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Abidjan : Transport, la détresse des usagers de la ligne 715 de la SOTRA

À Abidjan, attendre le bus 715 de la SOTRA relève du calvaire quotidien : heures perdues, emplois menacés, élèves en retard, malgré les investissements annoncés pour moderniser le transport public.

Dans la capitale économique ivoirienne, se déplacer en transport en commun relève assez souvent de la débrouille. Pour les usagers de la ligne 715 de la Société des transports abidjanais (SOTRA), la situation est devenue particulièrement pénible. Le long du boulevard Valéry Giscard d’Estaing, à Koumassi, l’attente du bus s’étire, jour après jour, dans une atmosphère mêlant fatigue, résignation et colère.

Dès les premières heures de la matinée, des grappes de passagers se forment aux arrêts. Certains sont là depuis longtemps. D’autres arrivent avec l’espoir, continuellement déçu, de monter rapidement à bord. Mais le bus se fait rare. Très rare.

« On peut attendre une heure, parfois plus, sans rien voir venir », raconte Andréa G., une employée de bureau. « Et quand le bus arrive enfin, il est déjà bondé. Il faut parfois le laisser passer et recommencer à attendre. »

Retards en cascade, vies bousculées
Ces longues attentes ne sont pas sans conséquences. Pour de nombreux travailleurs, la ponctualité devient un défi quotidien. Arriver en retard au bureau est presque devenu une habitude imposée.

« Mon chef ne veut plus entendre parler de problèmes de transport », confie Saliou T., un agent de sécurité. « À force, j’ai peur de perdre mon travail. »

Les élèves et étudiants subissent eux aussi les effets de cette désorganisation. Plusieurs reconnaissent rater régulièrement les premiers cours.

« À l’école, on nous demande d’être à l’heure, mais quand le bus ne passe pas, on fait comment ? », s’interroge Aïcha B., lycéenne, cartable sur le dos.

Au fil des témoignages, un même constat revient : le manque d’informations. Les usagers disent ne jamais savoir à quoi s’en tenir.

« On ne sait pas si le bus est en panne, bloqué dans les embouteillages ou tout simplement supprimé », explique Moussa D., habitué de la ligne. « Il n’y a aucune communication. »

Aux heures de pointe, les arrêts sont bondés. Monter à bord devient une épreuve, parfois au détriment des plus fragiles.

« Les personnes âgées, les femmes et même les enfants sont souvent bousculés », déplore Fatoumata S., commerçante. « Ce n’est pas rassurant. »

Des bus neufs, mais pas d’amélioration
Cette situation interroge d’autant plus que la SOTRA a récemment renforcé son parc. Le 9 juillet 2025, l’entreprise publique a réceptionné 200 nouveaux autobus Iveco Crossway, portant son parc total à plus de 2 200 bus. Ces véhicules modernes, climatisés et dotés de technologies récentes, offrent chacun 80 places assises.

Cette dotation s’inscrit dans un programme plus large de modernisation du transport public, qui prévoit au total 300 bus, mais aussi 25 bateaux-bus, 50 autocars et 60 minibus. L’objectif affiché est clair : améliorer la mobilité urbaine, mieux desservir les zones périphériques et préparer la mise en œuvre du futur Bus Rapid Transit (BRT).

Le gouvernement ivoirien assure par ailleurs vouloir étendre ces efforts à l’intérieur du pays, notamment à Bouaké, Yamoussoukro, Korhogo et San Pedro.

Entre colère et découragement
Sur le terrain, cependant, les usagers de la ligne 715 disent ne pas encore ressentir les effets de ces investissements.

« On parle de nouveaux bus, mais ici, on ne voit pas la différence », lâche Kouadio J., passager visiblement excédé.

Face à cette situation qui dure, les réactions divergent. Certains usagers se disent à bout.

« Cette ligne nous fatigue trop. Si elle ne peut pas être améliorée, autant la supprimer », lâche Narcisse, un autre passager, en colère.

D’autres préfèrent encore croire à une amélioration possible. Ils appellent la SOTRA à revoir l’organisation de la ligne 715 : davantage de bus, des horaires plus réguliers et une meilleure information des voyageurs.

Pour beaucoup, le transport public reste la seule option viable. Dans un contexte de vie chère, prendre un taxi ou un VTC chaque jour n’est tout simplement pas envisageable.

« Le bus, c’est ce qu’on peut se permettre », résume Issa K., un père de famille. « Mais encore faut-il qu’il passe. »

Interpellée, la SOTRA est attendue sur des réponses concrètes, notamment sur l’affectation des nouveaux bus aux lignes les plus saturées. En attendant, sur le boulevard VGE, les usagers continuent d’attendre, matin et soir, le regard fixé sur la chaussée, espérant voir arriver le bus 715 reliant Koumassi à Cocody Aghien. Une attente devenue, pour beaucoup, le symbole des défis persistants du transport urbain à Abidjan.

 

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