04222026Headline:

Soudan du Sud : Akobo, les habitants évacuent la ville

À Akobo, dans l’État de Jonglei au Soudan du Sud, des centaines de milliers de civils se retrouvent face à une décision impossible alors qu’une offensive des forces gouvernementales sur la ville paraît imminente. Médecins Sans Frontières (MSF) appelle toutes les parties impliquées dans le conflit à protéger les civils, garantir un accès sécurisé à l’aide humanitaire et préserver les structures de santé.

Le 6 mars dernier, des ordres d’évacuation ont été émis pour la ville, actuellement contrôlée par des forces de l’opposition. Les habitants disposent de 72 heures pour quitter les lieux, sans assurance quant à leur sécurité. Akobo accueille notamment plus de 17 000 personnes récemment déplacées par les violences, écrit MSF sur son site visité mardi par APA.

Face à cette situation, de nombreuses familles sont une nouvelle fois contraintes de fuir leur domicile. Pour beaucoup d’entre elles, déjà déplacées à plusieurs reprises, les possibilités de refuge se raréfient.

Le 7 mars, les équipes de MSF présentes à Akobo ont également été contraintes d’évacuer la zone, laissant des centaines de milliers de personnes sans accès aux soins de santé primaire. Certaines populations ont commencé à se diriger vers l’Éthiopie ou vers le village voisin de Meer.

Parallèlement, l’hôpital d’Akobo — où MSF soutenait le service pédiatrique — a été pillé, tout comme la pharmacie de l’organisation, entraînant la perte de médicaments et d’équipements médicaux. Les bureaux de MSF ont aussi été saccagés au cours du week-end par des assaillants non identifiés.

Cette situation a entraîné l’arrêt brutal d’activités médicales essentielles, notamment les préparatifs pour la prochaine saison du paludisme, ainsi que les soins de santé primaire et les campagnes de vaccination destinées aux populations locales et déplacées.

Ces attaques contre les infrastructures médicales s’inscrivent dans une tendance inquiétante au Soudan du Sud. Depuis mars 2025, douze incidents visant le personnel de MSF ou des structures soutenues par l’organisation ont été signalés, provoquant la fermeture de trois hôpitaux. Depuis le début de l’année 2026, trois attaques ont déjà été recensées.

L’évacuation d’Akobo intervient dans un contexte de recrudescence des violences dans l’État de Jonglei. Le 29 janvier, les équipes de MSF ont dû quitter Pieri en raison de combats armés. Quelques jours plus tard, le 3 février, des frappes aériennes à Lankien ont fait des victimes civiles et détruit le dernier hôpital encore opérationnel de la ville. Au total, près de 280 000 personnes ont été déplacées dans la région, dont environ 80 000 dans le comté d’Akobo.

Akobo est une zone isolée où les structures de santé sont extrêmement limitées. MSF fait partie des rares organisations à fournir des soins médicaux à environ 112 000 personnes. Les équipes venaient à peine de retrouver l’accès à cette zone après plusieurs semaines de restrictions imposées par les autorités, qui avaient bloqué les vols et l’acheminement de fournitures médicales.

« Ces évacuations répétées imposées par les autorités laissent les populations piégées, exposées à la violence et coupées de l’aide humanitaire. Nous craignons profondément que l’hôpital d’Akobo ne soit pris pour cible, privant les communautés des soins médicaux dont elles ont besoin pour survivre », a déclaré Christophe Garnier, chef de mission de MSF au Soudan du Sud.

Les personnes récemment déplacées, déjà épuisées et traumatisées par les affrontements, vivent pour la plupart dans des abris précaires, sans accès suffisant à l’eau potable, à la nourriture ni à une protection adéquate. Privées de soins essentiels, elles demeurent exposées aux maladies, à la faim et à la menace constante de nouvelles violences.

MSF appelle l’ensemble des parties au conflit à protéger les civils, à mettre en place des zones sûres pour les personnes en quête de refuge et à garantir un accès sécurisé à l’aide humanitaire et aux soins médicaux vitaux. L’organisation demande également que les structures de santé soient respectées et protégées afin qu’elles puissent continuer à sauver des vies.

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