
Après une décennie d’actions pour améliorer la productivité en amande et pomme de cajou, le CCAK s’investit désormais par l’approche Qualité afin d’inculquer aux producteurs des techniques et notions qui permettront d’optimiser et de booster la production. Le Conseil mène ses activités d’information, d’éducation et de communication pour le changement de comportement (IEC-CC) au plan national en partenariat avec l’ANADER, le FIRCA et autres structures techniques.
En relation avec OIA-Cajou, le Conseil Coton Anacarde Karité (CCAK) organise chaque année des séances de sensibilisation des acteurs et cette campagne de proximité s’organise en relation avec nos partenaires techniques du FIRCA et du Programme national de recherche sur l’anacarde (PNRA) basé au sein de l’université. Cette année, c’est le département Sohouo qui ouvre le bal. Plusieurs dizaines de producteurs étaient sous les anacardiers pour suivre religieusement les leçons de bonnes pratiques administrées par les formateurs.
Le CCAK lance à Sohouo sa campagne de qualité pour hisser l’anacarde ivoirien sur les marchés mondiaux
Après le succès quantitatif, le Conseil Coton Anacarde Karité engage les producteurs de Sohouo dans la course à la qualité . Le CCAK mobilise les acteurs de la filière anacarde et prévoit gratifier par le Prix du meilleur village producteur. Ce mardi 17 février 2026, producteurs et acheteurs se forment aux bonnes pratiques pour améliorer la qualité des noix de cajou et les revenus. C’est sous les anacardiers, au cœur du verger, que plusieurs dizaines de producteurs se sont rassemblés ce lundi 16 février 2026. Dans le département de Sohouo, au nord du pays, le Conseil Coton Anacarde Karité (CCAK) a donné le coup d’envoi de sa campagne nationale de sensibilisation à la qualité. Une étape incontournable pour une filière qui pèse lourd dans l’économie ivoirienne. À l’ombre des arbres, les paysans ont répondu présents. Ils sont venus écouter, apprendre, comprendre. Car l’enjeu est de taille : après une décennie consacrée à l’augmentation des volumes, la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial d’anacarde, veut désormais conquérir le marché de la qualité. « Ensemble, nous avons relevé le défi de la production. En 2025, la Côte d’Ivoire a atteint une production nationale au-delà de 1 500 000 tonnes » lance la représentante du directeur général du CCAK. « Mais quand nous avons le volume, nous devons aussi avoir la qualité » ajoute-elle.
La qualité, responsabilité de tous
Le message est martelé tout au long de la matinée. La qualité n’est pas l’affaire d’un seul maillon de la chaîne. Producteurs, pisteurs, acheteurs, transformateurs, exportateurs : chacun a sa part de responsabilité dans l’amélioration du produit final. « Si nous n’avons pas la qualité, nous perdons de l’argent », déclare la représentante du CCAK. Une évidence qui doit devenir un réflexe. Les marchés internationaux sont de plus en plus exigeants, et la réputation de la Côte d’Ivoire se joue aussi dans ces détails : séchage, tri, conservation, conditionnement . Pour soutenir cette dynamique, le CCAK a noué des partenariats avec les structures techniques du secteur. L’ANADER, le FIRCA, le programme national de recherche sur l’anacarde (PNRA), tous sont mobilisés pour apporter leur expertise aux producteurs. Sans oublier l’OIA-Cajou, l’organisation interprofessionnelle qui regroupe les quatre collèges de la filière : producteurs, acheteurs, transformateurs et exportateurs.
Quand vous êtes le meilleur village, vous dites ce que vous voulez qu’on construise chez vous. Si c’est un hôpital, une école, un collège, c’est vous qui décidez
Un nouveau prix pour stimuler l’émulation
L’innovation de cette année a été dévoilée devant l’assistance. En plus du traditionnel prix du meilleur producteur attribué chaque année, le CCAK a créé un prix du meilleur village producteur d’anacarde. Une distinction qui récompensera non pas un individu, mais une communauté toute entière. « Quand vous êtes meilleur village, vous dites ce que vous voulez qu’on construise chez vous. Si c’est un hôpital, une école, un collège, c’est vous qui décidez », explique la représentante du CCAK, suscitant l’enthousiasme dans l’assistance. Le défi est lancé, et le sous-préfet de Sohouo, Mohamed Koné, présent à la cérémonie, compte bien voir ses administrées sur le podium. « J’engage chacun des villages ici présents à relever ce défi , lance le sous-préfet. Je compte sur vous pour le prix de la qualité . »
Pour un échantillon de noix mal séparées, le poids supplémentaire lié aux résidus de pomme représentait une perte sèche de 6 grammes sur 82.
Des démonstrations concrètes pour changer les habitudes
La matinée n’a pas été qu’une succession de discours. Les producteurs ont pu assister à des démonstrations pratiques, conçues pour leur montrer concrètement l’impact des bonnes pratiques sur leurs revenus. L’une des séquences les plus parlantes a été consacrée à la séparation de la noix. Trop souvent, les producteurs laissent un morceau de pomme attaché à la noix lors de la récolte. Ce geste semble anodin à un coût. La démonstration a été faite : pour un échantillon de noix mal séparées, le poids supplémentaire lié aux résidus de pomme représentait une perte sèche de 6 grammes sur 82. Rapporté à l’échelle d’un sac, c’est l’équivalent de plusieurs kilos payés pour rien, aussi bien pour l’acheteur que pour le producteur qui voit sa réputation entachée. Les formateurs ont également abordé les questions sanitaires. Maladies, insectes, moisissures : autant de fléaux qui peuvent ruiner une récolte si les bonnes pratiques ne sont pas respectées. L’entretien des vergers, la gestion des branchages, la fréquence des visites dans les champs : tout a été passé en revue.
