05052026Headline:

Burkina Faso : RELANCE remplace le PNDES de Rock Kaboré et la SCADD de Blaise Compaoré

Au Burkina Faso, un nouveau référentiel de développement vient de voir le jour à Ouagadougou. Il s’agit de « RELANCE », un nouveau plan réfléchi et tissé de fil à aiguille par le gouvernement de Transition militaire. C’est le sixième de sa génération depuis les années 2000.

Il y eut d’abord le CSLP I et II (Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté de 1998 à 2005). Puis, la SCADD I et II (stratégie de croissance accélérée et de développement durable de 2006 à 2015) suivi du PNDES I et II (programme national de développement économique et social de 2015 à 2025) et la RELANCE (Plan national de développement 2026-2030).

Du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté pour la période 2004-2006
Le Burkina Faso a réaffirmé depuis 1991 son option pour une économie de marché, fondée sur les principes de la libre entreprise. Dans cette perspective, le Gouvernement a entrepris, avec l’appui de la communauté financière internationale, d’importantes réformes économiques et structurelles afin de créer les conditions de promotion de l’initiative privée et de réalisation d’une croissance durable, nettement supérieure à la croissance démographique. Après plus de dix années d’ajustement sans interruption (1991-2002), l’économie nationale a progressé à un rythme moyen de 3,2% par an, en termes réels, contre une poussée démographique de 2,4% par an. Au cours de cette décennie, les objectifs de croissance ont été contrariés en début (1992-1993) et en fin de période (2002), d’une part, du fait de l’adversité et des aléas naturels et, d’autre part, du fait des crises socio-politiques dans la sous-région. Ainsi, au cours de la période 1990-1994, la croissance économique s’est établie à 3,2% en moyenne par an en termes réels. La période 1995-1999, du fait des effets de la dévaluation et des conditions climatiques plus favorables, a été caractérisée par un rythme de croissance plus stable, 5,5% en moyenne par an ; contrairement à cette période, celle correspondant à la mise en œuvre du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (2000–2002), a accusé une décélération du rythme de croissance établie à 3,9% en moyenne par an.

Toutes choses qui ont limité, par moment, l’impact des réformes au cours de la décennie, se traduisant par un niveau de croissance (3,2%) quasi identique à celui de la période 1981-1990 (3,3%).
Ainsi donc, l’économie nationale aura stagné pendant deux décennies compte tenu de sa faible capacité à répondre avec promptitude et vigueur aux chocs extérieurs en raison même de certaines contraintes et limites intrinsèques qu’il conviendra de surmonter impérativement. Il s’agit notamment de la faiblesse du capital humain, de l’insuffisance des infrastructures de développement économique, de la faiblesse des capacités nationales et des problèmes de gouvernance. Le premier cadre stratégique amorce en 1998 avant d’être revisité dans sa deuxième phase. En 2004, le CSLP révisé misait sur la croissance, l’éducation et la gouvernance. Ouagadougou avait réactualisé sa stratégie de réduction de la pauvreté avec un plan chiffré à plus de 1 000 milliards FCFA. Le gouvernement burkinabè a franchi une nouvelle étape dans sa lutte contre la pauvreté. Au mois de janvier 2004, le ministère de l’Économie et du Développement a publié la version révisée du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) pour la période 2004-2006. Ce document entendait tirer les leçons des trois premières années de mise en œuvre du programme et proposer des orientations plus efficaces pour réduire un phénomène qui touche encore près de la moitié de la population. Le principal enseignement de la période 2000-2002, soulignait d’emblée le ministre de l’Économie et du Développement, Seydou Bouda, dans sa préface, est que la lutte contre la pauvreté doit être considérée comme un objectif stratégique de long terme. Les objectifs quantitatifs majeurs n’ont pu être pleinement atteints pour diverses raisons liées aux conditions naturelles, à l’environnement sous-régional et aux lourdeurs administratives. Mais l’adhésion de l’ensemble des acteurs au CSLP comme référence unique en matière d’orientation pour le développement ouvre des perspectives prometteuses.

