Médiateur dans les négociations entre l’Iran et les États-Unis, le sultanat d’Oman regarde avec dépit la guerre embraser le Moyen-Orient. Même s’il est moins attaqué que les autres monarchies pétrolières de la région, il subit les conséquences de ce conflit. Mais il reste déterminé à poursuivre ses efforts diplomatiques.
C’est une scène habituelle du mois de Ramadan, moment de forte sociabilité. Une scène habituelle aussi de soirées d’hiver alors que les températures et l’humidité sont à des niveaux agréables. En ce mois de mars 2026, alors que la guerre a éclaté aux portes du pays, les Omanais se retrouvent en famille ou entre amis, dans les parcs ou sur les plages.
Tandis que les enfants jouent, les adultes sont assis sur des chaises en plastique ou des couvertures posées sur le sol autour d’un pique-nique. Les autorités omanaises n’ont pas donné de consignes de restriction de déplacement. L’espace aérien du pays reste ouvert, ses ports demeurent fonctionnels. La vie quotidienne conserve un air de normalité.
Le principal indicateur de cette guerre se trouve dans les magasins. Les fruits et légumes sont pour l’essentiel importés. Certains venaient d’Iran. Depuis le début de la guerre, les livraisons ont cessé, les prix ont déjà augmenté. Autre marqueur de ces temps tourmentés : les hôtels accueillent de nombreux étrangers arrivés en quelques heures de route des Émirats arabes unis pour prendre un avion afin de quitter la région.
Trois explosions
Des monarchies du Golfe, Oman est la moins touchée par ce conflit. Le sultanat a lui aussi subi des attaques, mais dans des proportions nettement inférieures à celles de ses voisins. Le sultanat n’héberge pas de base américaine et a conservé de bonnes relations avec Téhéran : le pays était le médiateur des négociations entre l’Iran et les États-Unis.
Trois explosions ont toutefois eu lieu depuis samedi dernier, dans les ports de Duqm (centre) et de Salalah (sud). Des attaques menées par des drones, condamnées par les autorités omanaises mais sans en imputer la responsabilité à l’Iran. « Les drones utilisés ne sont pas des drones Shahed (de fabrication iranienne – NDLR). L’origine de ces attaques reste incertaine », relève une source diplomatique à Mascate, la capitale d’Oman.
Le pays se retrouve tout de même embarqué dans une guerre qu’il ne voulait pas. Pour l’éviter, il n’a pas ménagé ses efforts, pensant même avoir obtenu des avancées. Vendredi encore, le chef de la diplomatie omanaise était à Washington pour présenter le résultat des discussions de la semaine. Et dans une interview à la chaîne CBS, Badr Albusaidi estimait alors que « l’accord de paix est à notre portée », plaidant pour laisser le temps à la diplomatie. Mais Israël et les États-Unis ont lancé leur guerre quelques heures plus tard.
«Efforts vains»
Le ministre des Affaires étrangères omanais a alors réagi en évoquant « sa consternation » que « des négociations actives et sérieuses entre les États-Unis et l’Iran aient une fois de plus été compromises ». « J’ai senti à ce moment-là que le gouvernement omanais pensait avoir obtenu une sensation », dit Abdullah Baabood, chercheur omanais spécialiste des relations internationales au Moyen-Orient et enseignant à l’université Waseda à Tokyo, « mais apparemment, les Israéliens et les Américains avaient déjà prévu l’attaque. Tous ces efforts de négociation ont été vains et cela a été une nouvelle gifle , poursuit-il.



