été citée comme exemple d’innovation pour les zones arides. Au Libéria, le programme Forest and Farm Facility favorise la diversification des revenus via l’agroforesterie et l’autonomisation des organisations de producteurs.
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La coordonnatrice sous-régionale de la FAO a enfin remercié le gouvernement ivoirien pour son appui, ainsi que les délégations des 15 pays et les organisations régionales telles que la CEDEAO, l’UEMOA et le CILSS. Elle a appelé à maintenir l’élan en vue de la 34ᵉ Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique, au cours de laquelle les positions communes de la région seront consolidées.
« Le temps n’est plus aux discussions. Le temps est à l’action », a affirmé Mme Tchicaya, avant de clore les travaux. « Ensemble, nous pouvons. Ensemble, nous devons. Ensemble, nous réussirons. »