Entre 1991 et 2002, l’écoEntre 1991 et 2002, l’économie nationale a progressé à un rythme moyen de 3,2% par an, à peine supérieur à la croissance démographique de 2,4%.nomie nationale a progressé à un rythme moyen de 3,2% par an, à peine supérieur à la croissance démographique de 2,4%.
La première partie du document pose un diagnostic sans fard de la situation du pays. Entre 1991 et 2002, l’économie nationale a progressé à un rythme moyen de 3,2% par an, à peine supérieur à la croissance démographique de 2,4%. Une croissance trop faible pour faire reculer la pauvreté. Les trois enquêtes sur les conditions de vie des ménages réalisées en 1994, 1998 et 2003 décrivent une aggravation constante du phénomène. Sur la base d’un seuil de pauvreté estimé à 82 672 FCFA par adulte et par an en 2003, la proportion de pauvres est passée de 44,5% en 1994 à 45,3% en 1998, puis à 46,4% en 2003. Les indices relatifs à la gravité de la pauvreté ont aussi augmenté, indiquant que les pauvres se sont davantage éloignés du seuil de pauvreté. La pauvreté urbaine a pratiquement doublé entre 1994 et 2003, passant de 10,4% à 19,9%. Mais le phénomène reste essentiellement rural, avec une incidence de 52,3% en 2003.

Les régions les plus touchées sont le Nord (68,6%), le Centre-Sud (66,1%) et le Plateau central (58,6%). Les agriculteurs vivriers constituent le groupe le plus vulnérable, avec un taux de pauvreté de 55,5%.
Le diagnostic mettait en évidence plusieurs facteurs explicatifs. La faiblesse du capital humain d’abord : le taux brut de scolarisation au primaire n’est que de 47,5% en 2003, avec d’énormes disparités entre villes (101,9%) et campagnes (34,1%). Le taux d’alphabétisation des adultes stagne à 32,25%, et celui des femmes n’atteint que 12,5%. Dans le domaine de la santé, les indicateurs restent préoccupants malgré des progrès. La mortalité infantile s’élève à 105 pour 1000 naissances vivantes, la mortalité maternelle à 930 pour 100 000 naissances. Près de 45% des enfants souffrent d’un retard de croissance. L’accès à l’eau potable s’est amélioré mais reste insuffisant, particulièrement en milieu rural où 5,3% des ménages consomment encore l’eau des rivières. L’électrification ne concerne que 1,1% des ménages ruraux. Le document souligne également la persistance des inégalités entre hommes et femmes, que ce soit dans l’accès à l’éducation, à la santé, à la terre ou au crédit. Les femmes contribuent pour 52% à l’incidence globale de la pauvreté contre 48% pour les hommes.

Les performances mitigées du premier CSLP
Sur la période 2000-2002, 1 306,6 milliards FCFA ont été injectés dans l’économie. Les ministères prioritaires ont bénéficié de proportions importantes des financements : enseignement de base (12,94%), infrastructures (11,63%), agriculture et hydraulique (10,78%), santé (9,9%). Dans le secteur éducatif, les efforts ont permis d’accroître les capacités d’accueil. Le taux brut de scolarisation est passé de 42,7% en 2000 à 47,5% en 2003. Des formules d’éducation non formelle ont été expérimentées avec des résultats encourageants en termes de réduction des inégalités entre filles et garçons. Mais les effectifs restent insuffisants par rapport aux prévisions. Dans le domaine de la santé, la normalisation des infrastructures et le recrutement de personnel ont permis d’améliorer la couverture vaccinale. Le taux de prévalence du VIH/SIDA a connu une baisse significative, passant de 7,17% en 1997 à 4,2% en 2002. Mais la fréquentation des structures sanitaires reste faible, avec seulement 0,25 nouveau contact par personne et par an. Le secteur agricole a bénéficié d’actions de vulgarisation et d’amélioration de l’accès aux intrants. La production cotonnière a atteint 500 000 tonnes en 2003-2004, générant plus de 180 milliards FCFA de revenus pour les producteurs. Mais la productivité agricole reste faible et la vulnérabilité aux aléas climatiques persiste. Au terme de ce diagnostic, le CSLP identifie plusieurs défis majeurs. Sur le plan macroéconomique, il s’agit d’atteindre une croissance plus forte, de l’ordre de 7 à 8% par an, pour impulser une augmentation substantielle du niveau de vie des populations. Cela passe par la poursuite des réformes structurelles, l’amélioration de la compétitivité et la réduction des coûts des facteurs.

