À Abatta Palmeraie, un immeuble en construction continue de s’élever malgré une interdiction ministérielle et une ordonnance judiciaire de suspension. Expertise technique alarmante, permis dépassé et décisions ignorées. Les riverains tirent la sonnette d’alarme et redoutent qu’un nouveau drame ne survienne dans un contexte déjà marqué par des effondrements meurtriers à Abidjan.
À Abatta Palmeraie, dans la commune de Cocody, un chantier de construction cristallise depuis plusieurs mois l’inquiétude des populations riveraines. Et pour cause. Un immeuble dont la stabilité est jugée incertaine par une expertise technique indépendante, alors même que les travaux se poursuivent en dépit d’une suspension administrative et d’une décision judiciaire claire.
Selon les documents consultés, le permis de construire délivré par le Guichet unique du permis de construire autorisait initialement la réalisation d’un immeuble de type R+3 à usage d’habitation. Le maître d’ouvrage, M; Ebrottié Laurent, propriétaire du lot 6A (titre foncier n°216 504 d’Allobé), aurait toutefois porté la construction à R+5 sans autorisation modificative connue.
Des constats de commissaire de justice, notamment un procès-verbal en date du 20 octobre 2023, confirment cette surélévation non autorisée. Pour les riverains, il ne s’agit pas d’une simple irrégularité administrative, mais d’un risque réel pour la sécurité des futurs occupants et des habitations voisines.
Outre les inquiétudes liées à la solidité de l’ouvrage, les plaignants dénoncent également des atteintes à la vie privée. Fenêtres et balcons donneraient directement sur les concessions environnantes, générant des troubles de voisinage jugés anormaux et persistants.
Le point le plus préoccupant du dossier demeure toutefois le rapport d’expertise technique produit par Bureau Veritas Côte d’Ivoire. Celui-ci met en évidence de graves insuffisances structurelles, notamment un sous-dimensionnement des fondations, des faiblesses au niveau des poteaux et poutres porteurs, ainsi que des non-conformités affectant certaines nervures. Les experts concluent à un avis défavorable sur la stabilité globale du bâtiment, évoquant un risque d’effondrement, notamment en cas de surcharge ou d’événements climatiques extrêmes.
Face à l’urgence, les riverains ont saisi la juridiction des référés. Par ordonnance rendue le 5 juin 2024, le Tribunal de première instance d’Abidjan a ordonné la suspension immédiate des travaux, assortie d’une astreinte de 50 000 FCFA par jour. Une décision qui, selon les plaignants, resterait à ce jour lettre morte.
Cette alerte intervient dans un contexte national particulièrement sensible, marqué par plusieurs effondrements meurtriers d’immeubles à Abidjan ces dernières années. Autant de drames qui ont mis en lumière les failles persistantes du contrôle urbain et technique.
Les riverains d’Abatta appellent aujourd’hui à l’exécution immédiate des décisions administrative et judiciaire, à une expertise publique complémentaire et à des sanctions effectives en cas de violations avérées. Pour eux, l’enjeu est vital. D’oùla nécessité de prévenir maintenant, afin d’éviter d’avoir à compter de nouvelles victimes demain.



