Au Mexique, Nemesio Rubén Oseguera Cervantes, connu sous le nom d’« El Mencho », le fondateur et chef du redoutable cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a été tué lors d’une opération des forces spéciales mexicaines dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco. Il était âgé de 59 ans. L’opération, menée par l’armée mexicaine avec le soutien du renseignement américain, a duré plusieurs heures.
Selon le ministère mexicain de la Défense, les troupes ont été prises pour cible par les hommes du cartel en arrivant sur les lieux. Dans la riposte, quatre membres du CJNG ont été abattus sur place. Trois autres, grièvement blessés, ont succombé à leurs blessures durant leur transfert par hélicoptère vers Mexico. Parmi eux se trouvait « El Mencho ». Deux autres suspects ont été arrêtés. Côté forces de l’ordre, trois soldats ont été blessés. Dans la journée, le bilan s’est alourdi avec la mort de sept membres de la Garde nationale, d’un agent des forces de l’ordre et d’un gardien de prison, tués dans des violences liées à l’opération.
Le dernier des grands parrains
Avec la mort d’« El Mencho », le Mexique perd (ou gagne, selon le point de vue) celui qui était considéré comme le dernier des grands barons de la drogue. Depuis l’arrestation et l’incarcération aux États-Unis des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín « El Chapo » Guzmán et Ismael « Mayo » Zambada, il était devenu l’homme le plus recherché du pays. Les États-Unis avaient mis une prime de 15 millions de dollars sur sa tête. Ancien policier, « El Mencho » avait commencé sa carrière criminelle aux États-Unis, où il avait été arrêté en 1992 pour trafic d’héroïne. Expulsé vers le Mexique, il était devenu l’un des principaux lieutenants du cartel de Sinaloa avant de fonder sa propre organisation en 2009, le CJNG. En quelques années, il en a fait la plus puissante et la plus violente du Mexique. « Violent de nature », selon le spécialiste du narcotrafic José Reveles, il n’hésitait pas à défier ouvertement le gouvernement, là où d’autres cartels restaient sur la défensive. Son organisation, qualifiée d’« organisation terroriste » par les États-Unis en 2025, est aujourd’hui l’une des principales pourvoyeuses de fentanyl vers le marché américain.
Le CJNG contrôle des réseaux de trafic dans plus de 40 pays et dispose d’une structure quasi militaire, avec des cellules organisées et des arsenaux comprenant des lance-roquettes capables d’abattre des aéronefs.
Dès l’annonce de sa mort, les membres du cartel ont déclenché une vague de violences à travers le pays. Des barrages ont été érigés un peu partout, avec des véhicules incendiés bloquant les routes. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des colonnes de fumée s’élevant au-dessus de Guadalajara, la deuxième ville du Mexique, et de Puerto Vallarta, station balnéaire prisée des touristes américains. Des magasins, des stations-service et des banques ont été incendiés. Des affrontements ont éclaté entre les narcos et les forces de l’ordre dans plusieurs États : Jalisco, bien sûr, mais aussi Michoacán, Guanajuato, Colima, Tamaulipas et Sinaloa. La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a appelé la population à rester « informée et calme », assurant que les autorités travaillaient en coordination pour rétablir l’ordre. L’ambassade des États-Unis a demandé à ses ressortissants se trouvant dans plusieurs États mexicains de « se mettre à l’abri » et de limiter leurs déplacements. Plusieurs compagnies aériennes nord-américaines ont annulé leurs vols vers Puerto Vallarta et Guadalajara, laissant des centaines de touristes sur le carreau. Le sous-secrétaire d’État américain, Christopher Landau, a salué une « grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier ». Mais sur le terrain, la réalité est plus complexe. La mort d’« El Mencho » risque de provoquer une guerre de succession au sein du CJNG, comme cela a été le cas au cartel de Sinaloa après l’arrestation du « Mayo » Zambada. Plusieurs commandants de la région sont susceptibles de vouloir prendre la tête de l’organisation, et les analystes craignent une fragmentation du cartel en factions rivales .
L’héritage empoisonné
« El Mencho » laisse derrière lui un héritage sanglant. Son cartel est responsable de milliers de morts et d’enlèvements. En 2015, ses hommes avaient abattu un hélicoptère militaire au lance-roquettes, tuant neuf militaires. En 2020, ils avaient tenté d’assassiner Omar García Harfuch, l’actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique, alors chef de la police de la capitale, blessant ce dernier et tuant trois personnes. Sa famille est également dans le collimateur de la justice. Son fils, Rubén Oseguera González, dit « El Menchito », a été condamné à la perpétuité aux États-Unis en 2024. Sa fille, Jessica Johanna, a passé deux ans en prison pour blanchiment d’argent. Son frère et plusieurs de ses beaux-frères sont également incarcérés ou sous le coup de mandats d’arrêt. Que deviendra le CJNG sans son fondateur. Fort de plusieurs milliers d’hommes, bien implanté sur tout le territoire mexicain et à l’étranger, le cartel a les moyens de survivre à son chef. Mais la lutte pour le pouvoir qui s’annonce pourrait fragiliser l’organisation et, paradoxalement, permettre aux autorités de reprendre l’avantage. Dans un pays qui a déjà enregistré plus de 450 000 morts et 100 000 disparus depuis 2006 dans la guerre contre les cartels, chaque espoir de retour au calme est fragile.