Dans les secteurs sociaux, le défi est d’accélérer les progrès pour réduire le déficit social. L’éducation de base reste la priorité, avec l’objectif d’atteindre un taux brut de scolarisation de 70% en 2010. Dans le domaine de la santé, il s’agit d’améliorer la qualité des prestations et la fréquentation des formations sanitaires.
Le développement rural constitue un enjeu crucial, la pauvreté étant essentiellement rurale. Il faut accroître la productivité agricole, diversifier les sources de revenus, améliorer l’accès au crédit et désenclaver les zones de production. La bonne gouvernance, enfin, doit être renforcée à tous les niveaux : politique, administratif, économique et local. La lutte contre la corruption, la modernisation de l’administration et la poursuite de la décentralisation sont des axes prioritaires. Le CSLP révisé s’articule autour de quatre axes stratégiques. Le premier vise à accélérer la croissance et à la fonder sur l’équité. Il s’agit de maintenir un cadre macroéconomique stable, d’améliorer la compétitivité de l’économie, de réduire les coûts des facteurs et d’appuyer les secteurs productifs. L’agriculture reste le secteur dominant. Le gouvernement entend poursuivre son désengagement des activités de production et de commercialisation tout en renforçant son rôle d’appui-conseil. L’accent est mis sur l’intensification et la modernisation des exploitations, l’amélioration de l’accès aux intrants et équipements, et le développement des filières porteuses (coton, fruits et légumes, élevage). Le secteur minier bénéficie d’une attention particulière avec la mise en place d’un code minier attractif et des actions de promotion des investissements. Plusieurs projets miniers devraient entrer en production entre 2004 et 2006, générant emplois et recettes fiscales. Le deuxième axe concerne l’accès des pauvres aux services sociaux de base et à la protection sociale. Dans le domaine de l’éducation, le gouvernement prévoit d’étendre l’éducation de base au premier cycle du secondaire, de rendre l’école obligatoire et gratuite, et d’accélérer l’alphabétisation.

L’accès à l’eau potable doit être amélioré, particulièrement en milieu rural, avec la réalisation de 1 000 forages par an.
Des actions ciblées sont prévues en faveur des filles et des provinces les moins scolarisées. Dans le domaine de la santé, l’accent est mis sur l’amélioration de la couverture sanitaire, la qualité des prestations et l’accessibilité financière des soins pour les plus démunis. La lutte contre le VIH/SIDA reste une priorité, avec le renforcement de l’approche multisectorielle et de la prise en charge des personnes infectées. L’accès à l’eau potable doit être amélioré, particulièrement en milieu rural, avec la réalisation de 1 000 forages par an. L’assainissement et l’amélioration du cadre de vie font également partie des priorités. Le troisième axe vise à élargir les opportunités d’emploi et d’activités génératrices de revenus pour les pauvres. Dans le secteur rural, il s’agit de diminuer la vulnérabilité de l’agriculture par la gestion de la fertilité des sols et la promotion de l’hydraulique agricole, d’intensifier et moderniser les exploitations, d’accroître et diversifier les revenus. L’accès au crédit pour les plus pauvres est une priorité. Le gouvernement entend développer la micro-finance rurale et renforcer les capacités des systèmes financiers décentralisés. Le désenclavement rural, avec le programme de pistes rurales et l’électrification, doit faciliter l’accès aux marchés et aux services sociaux. Le quatrième axe concerne la promotion de la bonne gouvernance. Il s’agit de renforcer la gouvernance politique, administrative, économique et locale. Dans le domaine de la justice, le plan d’action national pour la réforme de la justice vise à garantir l’indépendance et l’efficacité du système judiciaire, et à élargir l’accès à la justice. La gouvernance administrative doit être améliorée par la mise en œuvre effective de la réforme globale de l’administration publique, le renforcement des capacités et la lutte contre la corruption. Dans le domaine de la gouvernance économique, l’accent est mis sur l’amélioration des capacités de formulation et de gestion, la coordination de l’aide et la lutte contre la corruption. La gouvernance locale, enfin, doit être renforcée avec le transfert effectif des compétences et des ressources aux collectivités territoriales, et le renforcement des capacités des acteurs locaux.

