Le Bénin approfondit son enquête après une tentative de putsch et étau deux figures panafricanistes connues. Les mandats d’arrêt ont été émis contre deux militants accusés d’implication dans une opération de déstabilisation politique. Au Bénin, les autorités ont rendu publiques de nouvelles avancées dans l’enquête portant sur une tentative de déstabilisation annoncée début décembre. L’activisme politique régional se retrouve désormais dans le viseur de la justice : Kemi Seba et Sabi Sira Korogoné.
Selon le parquet, des mandats d’arrêt internationaux ont été délivrés à leur rencontre. Les autorités les soupçonnent d’avoir contribué, directement ou indirectement, à un projet visant à s’en prendre à l’ordre constitutionnel. Les deux hommes, très actifs dans les débats panafricanistes, n’ont pour l’heure pas réagi correctement aux accusations.
Les premières révélations des autorités
C’est à Cotonou que le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a communiqué les premiers éléments. Selon lui, les services de sécurité auraient identifié un réseau cherchant à mobiliser des partisans, à diffuser des messages incitant au soulèvement et à coordonner des actions susceptibles de troubler la stabilité du pays. Les enquêteurs affirment avoir rassemblé des enregistrements, des discussions en ligne et des témoignages permettant, selon leur analyse, d’établir un lien entre certains instigateurs et des acteurs installés à l’étranger. La CRIET explique avoir ouvert plusieurs procédures, ciblant aussi bien des personnes vivantes au Bénin que des individus ayant quitté le pays peu avant les premières interpellations. Des perquisitions ont été effectuées dans différents quartiers de Cotonou et d’Abomey-Calavi, permettant la saisie de téléphones, d’ordinateurs et de documents divers.
Le Bénin s’efforce depuis plusieurs années de maintenir une image de stabilité dans une région marquée par de multiples crises institutionnelles. Les autorités rappellent régulièrement leur volonté d’éviter toute dérive sécuritaire, arguant que le pays reste entouré de zones où l’activisme armé progresse. Dans ce contexte, la communication officielle autour d’une tentative de coup d’État touche un point sensible. Le gouvernement cherche à que montrer ses dispositifs de surveillance fonctionnant, tout en soulignant que certaines voix extérieures cherchaient, selon lui, à attiser la contestation. Sabi Sira Korogoné, fondatrice du mouvement « Les Démocrates du Nouveau Type », est une figure suivie par un parti de la jeunesse protestataire. Kemi Seba, quant à lui, réside principalement hors du Bénin et intervient régulièrement dans les débats sur la souveraineté africaine. Leur mise en cause intervient dans un climat où plusieurs gouvernements d’Afrique de l’Ouest dénoncent des campagnes d’influence ou des tentatives de manipulation via les réseaux sociaux.
La réaction du gouvernement béninois
Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur a insisté sur la nécessité de préserver ce qu’il appelle « la tranquillité nationale ». Les autorités affirment que la tentative déjouée n’aurait pas atteint un stade avancé, mais qu’elle traduirait une volonté de perturber le fonctionnement des institutions. Le ministre a évoqué des « manœuvres orchestrées depuis l’extérieur », tout en nécessitant de citer directement les personnes visées par les mandats d’arrêt. Le gouvernement promet que l’enquête suivra son cours et que les responsabilités seront établies sans précipitation. Du côté de la société civile, les réactions restent prudentes. Certaines associations appellent à la transparence, rappelant que de telles accusations exigent des preuves solides. D’autres affirment qu’il faut laisser la justice travailler pour éviter les interprétations prématurées.
L’émission de mandats d’arrêt internationaux ouvre un volet diplomatique sensible. Les avocats de Kemi Seba et de Sabi Sira Korogoné pourraient contester la démarche, d’autant que les deux hommes résidents en dehors du Bénin depuis plusieurs mois. Les services judiciaires béninois affirment avoir transmis les dossiers nécessaires aux autorités compétentes dans les pays concernés, afin d’obtenir une coopération formelle. Rien ne garantit toutefois une réponse rapide, la procédure pouvant varier selon les législations locales et les accords existants. La CRIET n’exclut pas de nouvelles auditions. Selon des sources proches du dossier, plusieurs personnes déjà interpellées auraient donné des éléments conduisant à l’élargissement de l’enquête. Certains observateurs estiment que l’affaire pourrait prendre de l’ampleur si d’autres noms apparaissaient dans les documents examinés par les services de sécurité.
Une affaire suivie de près dans la sous-région
Dans plusieurs capitales ouest-africaines, cette annonce a retenu l’attention. Les épisodes politiques récents dans la région, souvent marqués par des tensions, incitent les gouvernements à réagir avec prudence. Le Bénin, qui se veut un pôle de stabilité institutionnelle, cherche à montrer qu’il n’entend pas laisser prospérer des initiatives susceptibles de fragiliser l’État. Les prochaines semaines permettront d’évaluer si le dossier évolue vers un procès, une coopération judiciaire extérieure ou une longue procédure d’instruction. Pour l’heure, les autorités assurent maintenir une vigilance renforcée, tandis que les partisans de Kemi Seba et de Korogoné observent la situation en attendant plus de détails sur les preuves avancées par la CRIET.



