Le président béninois Patrice Talon somme Niamey de lui livrer les putschistes présumés réfugiés au Niger. Le jeudi 18 décembre, le président béninois Patrice Talon a pointé du doigt la responsabilité du Niger dans la récente tentative de putsch contre son gouvernement. Des sources ont également révélé que des éléments des forces armées nigériennes avaient été déployés aux abords de la frontière commune, à Gaya, deux jours avant l’attaque manquée du dimanche 7 décembre.
« Nous avons lancé un mandat d’arrêt contre eux, nous avons sollicité les pays concernés pour coopérer et nous les livrer », a déclaré le chef de l’État béninois. Sans le nommer directement, son message s’adressait clairement au général Abdourahamane Tiani, à la tête du Niger voisin. Pour Patrice Talon, le refus de Niamey de livrer les putschistes présume des réfugiés sur son sol équivaudrait à une preuve de complicité. « S’il refuse, alors tirez-en les conclusions qui s’imposent », a-t-il lancé, dans un avertissement à peine voilé.
Des troupes nigérianes positionnées à Gaya avant l’assaut
Les révélations du président Talon corroborent des informations d’enquête obtenues par nos soins. Selon ces informations, deux unités des Forces armées nigérianes (FAN) ont été envoyées à Gaya, une ville nigérienne frontale du Bénin, le vendredi 5 décembre. Ce déploiement aurait été ordonné par le chef d’état-major de l’armée de terre nigérienne, le général Mamane Sani Kiao. L’officier placé à la tête de ces troupes a été spécialement dépêché depuis Maradi, plus au nord. Sa mission n’a jamais été officiellement divulguée. Cependant, dès que l’échec du coup de force à Cotonou a été confirmé dans la nuit du 7 au 8 décembre, ces deux unités ont reçu l’ordre de se répliquer, abandonnant purement et simplement leur objectif initial.
J’ose espérer que Tiani livrera le colonel Tigri, c’est la seule chose qui le disculpera d’être impliqué dans ce projet lâche
Cette présence militaire soulève de graves questions sur les intentions réelles de Niamey. Quel était le mais de cette mission ? Les hypothèses des enquêteurs convergents vers deux scénarios principaux. La première piste concerne l’escorte du fameux convoi d’uranium nigérien, dont le transit via le port béninois de Cotonou est un sujet de tension récurrente entre les deux pays. Il est envisagé que ces troupes devaient sécuriser le passage du minerai une fois que les putschistes installés au pouvoir à Cotonou. La seconde piste est plus directe : il pourrait s’agir d’une force d’appui destinée à consolider le nouveau régime putschiste en cas de réaction militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette hypothèse est étayée par un détail troublant : les conteneurs qui bloquaient le pont frontalier entre Gaya (Niger) et Malanville (Bénin) ont été mystérieusement retirés le samedi 6 décembre, veille de l’attaque, laissant la voie libre pour un éventuel mouvement de troupes.
Le colonel Pascal Tigri, cerveau prévision du putsch, localisé au Niger
Au cœur de cette crise se trouve la figure du colonel Pascal Tigri, présenté comme le cerveau de la tentative de déstabilisation. D’après nos informations, des contacts confirmés ont été établis entre Tigri, ses hommes et des intermédiaires nigériens réputés proches du cercle du général Tiani et de son chef du renseignement, Balla Arabé. Ces sources font état de rencontres discrètes et, surtout, d’un soutien financier donc en provenance de Niamey. Plus troublant encore, une activité suspecte a été détectée ces derniers jours dans une villa ministérielle de Niamey, située entre le tribunal militaire et le domicile du président de l’Assemblée nationale, dans le périmètre sécurisé du palais présidentiel. Des allers-retours incessants de véhicules officiels et une sécurité renforcée par la Garde présidentielle laissent croire à la présence d’hôtes « élevée à risque ». Balla Arabé, le patron de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), s’est d’ailleurs récemment installé dans l’une des villas du secteur.
Le message codé de Talon et l’enjeu de la livraison
Dans son allocution, Patrice Talon a adopté une ton ferme mais laissant une porte ouverte. « J’ose espérer que Tiani livrera le colonel Tigri, c’est la seule chose qui le disculpera d’être impliqué dans ce projet lâche », a-t-il affirmé. Cette déclaration place le général nigérien devant un choix cornélien : coopérer avec Cotonou et risquer des remous dans son propre camp, ou protéger les fugitifs et s’exposer à des officiels accusations de complicité dans un acte de déstabilisation régionale. Pour de nombreux observateurs, la réponse de Niamey est déjà écrite. La livraison de Pascal Tigri semble improbable, tant les liens entre les putschistes béninois et certains cercles nigériens paraissent solides. Ce refus anticipé risque de plonger un peu plus les relations entre les deux pays voisins dans une crise profonde, avec en arrière-plan les bras de fer pour le contrôle des routes commerciales et l’influence dans l’espace ouest-africain.



