04232026Headline:

Industrie du cajou : la stratégie ivoirienne qui a changé la donne en Afrique

En Côte d’Ivoire, la politique de soutien public à la transformation de l’anacarde apparaît aujourd’hui comme l’un des exemples les plus aboutis d’industrialisation agricole en Afrique de l’Ouest. Après près de sept années de mise en œuvre, les subventions accordées par l’État aux industriels du cajou ont pleinement atteint leurs objectifs, selon Jim Fitzpatrick, expert de la filière mondialement reconnu pour ses travaux.

Depuis la campagne 2017/2018, les autorités ivoiriennes ont déployé un dispositif incitatif ambitieux pour stimuler la transformation locale de la noix de cajou. Celui-ci repose notamment sur l’octroi d’une prime de 400 FCFA (environ 0,60 Euro) par kilogramme d’amande exportée, mais aussi sur des mesures fiscales attractives, telles que l’exonération des droits de douane et de la TVA sur les équipements industriels et les pièces de rechange importées.

Les volumes de noix de cajou transformés localement sont passés de 43 700 tonnes en 2017 à environ 344 000 tonnes en 2024.
Pour Jim Fitzpatrick, ces mécanismes ont joué un rôle déterminant dans l’essor spectaculaire de l’industrie du cajou dans le pays. « Les subventions à l’industrie du cajou ont rempli leurs objectifs », affirme-t-il dans un entretien accordé à l’Agence Ecofin. Selon l’analyste, ces incitations ont permis d’attirer aussi bien des investisseurs locaux que des capitaux étrangers, tout en accélérant fortement le déploiement de nouvelles unités de transformation sur le territoire ivoirien. Les chiffres illustrent cette montée en puissance. Les volumes de noix de cajou transformés localement sont passés de 43 700 tonnes en 2017 à environ 344 000 tonnes en 2024, soit une multiplication par près de huit en l’espace de sept ans. Une progression qui place désormais la Côte d’Ivoire en position de leader incontesté sur le continent africain.

2/3 noix de cajou transformées en Côte d’Ivoire
Aujourd’hui, deux noix de cajou transformées sur trois en Afrique le sont en Côte d’Ivoire. Le pays dispose d’une capacité industrielle estimée à plus de 600 000 tonnes, très largement supérieure à celle de ses concurrents régionaux. « La plupart des usines sont relativement récentes, ayant été mises en place au cours des cinq dernières années, et s’appuient généralement sur des technologies modernes », souligne Jim Fitzpatrick. Au-delà des performances industrielles, cette dynamique traduit un changement structurel dans la stratégie agricole ivoirienne, longtemps centrée sur l’exportation de matières premières brutes. En favorisant la transformation locale, les autorités visent non seulement à capter davantage de valeur ajoutée, mais aussi à créer des emplois, renforcer les compétences industrielles et stabiliser les revenus des producteurs.

Si des défis subsistent, notamment en matière de compétitivité énergétique, de financement à long terme et de montée en gamme des produits transformés l’expérience ivoirienne du cajou s’impose désormais comme une référence en Afrique. Elle démontre que des politiques publiques ciblées, cohérentes et soutenues dans le temps peuvent profondément transformer une filière stratégique. Les bons résultats obtenus à travers la reforme de la filière cajou pourrait inspirer celle du café et du cacao, ou le pays malgré ses performances de production restant dépendantes des exportations de la matière première brute.

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