L’avocat Me Blessy Chrysosthome, conseil du député PDCI-RDA Brédoumy Soumaïla, a vivement déclaré la garde à vue de son client, estimant qu’elle constitue une « violation évidente et extrêmement grave » de la Constitution ivoirienne.
Le député et porte-parole du PDCI-RDA a été placé en garde à vue sur instruction du procureur après sa convocation, mercredi, à la Préfecture de Police d’Abidjan.
Violation de l’immunité parlementaire
A en croire son avocat, Me Blessy Chrisosthome, cette garde à vue du député de Tankéssé a été décidé alors que la session parlementaire est en cours, sans que son immunité n’ait été levée. « Brédoumy Soumaïla reste député de la Côte d’Ivoire et sa protection relève de la Constitution. Aucune force de police ne peut l’entendre ni le garder à vue si son immunité n’a pas été levée, sauf en cas de flagrance — ce qui n’est pas le cas », souligne-t-il.
Me Blessy Chrisosthome, révèle que lors de l’audition devant le procureur, son client et ses avocats ont fait valoir son droit au silence afin d’éviter « de se rendre complice de la violation du principe de l’immunité parlementaire ». Cette position, précise-t-il, a été consignée dans un procès-verbal, avant que le parquet ne décide malgré tout de placer le député en garde à vue.
Au-delà des appartenances politiques, c’est le principe qui vous protège tous qui est mis à mal. Ce n’est pas la personne qui est attaquée, c’est la fonction même du député
L’avocat déplore « une dérive préoccupante » et appelle les parlementaires, toutes sensibilités confondues, à mesurer la gravité du précédent. « Au-delà des appartenances politiques, c’est le principe qui vous protège tous qui est mis à mal. Ce n’est pas la personne qui est attaquée, c’est la fonction même du député », insiste-t-il, soulignant que l’immunité parlementaire constitue « une prescription constitutionnelle » et non un simple dispositif procédural.
Pour Me Blessy, le problème « n’est pas une question d’interprétation ». « On interprète une loi quand elle n’est pas claire. Ici, la disposition est plus que claire. Nous avons proposé que M. Brédoumy rentre chez lui et réponde à toute convocation du procureur, à condition que l’Assemblée nationale soit régulièrement saisie et lève son immunité. Cela n’a pas été fait », a-t-il déploré.
11 chefs d’accusation
Brédoumy Soumaïla est visé par une longue liste de chefs d’accusation, 11 au total, selon les révélations faites par son avocat, Me Blessy. Il lui est notamment reproché des faits d’appel à l’insurrection, incitation à la haine, à la xénophobie, vol, incendie volontaire, incitation au meurtre, complot contre l’autorité de l’État, atteinte à la sûreté, trouble à l’ordre public, incitation à la révolte populaire, inobservation d’une décision administrative et dénonciation calomnieuse. « Autrement dit, il est poursuivi pour presque toutes les infractions au code pénal », ironise son avocat.
Le porte-parole du PDCI-RDA, avait quitté en catimini la Côte d’Ivoire au plus fort du processus électoral de la présidentielle d’octobre 2025, craignant d’être arrêté par les autorités en raison de ses positions tranchées. L’épisode de son placement en détention est intervenu deux jours après son retour au pays.
Plusieurs opposants
Outre Brédoumy Soumaïla, plusieurs autres dirigeants de l’opposition croupissent également en prison pour leur responsabilité présumée dans les événements qui ont émaillés la présidentielle controversée du 25 octobre dernier.
Les manifestations anti-4 et mandat du président Alassane Ouattara ont fait plusieurs morts, des dizaines de blessés et des centaines de personnes interpellées. *
Récemment, le parti des peuples africains-Côte d’Ivoire de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo a, par le biais d’un communiqué, a déclaré « un acharnement » contre ses cadres et réclamé « leur libération immédiate et sans condition ».



