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Aller à la source : élargir son horizon pour lever des fonds en Afrique Francophone (Hady Barry)

Hady Barry (Ventures Platform) exhorte les startups d’Afrique francophone à élargir leur cible d’investisseurs — stratégique, sélective et expansive — et à aller chercher le capital au-delà des frontières régionales.

Tout entrepreneur, surtout en Afrique, se doit de réaliser qu’il poursuit quelque chose de courageux. S’il décide de lancer une startup, c’est-à-dire une solution ou un service qui utilise la technologie, et de poursuivre le financement auprès de fonds de capital-risque, il se doit d’approcher la levée de fonds avec une position de confiance en sa vision. La levée de fonds n’est pas un exercice à aborder comme si les investisseurs rendent un service aux entrepreneurs. Tout au contraire. L’injection de fonds est critique, surtout pour les startups qui évoluent en Afrique francophone, mais cela ne signifie pas qu’un entrepreneur doive approcher les investisseurs avec la posture de la demande d’une faveur. La vérité est que, pour nous investisseurs, c’est un privilège de soutenir les entrepreneurs, d’apporter du capital et d’appuyer leur audace ainsi que l’exécution de leur vision.

Une posture stratégique, sélective et expansive
Il découle de cette observation que la levée de fonds doit se faire d’une posture stratégique, sélective et expansive.

Stratégique parce que ce n’est pas un exercice à faire sans recherche, opinion ou vision claire des archétypes d’investisseurs que l’entrepreneur aimerait avoir dans son camp. Il est nécessaire d’avoir une vision pour la composition de la table de cap et une stratégie pour la réaliser. Ceci nécessite de se familiariser avec les acteurs qui investissent dans l’écosystème.

Sélectif car tous les capitaux ne se valent pas. Un entrepreneur qui développe une solution qui permet une plus grande adoption de véhicules électriques a plus intérêt à recevoir du capital de fonds dédiés aux solutions climat/cleantech. Si la capacité du business nécessite éventuellement une expansion au Nigeria, elle a tout intérêt à choisir de poursuivre l’aventure avec un investisseur ayant de fortes connexions et un historique d’investissements dans des startups qui ont réussi au Nigeria.

Expansive parce qu’il est primordial, en particulier pour les entrepreneurs qui évoluent en Afrique francophone, de réaliser qu’un capital intéressé par notre région existe au-delà des suspects habituels. Il est temps de se familiariser avec les investisseurs en Afrique anglophone et en Afrique arabophone. Ce point en particulier est celui sur lequel j’aimerais me pencher.

Il est vrai qu’à présent, la vaste majorité des fonds à capital-risque n’est pas dirigé vers l’Afrique francophone. L’activité VC sur le continent est concentrée, pour le moment, entre quatre pays : l’Égypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya. Ce sont des océans d’opportunités. Néanmoins, il est également vrai que de plus en plus d’investisseurs tournent leur regard vers l’Afrique francophone. La stabilité des monnaies dans la région, le pouvoir d’achat plus élevé en comparaison avec le Nigeria notamment, l’intégration économique des marchés malgré une population moins grande rend des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Maroc, la Tunisie, et le Cameroun ou le Bénin de plus en plus correspondre. À Ventures Platform, nous considérons que ces pays, surtout dans la zone UEMOA, se présentent comme des lacs interconnectés qui offrent réellement une zone fertile où autant d’opportunités sont à saisir que dans les océans.

Cette conviction a poussé des fonds comme le nôtre à établir une présence physique dans la région en ouvrant un bureau à Abidjan. Pour Ventures Platform, cette décision représente l’évolution logique de notre engagement auprès des entrepreneurs et de l’écosystème d’innovation en Afrique francophone. Du premier fonds institutionnel, Ventures Platform a investi dans des startups de la région telles que Chargel, Tanèl Health, et Maad. Ces premiers investissements ont renforcé notre conviction qu’il existe d’excellents entrepreneurs en Afrique francophone et que le capital doit suivre.

D’autres fonds, même s’ils ne sont pas sur place, maintiennent une visibilité sur la région et investissent activement. Founders Fund, Sequoia Heritage, Stripe et Ribbit ont propulsé Wave au Sénégal ; BOND soutient Yassir en Algérie ; Y Combinator accompagne Djamo en Côte d’Ivoire et Chari au Maroc ; Endeavour Catalyst à parié sur InstaDeep en Tunisie. Côté Afrique anglophone et globale, des fonds comme Launch Africa, Enza, LoftyInc, Oui Capital, Voltron et Alumni Ventures financent déjà des startups Sénégalaises, Ivoiriennes et Camerounaises. L’argent « hors zone » existe véritablement et est accessible. Qui a soif doit se rendre à la source.

Se rendre visibles aux investisseurs
Les startups en Afrique francophone doivent se rendre visibles à leurs investisseurs et aller à leur rencontre. Cela demande de l’accès et des ressources, mais ce n’est pas mission impossible. En tant que VC, on est présents et actifs. On publie, on lit, on répond. LinkedIn, les intros via des entrepreneurs de nos portfolios, les conférences : ces canaux fonctionnent. On ne veut pas évaluer les opportunités. Chez Ventures Platform en particulier, nous déployons régulièrement des séries d’événements pour contribuer à l’écosystème dans lequel nous évoluons et soutenir les entrepreneurs au-delà d’un simple apport de capital. Cela va de l’organisation de mini-conférences aux heures ouvertes , en passant par la mise en relation d’experts. En Côte d’Ivoire nous collaborons activement avec des structures d’incubation ou d’accélération telles que le Hub Ivoire Tech et ABX Accel.

Si un fonds semble pertinent, regardez son portfolio, notez qui il a financé et quels partenaires mènent les visites. En Afrique francophone, les cercles sont restreints ; beaucoup d’entrepreneurs sont prêts à partager un retour d’expérience ou à faire une introduction vers le fonds qui a investi chez eux. Entrer d’abord en contact, partager, partager où vous en êtes, puis, si l’alignement est là, demander si une mise en relation est possible. L’introduction ne se fait pas dans le vide : elle s’appuie sur un échange.

Pour finir, le manque de familiarité avec l’anglais ne doit pas vous freiner. Oui, c’est un obstacle, mais préparation et pratique permettent de le franchiser. Au-delà de la langue, l’essentiel est d’exprimer et de vendre une vision. Il s’agit surtout de prouver que le problème que vous adressez relève d’une douleur aiguë, pas d’un petit mal qu’on soulage au Doliprane/paracétamol. Montrez pourquoi votre équipe est la mieux placée pour y répondre, et clarifiez ce qui rend votre solution difficile à remplacer et vous distinguez distinctement des alternatives, ce que les investisseurs appellent en anglais un « fossé », c’est-à-dire une protection durable autour de votre avantage. Tout cela pèse plus que la simple aisance linguistique. Entraînez-vous et investissez du temps pour y parvenir.

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