La pomme de cajou, un trésor trop souvent gaspillé
Mais la grande découverte de la journée a sans doute été la démonstration culinaire. Car si la noix est le produit noble, la pomme, elle, est trop souvent négligée, voire jetée. Pourtant, ses usages sont multiples, comme l’a montré Momina Bamba, transformatrice lieu spécialement de Dabakala pour partager son savoir-faire. « On peut faire du jus, de la confiture, du vinaigre, de la liqueur, du sirop », énumérée-t-elle, entourée d’une assistance médusée. Devant elle, des échantillons de ses préparations : jus frais, confiture ambrée, biscuits à base de farine de pomme séchée. Les femmes du village, surtout, sont attentives. Elles découvrent que ce qu’elles considéreraient comme un déchet peut devenir une source de revenus complémentaires. « Quand tu presses la pomme, tu obtiens un jus, tu laisses reposer, et ça se conserve naturellement, explique Aminata. Tu peux le garder un an sans problème. » Les hommes sont aussi intéressés. La farine de pomme séchée, utilisée comme substitut de viande dans les sauces, intrigue. « On peut en faire des boulettes, les griller. Si tu donnes à quelqu’un sans lui dire ce que c’est, il va te dire que c’est de la viande », assure la formatrice, sous les rires approbateurs de l’assemblée.
Ce que vous avez appris aujourd’hui, vous devez le rapporter à ceux qui ne sont pas venus , insiste un formateur. C’est comme quand le chef de village va à une réunion : il revient et il dit à tout le monde ce qu’il a entendu .
L’appel des autorités coutumières
Les chefs de village, présents en nombre, ont été invités à prendre la parole. Leur rôle est essentiel dans la transmission des bonnes pratiques. Car si les agents du CCAK et de l’ANADER peuvent passer une journée à l’ancien des producteurs, ce sont les relais locaux qui garantiront la diffusion des messages dans la durée. « Ce que vous avez appris aujourd’hui, vous devez le rapporter à ceux qui ne sont pas venus », insiste le formateur. C’est comme quand le chef de village va à une réunion : il revient et il dit à tout le monde ce qu’il a entendu . » Un chef de village prend la parole. Il raconte ses difficultés, ses doutes, mais aussi sa fierté de voir son terroir choisi pour le lancement de cette campagne nationale. « Nous allons travailler , promet-il. Nous allons faire la qualité, pour que Sohouo soit le meilleur village en 2027. »
Une industrie naissante à soutenir, Manger local, un défi culturel
L’enjeu commercial est désormais un acquis et désormais toute une stratégie de développement devrait se jouer. La Côte d’Ivoire dispose d’une industrie de transformation de l’anacarde encore naissante. Pour qu’elle se développe, elle a besoin d’une matière première de qualité. « Nous avons une industrie naissante de transformation en Côte d’Ivoire, rappelle la représentante du CCAK. Pour soutenir cette industrie, nous devons faire la qualité. » Les transformateurs locaux ne peuvent pas travailler avec des noix mal séchées, moisies ou de calibre irrégulier. La qualité, c’est donc aussi une question de souveraineté économique. Fofana Adama, représentant de l’OIA-Cajou, abonde dans ce sens.
« L’État a mis des moyens à notre disposition pour venir vous sensibiliser , explique-t-il. C’est parce qu’il veut que l’anacarde de Côte d’Ivoire puisse rivaliser sur le marché mondial. Nous produisons beaucoup, mais nous jetons beaucoup aussi, et nous consommons peu. »
La consommation locale d’anacarde est en effet un autre chantier. La plupart des Ivoiriens ne consomment pas ce produit, pourtant très nutritif. « Ça soigne, ça nourrit bien , insiste Fofana Adama. Mais bizarrement, nous-mêmes, on ne consomme pas en Côte d’Ivoire. » Les fromagers, ces femmes qui transforment la noix de façon artisanale, sont encore trop peu nombreuses, et leur production est souvent destinée à l’export informel vers les pays voisins. Les démonstrations culinaires de la matinée visent aussi à changer cet état d’esprit. Faire découvrir aux producteurs que l’arbre qu’ils cultivent peut nourrir leurs familles, enrichir leurs repas, améliorer leur santé . « La pomme, c’est bon pour les diabétiques, pour les rhumatismes, pour la circulation du sang », énumère Aminata Bamba, listant les vertus médicinales du fruit.
Une campagne qui ne fait que commencer
Sohouo n’était que la première étape. Tout au long de l’année, les équipes du CCAK, de l’ANADER et de leurs partenaires vont parcourir le pays pour diffuser ces messages. La campagne nationale d’information, d’éducation et de communication pour le changement de comportement (IEC-CC) va se déployer dans toutes les zones de production. À chaque étape, le même objectif : faire comprendre que la qualité n’est pas une option, mais une nécessité. Pour les revenus des producteurs, pour la réputation de la Côte d’Ivoire, pour l’avenir de la filière. Les producteurs régagnent leurs villages. Dans leurs poches, des fiches techniques illustrées qui représentent les maladies et les insectes à surveiller. Dans leurs têtes, des images de confitures dorées, de jus frais, de farine de pomme. Et la promesse de se battre, ensemble, pour faire de Sohouo le village de la qualité. La route est longue, mais elle est tracée. Et pour la première fois, elle mène vers un horizon où l’anacarde ivoirien ne sera plus seulement le premier au monde par les quantités, mais aussi par l’excellence.