Un financement de plus de 1 000 milliards
Le coût global de mise en œuvre de la stratégie au titre des investissements pour la période 2004-2006 est évalué à 1 035,9 milliards FCFA, soit 345,3 milliards en moyenne annuelle. Le financement extérieur représente 559,8 milliards (54%), le financement sur ressources propres 472,8 milliards (45,6%). Les ressources attendues de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) s’élèvent à environ 84 milliards FCFA sur la période. Elles seront affectées en priorité aux secteurs de l’éducation de base (environ 25%), de la santé, du développement rural, de l’eau potable et de la protection sociale. Le cadrage macroéconomique table sur une croissance moyenne de 6,5% par an sur la période, avec une inflation maîtrisée autour de 1,5%. Le déficit budgétaire devrait se maintenir à un niveau soutenable grâce aux efforts de mobilisation des recettes fiscales et à l’appui des partenaires techniques et financiers. Le CSLP identifie plusieurs risques susceptibles de compromettre la réalisation des objectifs. Sur le plan des capacités, le succès de la stratégie dépendra de la capacité du gouvernement à piloter les politiques et programmes, et à associer efficacement le secteur privé et les ONG.

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Dans le domaine de l’éducation, le cloisonnement institutionnel entre les différents niveaux d’enseignement et la faible participation des adultes aux programmes d’alphabétisation constituent des risques. Le caractère sélectif du système éducatif actuel est également pointé. La décentralisation comporte le risque d’un renforcement des féodalités locales si le niveau d’alphabétisation des populations et des élus locaux reste faible. Dans le domaine de la santé, l’insuffisance de la collaboration intersectorielle et le faible niveau d’instruction des populations limitent l’impact des programmes. La mauvaise compréhension du concept de genre pourrait porter préjudice à la lutte contre la pauvreté. Le gouvernement entend élaborer une stratégie nationale en la matière pour servir de cadre de référence. Le CSLP se dote d’un nouveau dispositif institutionnel de suivi, avec un comité ministériel d’orientation et de suivi, des commissions sectorielles et thématiques, et des structures décentralisées au niveau régional. Un secrétariat exécutif assurera la coordination. Une liste consensuelle d’indicateurs a été élaborée pour suivre les progrès réalisés. Elle comprend 23 indicateurs couvrant les dix dimensions de la pauvreté humaine (revenus, éducation, santé, nutrition, eau, emploi, habitat, accès aux actifs productifs, accès aux marchés, paix et inclusion sociale), cinq indicateurs de performances sectorielles et 19 indicateurs complémentaires.

Une enquête légère annuelle de type QUIBB sera réalisée par l’Institut national de la statistique et de la démographie pour alimenter ces indicateurs. Les politiques sectorielles serviront de cadre de référence pour le suivi des performances. Ce CSLP 2004-2006 s’inscrit dans la perspective de l’étude nationale prospective Burkina 2025 et des objectifs du millénaire pour le développement. L’ambition affichée est de ramener l’incidence de la pauvreté à moins de 35% à l’horizon 2015, d’atteindre un taux brut de scolarisation de 70% en 2010, et de porter l’espérance de vie à 60 ans. La réalisation de ces objectifs dépendra de la capacité du pays à maintenir une croissance forte et équitable, à mobiliser les ressources nécessaires, et à assurer une mise en œuvre efficace des programmes. Elle reposera aussi sur l’adhésion de tous les acteurs et sur un partenariat renouvelé avec les bailleurs de fonds. Le chemin est long, mais le Burkina Faso, fort de son expérience et de la mobilisation de ses forces vives, entend bien le parcourir. Le CSLP 2004-2006 constitue une étape importante dans cette marche vers un développement humain durable.

La SCADD, un plan de 7 500 milliards FCFA pour une croissance à 10%
La SCADD 2011-2015 misait sur les pôles de croissance et la réduction de la pauvreté. Le gouvernement burkinabè sous Blaise Compaoré, après une décennie de mise en œuvre du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP), les autorités avaient décidé de passer à la vitesse supérieure. La Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) pour la période 2011-2015 a été finalisée, après un long processus participatif ayant mobilisé l’ensemble des acteurs de la vie nationale. Ce document de plus de cent pages, dont Jeune Afrique a pu consulter une copie, entend poser les bases d’une nouvelle dynamique économique et sociale. L’ambition affichée est claire : faire du Burkina Faso une économie productive qui accélère la croissance, augmente le niveau de vie de sa population, tout en préservant l’environnement.

 

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