L’offensive lancée début décembre par les rebelles du M23 dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, a plongé la région dans une nouvelle spirale de violence et de déplacement massif. Kinshasa accuse formellement le Rwanda d’être derrière cette poussée qui, selon un communiqué gouvernemental, a déjà provoqué la mort de plus de 1 500 civils.
Cette flambée de violence intervient à peine quelques jours après la signature d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda , médiatisé par les États-Unis le 4 décembre, et révèle un grand fossé entre les pourparlers diplomatiques et la réalité sur le terrain.
Une avancée militaire et des accusations contre Kigali
L’offensive, débutée le 2 décembre après six mois d’accalmie, a été rapide. Le groupe armé, dont les liens avec le Rwanda sont documentés par l’ONU, à pris la ville stratégique d’Uvira, sur les rives du lac Tanganyika, dans la nuit du 9 au 10 décembre. Cette prise de contrôle, qui donne au M23 un accès à la frontière avec le Burundi, a immédiatement provoqué un exode de population. Le gouvernement congolais affirme que Kigali a déployé trois nouveaux bataillons dans la région et un employé des drones kamikazes lors des combats. Les autorités locales et américaines ont décrété une « violation claire » de l’accord de paix de Washington par le Rwanda. Malgré une annonce de retrait du M23 d’Uvira le 17 décembre, des sources locales et les autorités congolaises doutent de sa sincérité et signalent que des membres du groupe restent présents dans la ville. Le coût humain de cette reprise des combats est colossal. Selon les Nations Unies, les violences ont déplacé au moins 500 000 personnes à l’intérieur du Sud-Kivu depuis le début du mois, dont plus de 100 000 enfants. Parallèlement, la chute d’Uvira a touché une vague de plus de 100 000 réfugiés vers le Burundi voisin dans l’espace de quelques semaines. Les témoignages recueillis dans les centres de transit burundais font ressortir des conditions de vie désastreuses. « Nous vivons dans une famine extrême, sans eau potable ni assainissement », témoigne Mulisho, un réfugié au centre de Gatumba. Les pluies, le manque d’abris, la surpopulation et l’apparition de cas de choléra créent une situation sanitaire explosive. Les structures de santé et les écoles sur la ligne de front n’ont pas été épargnées, plusieurs ayant été pillées ou endommagées, privant les populations de soins et d’éducation.
La faillite diplomatique et les risques d’escalade
L’accord signé à Washington le 4 décembre sous les auspices de l’administration Trump, présenté comme un accord « miraculeux », n’aura donc tenu que quelques jours. Ce fossé entre les signatures officielles et l’intensification des combats montre la complexité de la crise, où les négociations entre États (RDC-Rwanda) et celles avec les rebelles (RDC-M23) avancent sur des voies parallèles sans parvenir à arrêter les hostilités. La situation tend également aux relations régionales. Le Burundi, qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés et a fermé sa frontière avec la RDC, est un allié de Kinshasa. Le M23 affirme détenir des centaines de soldats burundais et a exigé le retrait des troupes de Bujumbura du territoire congolais, réduisant ainsi les risques d’une confrontation directe entre voisins. Le groupe contrôle déjà de vastes zones des provinces du Nord et du Sud-Kivu, dont les capitales régionales Goma et Bukavu. Si les rebelles poursuivaient leur marche vers le sud en direction de Kalemie, ils pénétraient dans l’ancienne province du Katanga, le cœur minier de la RDC et une source vitale de revenus pour le gouvernement. Alors que les humanitaires tirent la sonnette d’alarme sur une crise alimentaire qui « risque de s’emballer » et réclament des fonds urgents, des millions de vies dépendent de la capacité de la communauté internationale à imposer un cessez-le-feu réel et à répondre à l’immense détresse des populations.



